DAKAR, 15 MAI 2026 (JVFE)–La bataille juridique opposant le Premier ministre Ousmane Sonko à l’ancien ministre Mame Mbaye Niang connaît une intensification majeure marquée par des procédures croisées devant la Cour suprême et le Tribunal de grande instance de Dakar.
L’affaire opposant l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko à l’ancien ministre Mame Mbaye Niang connaît d’importants rebondissements judiciaires. Bien que la condamnation initiale de Sonko pour diffamation ait été confirmée par le passé, la bataille juridique a été totalement relancée à travers deux procédures distinctes devant les tribunaux.
Pour rappel ,Ousmane Sonko, alors leader de l’opposition, avait accusé Mame Mbaye Niang d’avoir détourné des fonds (rapport du Prodac), ce qui a conduit à une plainte pour diffamation.
Condamné définitivement à 6 mois de prison avec sursis et 200 millions de FCFA de dommages et intérêts pour diffamation, ce qui avait entraîné son inéligibilité en 2024, le camp d’Ousmane Sonko tente de faire annuler cette décision.
Les avocats d’Ousmane Sonko ont déposé un mémoire en révision. Ils s’appuient sur l’intégration officielle au dossier du rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) concernant le PRODAC, document qui n’avait pas été formellement produit lors des premiers procès.
En début 2026, la défense d’Ousmane Sonko tente d’obtenir une révision de la condamnation, arguant de nouveaux éléments.
En réponse, le camp de Mame Mbaye Niang a répliqué en déposant son propre mémoire en défense afin de bloquer cette tentative de réouverture, estimant l’affaire définitivement jugée. La Cour suprême examine actuellement la recevabilité de cette révision.
Cette affaire a été une étape clé dans les démêlés judiciaires d’Ousmane Sonko, influençant son inéligibilité à un moment donné.
L’ancien ministre a engagé de nouvelles poursuites judiciaires ciblées contre le Premier ministre actuel et certains membres du gouvernement.
Mame Mbaye Niang accuse Ousmane Sonko d’avoir délibérément organisé son insolvabilité pour éviter de payer les 200 millions de FCFA de dommages et intérêts. Selon la plainte, Ousmane Sonko aurait frauduleusement transféré la propriété de sa maison de la Cité Keur Gorgui à sa famille. Les avocats doivent s’expliquer sur cette mutation immobilière devant le Tribunal de grande instance de Dakar.
Procédure de révision du procès (Cour suprême)
L’ex-ministre a déposé une plainte pénale visant directement Ousmane Sonko, la ministre de la Justice Yassine Fall et le ministre des Finances Cheikh Diba. Il affirme que des pressions politiques ont été exercées pour valider et utiliser de manière artificielle le pré-rapport de l’IGF afin de forcer la révision du procès
Après la confirmation en 2024 de sa condamnation à 6 mois de prison avec sursis pour diffamation, le camp d’Ousmane Sonko et le Procureur général ont enclenché une demande de révision de l’arrêt de condamnation.
Le Parquet général et les avocats du Premier ministre invoquent la découverte officielle du rapport n°02/18 de l’Inspection Générale des Finances (IGF) concernant le PRODAC. Selon eux, ce document (auparavant non versé aux débats) prouve la véracité des accusations et fait tomber l’infraction de diffamation.
- L’état actuel du dossier : La procédure est entrée dans sa phase technique devant la Cour suprême du Sénégal. Les avocats de Sonko ont déposé leur mémoire en intervention. Les avocats de Mame Mbaye Niang, qui soutiennent que l’affaire est définitivement close, préparent leurs répliques écrites avant que les juges ne statuent sur la recevabilité de cette révision. Une audience clé opposant les deux conseils est attendue pour le 10 juin.
Nouveau procès civil pour “mutation frauduleuse”
Mame Mbaye Niang a initié une toute nouvelle procédure civile contre Ousmane Sonko devant le Tribunal de grande instance de Dakar.
Contestation de donation : Mame Mbaye Niang, représenté par Me Baboucar Cissé, conteste la donation du bien (lot n°R/17) effectuée en mai 2023 par Ousmane Sonko au profit de ses épouses et enfants.
N’ayant toujours pas perçu les 200 millions de francs CFA de dommages et intérêts issus du premier procès, l’ancien ministre accuse Ousmane Sonko d’avoir organisé son insolvabilité.
Mame Mbaye Niang poursuit le Premier ministre pour « mutation frauduleuse », contestant la donation faite par Ousmane Sonko de sa maison située à la Cité Keur Gorgui au profit de ses épouses et de ses enfants. Pour cela, il réclame une somme supplémentaire de 500 millions de francs CFA.
Après un premier examen en avril, l’affaire suit son cours au tribunal civil à la suite des demandes de renvoi formulées par la défense.
Synthèse des enjeux en cours
| Action judiciaire | Initiateur | Statut actuel | Enjeu principal |
|---|---|---|---|
| Demande de Révision | Ousmane Sonko | Échange de mémoires clos, en attente de la Cour suprême | Laver son honneur et sécuriser son éligibilité future |
| Plainte pour Insolvabilité | Mame Mbaye Niang | Procédure fixée devant la 3e chambre civile | Recouvrement des 200 millions de FCFA de dommages |
| Plainte pour Faux & Escroquerie | Mame Mbaye Niang | Déposée devant la Cour suprême | Contester la validité juridique du rapport de l’IGF |
Les avocats de Mame Mbaye Niang sont officiellement attendus face aux conseils d’Ousmane Sonko le 10 juin 2026.
Cette date marque le lancement officiel des joutes orales de ce nouveau cycle judiciaire. Voici comment se profile le calendrier technique et les prochaines étapes des audiences :
Avant les plaidoiries publiques, les deux parties finalisent l’échange obligatoire de documents :
- Le mémoire en révision de 16 pages déposé par Ousmane Sonko (s’appuyant sur le rapport de l’IGF) et la réplique en défense de 17 pages de Mame Mbaye Niang ont été versés au dossier.
- Les derniers mémoires en intervention croisés sont en cours de traitement par le greffe pour acter la clôture définitive des écritures.
Cette audience devant la Cour suprême constituera le premier grand face-à-face physique des avocats. Elle ne portera pas immédiatement sur le fond de l’affaire (le détournement présumé ou la diffamation), mais sur la recevabilité juridique de la révision.
Les deux scénarios pour la suite du calendrier
À la suite de l’audience de juin, la Cour suprême rendra une décision qui dictera la suite de l’agenda :
- Scénario A : Rejet de la demande
Si la Cour juge que le rapport de l’IGF n’est pas un “fait nouveau” valable, la procédure de révision s’arrête définitivement. Le calendrier s’orientera alors exclusivement vers le Tribunal de grande instance de Dakar pour traiter les plaintes annexes de Mame Mbaye Niang (insolvabilité frauduleuse et faux). - Scénario B : Validation de la demande
Si la Cour suprême déclare le recours recevable, elle cassera l’ancienne condamnation et fixera un calendrier pour un nouveau procès complet. L’affaire sera alors renvoyée devant une autre Cour d’appel du pays (comme Thiès, Saint-Louis ou Kaolack) pour des audiences sur le fond qui s’étaleront sur le deuxième semestre 2026.
L’affaire, loin d’être enterrée par la loi d’amnistie de mars 2024 (la diffamation restant une infraction de droit commun issue d’une plainte personnelle), se joue désormais sur le terrain de la réouverture pénale d’un côté et de la saisie de biens immobiliers de l’autre.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
