Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
DAKAR,19 avril 2026(JVFE)-Le Sénégal est à la croisée des chemins. Alors que les grues s’activent sur le chantier titanesque du port en eau profonde de Ndayane et que les rubans des nouvelles autoroutes vers Kaolack se coupent, un autre chantier, plus discret mais tout aussi vital, peine à sortir de terre : celui de la transparence budgétaire.
Le Paradoxe des Chiffres
Le dernier rapport de l’International Budget Partnership (IBP) a agi comme un électrochoc. En révélant une dette publique réelle frôlant les 100 % du PIB fin 2023, là où les discours officiels affichaient une relative sérénité, l’institution a rappelé une vérité fondamentale : une économie ne peut naviguer à vue. Le secteur maritime, qui capte des dizaines de milliards de FCFA pour transformer le pays en hub régional, ne peut rester une “boîte noire” budgétaire.
L’Invisibilité du Citoyen
Le constat le plus cinglant de l’IBP reste ce terrible 0/100 en matière de participation citoyenne. Comment accepter que des projets impactant durablement nos côtes, nos écosystèmes marins et nos finances publiques soient décidés sans que la voix de ceux qui les financent — les contribuables — ne soit entendue ? Le port de Ndayane est une promesse de prospérité, mais il doit aussi être une leçon de démocratie. Les infrastructures (autoroutes, dessertes ferroviaires) sont des vecteurs de croissance, mais elles ne doivent pas être des vecteurs d’exclusion.
Le Cap de la Réforme
Le budget 2026, malgré une baisse des crédits alloués spécifiquement au Ministère de l’Économie Maritime, montre une volonté de rationalisation. L’heure est à la “Jubantisation” (rectification) :
- Vérité des comptes : L’audit de la dette est le premier pas vers la reconquête de la souveraineté financière.
- Inclusion : Le lancement du Budget Citoyen en langues nationales n’est plus une option, c’est une exigence pour que le pêcheur de Mbour ou l’étudiant de Dakar comprenne où va chaque franc CFA.
- Surveillance : La Cour des Comptes doit devenir le véritable gardien du phare, scrutant chaque avenant aux contrats de concession maritime.
Malgré un score de 0/100 en participation dans l’Enquête sur le Budget Ouvert, l’International Budget Partnership (IBP) et le gouvernement sénégalais collaborent pour redresser la barre d’ici fin 2026 .
- Pour le Ministère des Finances :
- Mécanismes pilotes : Instituer des cadres de concertation formels pour engager le public dès la phase de formulation du budget (élaboration de la Loi de Finances) .
- Inclusion des vulnérables : Collaborer activement avec les organisations de la société civile représentant les communautés exclues pour identifier leurs besoins prioritaires (assainissement, santé) .
- Pour l’Assemblée Nationale :
- Audiences publiques : Permettre aux citoyens de témoigner lors des commissions budgétaires avant l’adoption des lois .
- Pour la Cour des Comptes :
- Enquêtes participatives : Créer des mécanismes permettant au public de suggérer des thématiques d’audit ou de contribuer aux investigations financières .
- Action concrète : Lancement du Budget Citoyen 2025 en langues nationales pour rendre les chiffres accessibles à tous
Pour accompagner l’ouverture du port de Ndayane prévue pour 2028 , le Sénégal accélère le déploiement d’un réseau routier massif. Ce réseau vise à transformer la zone en un hub logistique connecté au reste de l’Afrique de l’Ouest.
Ce projet de 400 milliards FCFA est stratégique pour relier le port aux corridors sous-régionaux, notamment vers le Mali .
Les travaux sont exécutés à 92 % en avril 2026 .
La livraison complète est prévue pour avril 2026 .
Elle s’étend sur 100 km avec trois échangeurs majeurs à Thiadiaye, Fatick et Kaolack .
Le port de Ndayane est au cœur d’un “triangle de prospérité” incluant l’Aéroport Blaise Diagne (AIBD) et plusieurs zones économiques .
Identifiée comme un chantier prioritaire dans le projet de budget 2026 pour désenclaver les zones industrielles proches du port .
Des travaux d’aménagement de 918 hectares sont en cours pour fluidifier le transport de marchandises entre les usines et le futur terminal à conteneurs .
L’infrastructure existante a été adaptée pour supporter l’augmentation prévue du trafic lourd vers Ndayane.
Élargissement de la section Tiaroye-Rufisque à 2×3 voies et éclairage complet entre Cœur Massar et Kirène .
Une hausse des tarifs de péage est entrée en vigueur en janvier 2026 pour financer ces investissements complémentaires de 66 milliards FCFA .
L’émergence ne se décrète pas seulement à coups de béton et de dragage de sable. Elle se construit dans la confiance entre l’État et son peuple. Pour que le Sénégal devienne réellement ce hub logistique dont nous rêvons tous, il doit d’abord devenir un hub de transparence. Le port de Ndayane sera une réussite non pas quand il accueillera son premier porte-conteneurs, mais quand chaque Sénégalais saura exactement ce qu’il a coûté et ce qu’il lui rapporte.
« Le gigantisme est un signe évident de sénilité, de fin de cycle. » — Raymond Delatouche
« Ce qu’on peut attendre de l’ego, au mieux, c’est de la transparence. L’ego doit être clair. » — Alfred Angelo Attanasio

