DAKAR, 15 MAI 2026 (JVFE)—Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a affirmé que les Émirats arabes unis ont « bloqué » une déclaration commune des pays du BRICS en raison des liens qui unissent Abu Dhabi à Israël.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a explicitement accusé les Émirats arabes unis (EAU) d’avoir bloqué l’adoption d’une déclaration commune lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du BRICS en Inde .
Selon Téhéran, la position d’Abou Dabi est directement liée à ses relations diplomatiques et stratégiques avec Israël .
Téhéran voulait intégrer une condamnation ferme d’Israël et des États-Unis concernant la guerre au Proche-Orient .
Abou Dabi a refusé et a exigé en retour que le texte condamne les attaques de missiles et de drones menées par les alliés de l’Iran (notamment les Houthis) contre les navires de commerce
- Accusations géopolitiques : Abbas Araghchi a affirmé que les EAU agissaient pour protéger les intérêts israéliens et américains dans la région .
Les conséquences pour le BRICS
Le sommet s’est terminé sans déclaration conjointe, une première pour ce type de réunion du bloc .
L’Inde, pays hôte, a dû publier un simple “Résumé de la présidence” qui acte les profondes divisions internes entre les membres
Cet incident met en lumière les rivalités géopolitiques complexes au sein du BRICS, qui s’est récemment élargi à de nouveaux membres du Moyen-Orient
Araghchi n’a pas donné de détails sur le contenu de la déclaration du BRICS à laquelle les Émirats arabes unis se sont opposés.
« La déclaration finale de la réunion ministérielle du BRICS a été bloquée — ou certaines parties de celle-ci ont été bloquées — par un État membre qui entretient des relations particulières avec Israël, et c’est très regrettable », a commenté Araghchi devant les journalistes à l’issue de la réunion ministérielle du BRICS, en évitant de mentionner les Émirats arabes unis par leur nom.
Le BRICS comprend le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, l’Égypte, l’Iran, les Émirats arabes unis et l’Indonésie.

« Nous n’avons aucun problème avec ce pays en particulier. Il n’a pas été notre cible dans la guerre actuelle. Nous n’avons frappé que des bases militaires américaines et des installations militaires américaines, qui se trouvent malheureusement sur son sol », a affirmé Araghchi de manière mensongère, omettant de parler des innombrables sites civils qui ont été pris pour cible par l’Iran.
« La seule raison pour laquelle ils ont bloqué la déclaration finale, c’est le soutien qu’ils apportent à Israël et aux États-Unis dans leur agression contre l’Iran, ce qui est très, très regrettable ».
« J’espère que d’ici notre prochain sommet, ils auront pris conscience que l’Iran est un voisin. Nous devons cohabiter. Nous avons cohabité pendant des siècles, et nous devons continuer à le faire pour les siècles à venir », a poursuivi Araghchi.
En tant que pays hôte à New Delhi, l’Inde a tenté jusqu’au dernier moment de négocier un texte de compromis
Face à l’impasse totale entre l’Iran et les EAU, la diplomatie indienne a choisi de ne pas forcer de consensus pour éviter une rupture publique plus grave [1].
L’Inde a publié un simple “Résumé de la présidence” (Chair’s Summary) qui liste les points de discussion sans engager formellement les pays membres [1].
L’impact de cette crise sur la cohésion globale du BRICS
Cet échec montre que l’intégration de nouveaux membres (comme l’Iran et les EAU en 2024) apporte des conflits régionaux bilatéraux majeurs au sein du bloc.
Le BRICS se présente souvent comme une alternative unie face à l’Occident. Ce blocage prouve que le groupe est profondément divisé sur la sécurité internationale.
Le principe du consensus, qui régit le BRICS, devient une faiblesse lorsque deux membres clés refusent catégoriquement de s’entendre.
Les réactions officielles des Émirats arabes unis
Abou Dabi a refusé de servir de bouc émissaire et rejette l’idée que sa position vise uniquement à protéger Israël.
Les EAU affirment que la stabilité de la région dépend de l’arrêt des attaques de drones et de missiles, une référence directe aux actions de l’Iran et de ses alliés (les Houthis).
Les EAU assument leur position diplomatique et refusent que le BRICS devienne une plateforme exclusive de propagande anti-israélienne ou anti-américaine.
La Chine et la Russie ont adopté une posture de retrait calculé et de diplomatie prudente face à l’affrontement direct entre l’Iran et les Émirats arabes unis à New Delhi. Les deux superpuissances du bloc ont cherché à protéger leurs propres intérêts stratégiques sans envenimer la situation.
La réaction de la Chine : Une absence stratégique et un appel au calme
Fait marquant du sommet, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, n’a pas fait le déplacement en Inde. Pékin a mis en avant un chevauchement d’agenda avec un sommet crucial entre Xi Jinping et Donald Trump à Pékin, se faisant représenter uniquement par son ambassadeur en Inde.
Préservation du narratif du “Sud Global”
En coulisses, la diplomatie chinoise a insisté pour que ces querelles régionales ne fassent pas dérailler l’objectif principal du BRICS : contrecarrer l’hégémonie occidentale et promouvoir un monde multipolaire.
Arbitrage impossible
La Chine est le principal acheteur de pétrole de l’Iran, mais possède aussi des investissements colossaux dans les infrastructures des EAU. Pékin a donc refusé de prendre parti pour ne froisser aucun de ses deux partenaires économiques majeurs.
La réaction de la Russie : Priorité à la dédollarisation et rejet de la paralysie
Contrairement à son homologue chinois, le ministre russe Sergueï Lavrov était bien présent à New Delhi.
Pour Moscou, l’objectif principal au sein du BRICS reste la lutte contre les sanctions occidentales. La Russie a tenté de minimiser le conflit politique en insistant pour que le bloc se concentre sur les mécanismes de paiement alternatifs au réseau SWIFT et sur l’utilisation des monnaies nationales pour le commerce de l’énergie.
La Russie craint que la paralysie du BRICS ne serve les intérêts de Washington. Tout en étant un allié militaire proche de l’Iran (notamment via la fourniture de drones), Moscou a exhorté les membres à faire preuve de pragmatisme pour éviter que le bloc ne perde sa crédibilité internationale.
Le blocage politique au BRICS reflète l’extrême gravité de la crise économique sur le terrain, marquée par la fermeture de fait du détroit d’Hormuz par l’Iran suite aux frappes américano-israéliennes.
Le conflit entre Téhéran et Abou Dabi au sommet n’est pas seulement idéologique : il s’agit d’une bataille pour le contrôle de l’artère économique la plus stratégique du Moyen-Orient.
La paralysie du détroit d’Hormuz et le choc énergétique
Effondrement du trafic maritime
Le trafic à travers le détroit d’Hormuz a chuté de plus de 70 %. L’Iran impose un contrôle strict et cible les navires de commerce, obligeant la quasi-totalité des opérateurs de pétroliers à suspendre leurs transits.
Flambée des prix du pétrole
Ce passage concentre habituellement 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL). Sa fermeture a provoqué un choc historique sur les marchés, poussant le baril de Brent au-dessus des 90 dollars.
Menace sur le GNL
La paralysie bloque également les exportations massives de GNL en provenance du Qatar, provoquant une pénurie immédiate impossible à compenser à court terme sur le marché mondial.
L’impact direct sur les Émirats arabes unis et les pays du Golfe
“Terrorisme économique”
Pour les EAU, les actions de l’Iran sont qualifiées de terrorisme économique. Abou Dabi accuse Téhéran de prendre en otage les routes commerciales mondiales pour faire chanter ses voisins.
Recherche d’une coalition militaire
Devant l’asphyxie de leurs ports, les EAU poussent activement pour la création d’une coalition internationale soutenue par l’ONU (aux côtés des États-Unis) pour réouvrir le détroit par la force si nécessaire.
Explosion des coûts logistiques
Le détournement des navires marchands vers le Cap de Bonne-Espérance rallonge les trajets de plusieurs semaines, tandis que les primes d’assurance maritime dans le Golfe ont atteint des sommets prohibitifs.
Les répercussions pour les géants asiatiques (Chine et Inde)
Asphyxie des importations : L’Asie est la première victime de cette crise. La Chine, qui achète habituellement 90 % du pétrole exporté par l’Iran, subit de plein fouet les ruptures d’approvisionnement.
Mesures de rationnement
En Asie et dans plusieurs pays en développement, la crise du carburant est telle que les gouvernements imposent le télétravail ou le rationnement de l’électricité pour économiser les stocks.
Recherche d’alternatives
Lors de leur récent sommet à Pékin, Donald Trump et Xi Jinping ont acté l’urgence de réouvrir Hormuz. La Chine cherche déjà à négocier des achats massifs de pétrole américain pour réduire sa dépendance totale vis-à-vis du Golfe.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
