DAKAR, 03 MARS 2026(JVFE)-Les enseignants-chercheurs du Maroc observent une grève nationale de 48 heures les 3 et 4 mars 2026 dans l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur et de recherche scientifique avec un boycott élargi des activités pédagogiques, scientifiques et administratives.
Cette décision fait suite aux conclusions de la session ouverte de sa commission administrative tenue le 15 février dernier.
Ce mouvement, initié par le Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP), vise à contester l’adoption du projet de loi 59.24 relatif à la réforme du secteur
La contestation monte d’un cran dans le secteur de l’enseignement supérieur.
Ce mouvement, inscrit dans un programme de mobilisation progressive tout au long du mois de mars, traduit l’ampleur du malaise qui traverse aujourd’hui l’université publique.
Dans une note publiée par son bureau national le 26 février 2026 à Rabat, le syndicat précise que ce mouvement inclut le boycott de toutes les activités pédagogiques, notamment les examens, les délibérations, les séminaires, les rencontres scientifiques ainsi que les réunions au sein des différentes structures universitaires durant les deux journées de grève.
Contexte et motivations du mouvement
Le syndicat exprime son rejet catégorique de la loi 59.24, dénonçant une adoption définitive sans concertation préalable avec les partenaires sociaux. Les principales critiques portent sur :
- L’article 84 du projet de loi : Ce point spécifique cristallise les tensions entre le syndicat et le gouvernement.
- Le manque de dialogue : La commission administrative du SNESUP, réunie le 15 février 2026, a réaffirmé son opposition à un texte jugé imposé de manière unilatérale.
- La protection des acquis : Les enseignants s’opposent à des mesures qu’ils considèrent comme une remise en cause de leurs droits et du statut de l’enseignement supérieur public.
Modalités de la grève
Bien que nationale et générale, la grève est organisée de manière à limiter certains impacts directs sur les activités déjà engagées :
- Boycott : Les activités pédagogiques, scientifiques et administratives sont suspendues durant ces deux jours.
- Exceptions : Les examens déjà programmés et les manifestations scientifiques prévues avant l’appel à la grève sont maintenus.
Enjeux du projet de loi 59.24
Le gouvernement présente cette réforme comme un chantier majeur de modernisation, 25 ans après la loi précédente. Les objectifs affichés incluent :
Une nouvelle ingénierie linguistique favorisant les langues étrangères parallèlement aux langues nationales.
Le renforcement de l’autonomie des universités.
La diversification de l’offre de formation pour répondre aux besoins du marché du travail.
L’institutionnalisation de la formation à distance et en alternance.
Derrière cet appel se trouve le Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESup), à travers ses structures nationales et régionales. Ce sont notamment les bureaux locaux de la région de Rabat-Salé qui ont officialisé la mobilisation dans un communiqué publié le 27 février 2026. Placée sous le slogan explicite «Non à la loi 59.24, non à la politique de temporisation et de tergiversation», cette grève est présentée comme une étape décisive dans la défense des revendications du corps des enseignants-chercheurs. En affichant clairement ses mots d’ordre, le syndicat entend donner une dimension nationale à un mécontentement qui, selon lui, dépasse largement le cadre régional.
Si la mobilisation prend une telle ampleur, c’est qu’elle se cristallise autour du projet de loi n°59.24 relatif à l’enseignement supérieur.
Pour le SNESup, ce texte constitue un point de rupture. Le syndicat affirme qu’il a été adopté dans un contexte d’«exclusion systématique» de l’organisation représentative des enseignants-chercheurs. Il rejette toute tentative d’imposer un fait accompli à travers sa mise en œuvre et refuse de considérer la loi comme définitivement entérinée. Au-delà du contenu du texte, c’est surtout la méthode de réforme qui est contestée : les enseignants-chercheurs disent avoir misé, dans un premier temps, sur une approche participative et constructive, avant de constater que leurs propositions n’étaient pas prises en compte. Ce sentiment de marginalisation a progressivement alimenté un climat de défiance, ouvrant la voie à une escalade syndicale.
Dans cette logique de montée en pression, le mot d’ordre de grève ne se limite pas à la suspension des cours. Les enseignants-chercheurs sont appelés à boycotter l’ensemble des activités pédagogiques et scientifiques, à ne pas participer aux réunions et à geler des structures clés, notamment les filières et les parcours de formation. Le mouvement concerne toutes les institutions d’enseignement supérieur et de recherche, qu’elles relèvent ou non des universités. En élargissant ainsi le périmètre de la mobilisation, le syndicat cherche à envoyer un signal fort sur la profondeur du malaise. Dans le prolongement de cette stratégie, le SNESup a également annoncé sa disposition à participer à un sit-in devant le Parlement, à une date qui sera fixée ultérieurement par le bureau national, confirmant la volonté d’inscrire le conflit dans l’espace public et politique.
Au-delà du rejet du projet de loi, les organisateurs mettent en avant des revendications précises.
Ils appellent le ministère à formuler des engagements clairs, assortis d’échéances définies, pour répondre aux attentes jugées urgentes des enseignants-chercheurs. Parmi les principales demandes figurent la généralisation des neuf années d’ancienneté fictive et l’exonération de la recherche scientifique de l’impôt. Pour le syndicat, il s’agit désormais de passer «d’une logique de tergiversation à une logique d’engagement encadré dans le temps». Autrement dit, le dialogue ne peut, selon lui, se limiter à des déclarations d’intention : il doit déboucher sur des décisions concrètes.
Cette montée en puissance du mouvement n’est pas sans conséquences.
Le boycott des activités pédagogiques, scientifiques et administratives risque de perturber le déroulement normal des cours, des examens et des travaux de recherche dans plusieurs établissements. Ces développements interviennent alors que la réforme de l’enseignement supérieur fait déjà l’objet d’un débat national nourri. Entre impératif de modernisation, exigence d’autonomie universitaire et amélioration des conditions matérielles et symboliques des enseignants-chercheurs, les lignes de fracture apparaissent de plus en plus visibles.
Le recours à la grève est ainsi présenté comme un mécanisme de pression préventive avant l’adoption définitive des textes législatifs et réglementaires attendus.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

