DAKAR, 0 5 MAI 2026 (JVFE)–Le gouvernement fédéral canadien a annoncé, le 4 mai 2026, le déblocage de 1,5 milliard de dollars pour soutenir les entreprises nationales lourdement touchées par les nouveaux droits de douane américains sur les métaux.
Ce programme d’urgence vise principalement les secteurs de l’acier, de l’aluminium et du cuivre, dont les exportations subissent un nouveau mode de calcul des tarifs américains depuis le 6 avril 2026. L’enveloppe se divise en deux volets : [1, 2]
- 1 milliard $ pour la BDC : Création d’un programme géré par la Banque de développement du Canada (BDC) destiné aux manufacturiers et exportateurs de métaux.
- Prêts : Entre 2 et 50 millions de dollars pour les entreprises ayant perdu au moins 20 % de leurs revenus.
- Conditions : Aucun remboursement exigé avant trois ans et taux d’intérêt nul pour la première année.
- 500 millions $ pour l’IRRT : Une injection dans l’Initiative régionale de réponse tarifaire pour aider les PME de tous les secteurs à diversifier leurs marchés hors États-Unis.
Cette intervention du gouvernement Carney répond à un décret de l’administration américaine imposant désormais des droits de 25 % sur la valeur totale de tout produit contenant au moins 15 % d’acier, d’aluminium ou de cuivre, au lieu d’une taxe limitée à la seule composante métallique.
Réactions de l’industrie Bien que saluée comme une bouffée d’oxygène, cette mesure suscite des réserves de la part de groupes comme la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ). Ces derniers soulignent que l’endettement par des prêts n’est pas suffisant pour les entreprises dont la survie est menacée à court terme et réclament des solutions permanentes au conflit commercial

La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, prend la parole pendant la période des questions à la Chambre des communes, sur la colline du Parlement à Ottawa, le mercredi 29 avril 2026
Le gouvernement fédéral investit 1,5 milliard de dollars supplémentaires pour les entreprises affectées par les droits de douane américains sur les métaux, qui ont été élargis le mois dernier par l’administration Trump.
Cette mesure comprend la création d’un nouveau programme de 1 milliard sous l’égide de la Banque de développement du Canada, afin de soutenir le secteur manufacturier, ainsi qu’une injection de 500 millions dans l’Initiative régionale de réponse tarifaire.
Le nouveau programme de la Banque de développement vise à soutenir les usines touchées par les droits de douane américains qui affectent les exportations de produits contenant de l’acier, de l’aluminium et du cuivre.
Des prêts à faible taux d’intérêt
En réponse, Ottawa offrira des prêts à faible taux d’intérêt sur trois ans, pouvant atteindre 50 millions, aux secteurs de l’aluminium, de l’acier et du cuivre. Les prêts ne sont remboursables qu’à l’issue de la période de trois ans.
La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, et le ministre de l’Innovation numérique, Evan Solomon, ont annoncé ces nouvelles mesures, lundi matin, soulignant que les entreprises ont besoin d’un accès rapide à des liquidités à court terme et d’une aide à moyen terme pour trouver de nouveaux marchés à l’exportation.
« Nous sommes en pleine guerre commerciale. Nous sommes en première ligne et notre objectif est de protéger les travailleurs et d’assurer la survie des entreprises », a affirmé la ministre Joly lors d’une conférence de presse.
« Notre but est de faire en sorte que les entreprises conservent leurs effect
Mme Joly a ajouté que le gouvernement est en pourparlers avec des entreprises du secteur du bois d’œuvre et de la foresterie au sujet d’un soutien financier supplémentaire.
« On sait présentement que les tarifs qui affectent ce secteur-là ne sont pas les mêmes que l’acier, l’aluminium et le cuivre, a-t-elle souligné. Mais en même temps, on regarde au niveau de la BDC comment on peut offrir le même type de soutien. »
Même avec l’accès à ces fonds supplémentaires, certaines entreprises manufacturières préviennent qu’elles pourraient ne pas être en mesure de supporter la pression exercée par le régime tarifaire plus agressif du président Donald Trump.
Le 2 avril, le président Donald Trump a signé une proclamation renforçant ses droits de douane sur l’acier et l’aluminium et y ajoutant les dérivés du cuivre.
Ces mesures ont renchéri les exportations canadiennes vers les États-Unis et complexifié considérablement le calcul des taux tarifaires, semant la confusion chez les courtiers en douane et les petites entreprises canadiennes.
Nicole Vlanich, directrice générale de l’Association canadienne des fabricants de moules, a déclaré lundi à La Presse Canadienne que son secteur appréciait la réaction rapide d’Ottawa, mais que le plan de prêts ne va pas assez loin.
« Ces entreprises sont déjà en difficulté financière, donc leur imposer plus de stress sous la forme de paiements supplémentaires, même si les délais sont prolongés, ne fera que créer davantage de problèmes à l’avenir », a expliqué Mme Vlanich.
Son organisation souhaite que le gouvernement fédéral prenne en charge le coût des droits de douane supplémentaires mis en place en avril, qui frappent de plein fouet des petites et moyennes entreprises aux marges bénéficiaires déjà faibles.
« Ces droits de douane les font passer dans le rouge. Ce dont elles ont besoin, c’est d’un soutien qui leur apporte une certitude afin qu’elles puissent continuer », a affirmé Mme Vlanich.
« Certains de nos membres reçoivent actuellement leurs premières factures et, pour une seule expédition, les droits de douane s’élèvent à 600 000 $, et ce ne sont là que les droits de douane. C’est trop à gérer. »
Catherine Cobden, présidente et cheffe de la direction de l’Association canadienne des producteurs d’acier, a déclaré lundi dans un communiqué de presse que son organisation se réjouissait des nouvelles aides financières accordées au secteur. Elle a également appelé à la mise en place de mesures supplémentaires.
Elle a indiqué que les ajustements tarifaires de M. Trump avaient « un impact profond » sur les clients en aval.
Mme Cobden a appelé Ottawa à renforcer ses propres droits de douane afin de protéger le marché canadien contre les importations de produits sidérurgiques « dérivés » que des entreprises canadiennes produisent déjà.
Raquel Dancho, porte-parole conservatrice en matière d’industrie, a soutenu que ces mesures ne constituaient qu’une solution temporaire et un « aveu clair » de la part du gouvernement libéral qu’il n’y avait « aucun accord en vue » pour mettre fin à ces droits de douane punitifs.
« Nous sommes de plus en plus préoccupés par le manque de sens de l’urgence du gouvernement libéral », a déclaré Mme Dancho dans le foyer de la Chambre des communes avant la période de questions.
L’incertitude affecte les entreprises
La conférence de presse de lundi s’est tenue à l’usine de fabrication de camions-bennes Les Ateliers Beau-Roc, en périphérie d’Ottawa. Plusieurs députés libéraux de circonscriptions durement touchées par les droits de douane y ont assisté, notamment Lisa Hepfner de Hamilton Mountain et Marilyn Gladu de Sarnia—Lambton—Bkejwanong.
Dominique O’Rourke, députée de Guelph – l’une des régions les plus exposées aux droits de douane – a affirmé que le principal facteur affectant les entreprises de la ceinture manufacturière de l’Ontario est l’incertitude.
« Cette nouvelle interprétation des droits de douane de l’article 232 a eu des conséquences importantes, car la situation des entreprises qui exportaient en se basant sur une certaine hypothèse a basculé du jour au lendemain », a-t-elle soutenu.
« Il est extrêmement difficile pour les entreprises de suivre l’évolution des droits de douane. »
Mme O’Rourke siège au Comité permanent de l’industrie de la Chambre des communes et préside les caucus libéraux sur l’automobile et du Sud-Ouest de l’Ontario.
Fermetures et pertes d’emplois à venir ?
Mme O’Rourke a indiqué que les grandes entreprises ont constaté un ralentissement de leur production, tandis que les assembleurs et les fabricants en aval de la chaîne d’approvisionnement subissent à la fois des ralentissements de production et des pertes d’emplois.
Mme Joly a affirmé que le gouvernement était actuellement en pourparlers avec les entreprises du secteur du bois d’œuvre et de la foresterie au sujet de nouvelles aides financières.
Le Comité permanent de l’industrie de la Chambre des communes a récemment entendu le témoignage de fabricants de moules industriels qui ont averti que le renforcement surprise des droits de douane au début d’avril pourrait entraîner des pertes d’emplois et la fermeture d’entreprises en Ontario, les usines étant incapables de s’adapter seules.
Des représentants de ce secteur, fortement impliqué dans le commerce transfrontalier, ont prévenu les députés ces dernières semaines que les entreprises pourraient se contracter, fermer ou quitter rapidement le pays — et que toute reprise potentielle serait une bataille longue et ardue.
Une annonce saluée par les gens d’affaires
Dans la foulée de l’annonce du gouvernement fédéral, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et Manufacturiers et Exportateurs du Québec ont salué ces nouveaux investissements, en y apportant toutefois des bémols.
« L’annonce d’aujourd’hui constitue un signal positif. Cela dit, d’autres solutions devront être mises de l’avant, mais surtout, une résolution du conflit commercial demeure essentielle », a souligné Julie White, présidente-directrice générale de MEQ.
La FCCQ appelle d’ailleurs à revoir les critères d’admissibilité pour aider les entreprises en besoin urgent de liquidités.
« Pour les entreprises dont la survie est actuellement menacée, en revanche, c’est insuffisant. Elles ont besoin des liquidités nécessaires au maintien de leurs opérations courantes, pas de s’endetter davantage ou de procéder à des investissements dont les retombées ne se feront sentir qu’à moyen ou long termes », a indiqué Véronique Proulx, présidente-directrice générale de la FCCQ.ifs et que nous puissions les aider à se réorienter, ce qui n’est pas une mince affaire. »
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

