DAKAR, 28 février 2026(JVFE)-La situation est effectivement électrique au Sénégal en ce mois de février 2026.
Le bras de fer entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants (notamment le G7 et le G20) a franchi un nouveau palier de tension.
Réuni ce lundi 23 février 2026 au siège du SAEMSS, le G7 des syndicats de l’éducation du Sénégal a évalué la situation du système éducatif sénégalais et adopté un cinquième plan d’action marqué par des mouvements de grève et de débrayage. Les organisations syndicales dénoncent notamment le non-respect des engagements pris par l’État et exigent des réponses concrètes sur les revendications en suspens.
Voici les points de friction majeurs :
- Ponctions sur les salaires : L’État a officiellement assumé des coupures de salaires pour fait de grève, ce qui a provoqué une vive colère dans les rangs des enseignants. Les syndicats dénoncent des “saignées” financières insupportables.
- Plans d’action et grèves : En réponse, les syndicats comme le G7 ont intensifié la mobilisation avec un 5e plan d’action incluant des débrayages et des grèves totales fin février.
- Suppression du concours d’entrée en 6e : Annoncée officiellement ce 25 février 2026, cette réforme majeure modifie l’accès au collège (désormais basé uniquement sur le CFEE), ajoutant une couche d’incertitude dans un secteur déjà fragile.
- Climat de confrontation : Le collectif G20 accuse directement le gouvernement d’une “volonté de confrontation”, tandis que le ministère de l’Éducation a menacé de sanctions les élèves boycottant les compositions.
Le bras de fer entre le gouvernement sénégalais et le G7/G20 s’intensifie, marqué par des retenues salariales massives pour « service non fait » que les syndicats jugent brutales. Face à cette pression financière, les enseignants se radicalisent, menaçant de paralyser le système éducatif pour non-respect des accords signés.
- Rupture du dialogue : Le G7 dénonce des coupes sur les bulletins de salaire, qualifiées d’intimidation, malgré la reconnaissance de certains efforts étatiques.
- Radicalisation : Le front syndical durcit son plan d’actions, réclamant un dialogue franc pour éviter une crise durable dans l’éducation.
- Position de l’État : Le gouvernement maintient sa fermeté, justifiant les ponctions via la plateforme eSolde pour faire respecter la continuité du service public.
- Revendications : Les syndicats fustigent les lenteurs administratives, les rappels impayés et la pression fiscale, malgré des avancées, notamment pour les agents « décisionnaires ».
La situation, jugée préoccupante, menace de plonger l’école sénégalaise dans une nouvelle impasse
Cette crise est alimentée par des problèmes structurels persistants, notamment un déficit de plus de 6 500 enseignants et des conditions de travail jugées dégradées.
Pour contraindre le gouvernement à matérialiser les accords signés et à apurer le passif social, le G7 a décliné un calendrier d’actions en deux semaines. La première semaine prévoit, le mercredi 25 février, un débrayage à 9h suivi d’Assemblées Générales départementales, puis une grève totale le jeudi 26 février. La semaine suivante s’ouvrira le lundi 2 mars par un débrayage à 9h, suivi le mardi 3 mars d’un nouveau débrayage à 9h accompagné de rassemblements au niveau des Inspections d’Académie, avant une nouvelle grève totale le vendredi 6 mars. En parallèle, le boycott des évaluations, des cellules d’animation pédagogique, des activités sportives et de la formation initiale des élèves-maîtres est maintenu, chaque académie étant tenue de transmettre obligatoirement un rapport sur la situation du boycott.
Le G7 réaffirme son intransigeance dans la défense des intérêts de l’école sénégalaise et appelle l’ensemble des enseignants du pays à se mobiliser massivement pour la réussite de ce 5ᵉ plan d’actions. Le mouvement attend désormais du gouvernement des réponses concrètes et définitives.
Selon son secrétaire général, Babacar Mbaye Ngaraf, la situation dépasse le cadre de simples ponctions administratives. « Ce qui se passe ressemble plutôt à du racket », a-t-il déclaré, dénonçant des montants variant entre 100 000 et 200 000 francs CFA, présentés comme des retenues pour faits de grève.
L’Organisation des Instituteurs du Sénégal (O.I.S) a annoncé son intention d’ester en justice pour contester les retenues opérées sur les salaires de ses membres, jugées « abusives » par ses responsables.
Le responsable syndical précise toutefois que l’O.I.S ne s’oppose pas au principe des retenues sur salaire lorsqu’elles sont légalement encadrées. « Les retenues en elles-mêmes ne constituent aucun problème pour nous. Elles ont toujours eu pour effet de doper les ardeurs, la motivation et la détermination », a-t-il soutenu. Mais, insiste-t-il, une distinction claire doit être faite entre des mesures prévues par les textes et ce qu’il considère comme des pratiques excessives.
L’organisation syndicale condamne également ce qu’elle qualifie de « manipulation et de diabolisation » des enseignants par le gouvernement, estimant qu’au lieu d’un dialogue franc et sincère, les autorités ont choisi l’escalade. L’argument d’un héritage économique déficitaire pour justifier le refus de corriger certaines « injustices » faites aux enseignants ne convainc pas le syndicat. « Cette raison n’a pas empêché la bamboula chez nos dirigeants », dénonce Babacar Mbaye Ngaraf.
Face à ce qu’elle décrit comme une « attitude belliciste » des autorités, l’O.I.S appelle à une unité d’action des différents cadres syndicaux, notamment le G7 et le G20, afin de faire front commun.
« L’heure est grave : s’unir ou subir », martèle le secrétaire général, déterminé à porter le combat sur le terrain judiciaire.
Le président de SOS Consommateurs, Massokhna Kane, est monté au créneau face aux grèves des enseignants, notamment ceux du G7, pour défendre la légalité des retenues sur salaires.
Me Kane rappelle « un principe fondamental du droit du travail : le salaire est la contrepartie du travail effectué ». Ainsi, lorsqu’un agent public « cesse volontairement son activité dans le cadre d’une grève », il ne fournit plus le service pour lequel il est rémunéré.
Dans cette logique, il estime « légal et cohérent d’opérer une retenue correspondant aux jours non travaillés ». Et d’ajouter sur la rfm: « Payer un salarié qui n’a pas assuré son service reviendrait à rémunérer une prestation inexistante. »
L’avocat invoque également la protection des deniers publics. Les salaires des fonctionnaires étant financés par l’impôt, « l’État a le devoir de gérer ces ressources avec rigueur », soutient-il. Verser un salaire pour un travail non accompli pourrait être perçu comme « une mauvaise gestion des fonds publics », voire « une injustice envers les contribuables ».
Sur le plan stratégique, le président de SOS Consommateurs plaide pour la fermeté. Selon lui, le paiement systématique des jours de grève par le passé aurait contribué à prolonger certains mouvements « plusieurs semaines, voire plusieurs mois ». L’application stricte du principe « pas de travail, pas de salaire » viserait ainsi à instaurer « une forme de responsabilité dans le dialogue social ».
Tout en appelant les enseignants à poursuivre la mobilisation, le G7 insiste sur l’urgence d’apurer le passif social et d’apporter des solutions durables aux difficultés du système éducatif.
.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

23 thoughts on “Sénégal : Le bras de fer entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants (notamment le G7 et le G20) a franchi un nouveau palier de tension ”