DAKAR, 25 MAI 2026 (JVFE)–L’Iran renforce son emprise sur le détroit d’Ormuz en exerçant un contrôle sans précédent sur l’une des voies maritimes les plus stratégiques au monde grâce à un nouveau régime de transit.
Quelques jours seulement après le lancement de l’Autorité du détroit du Golfe persique (PGSA), l’Iran a publié une carte sur X déclarant une vaste « zone maritime contrôlée » à travers la voie navigable et avertissant les navires qu’ils auraient besoin d’une autorisation iranienne pour la traverser.

La zone s’étend de Kuh-e Mubarak en Iran jusqu’au sud de Fujairah aux Émirats arabes unis, à l’entrée orientale du détroit, et de la pointe de l’île de Qeshm jusqu’à Umm al-Quwain à l’entrée occidentale.
En officialisant la “Persian Gulf Strait Authority” (PGSA) et en publiant une nouvelle carte, Téhéran cherche à transformer de facto le détroit d’Ormuz en une zone sous administration souveraine iranienne, en imposant un système d’autorisation préalable et de péages maritimes aux navires.
La zone maritime contrôlée, définie par la nouvelle carte, s’étend de Kouh-e Mubarak (Iran) jusqu’à la côte sud de Fujairah (Émirats arabes unis) à l’est, et du bout de l’île de Qeshm (Iran) à Umm al-Quwain (EAU) à l’ouest. Ce tracé empiète explicitement sur les eaux territoriales des Émirats arabes unis et d’Oman.
Tout navire marchand traversant cette zone doit soumettre un formulaire de déclaration détaillé (cargaison, équipage, propriété, assurance) et obtenir une autorisation officielle via la PGSA.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (CGRI) affirme qu’il coordonne et protège déjà les mouvements de navires dans ce passage, précisant que 26 navires ont transité sous sa supervision rien que jeudi.
Ces annonces font suite à des informations selon lesquelles l’Iran développe un système plus vaste pour gérer le trafic dans le détroit, utilisant des autorisations de sécurité, des frais de transit et potentiellement même une assurance adossée au Bitcoin.
Depuis le début de la guerre contre les États-Unis et Israël, l’Iran n’a autorisé qu’un faible nombre de navires à traverser cette voie navigable.
Environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole transite normalement par le détroit d’Ormuz, ce qui fait de toute perturbation ou tentative d’imposer de nouveaux contrôles une préoccupation majeure pour les marchés mondiaux de l’énergie et les compagnies maritimes.
Les États-Unis, l’Union européenne et les pays du Golfe (Arabie saoudite, EAU, Qatar, Koweït, Bahreïn) rejettent fermement cette autorité, la qualifiant d’illégale. Ces États ont adressé une lettre à l’Organisation maritime internationale (IMO) pour dénoncer cette tentative de mainmise territoriale qui viole le droit de la mer.
Cette revendication stratégique intervient dans un contexte de crise où Téhéran tente d’imposer ses conditions dans un couloir vital par lequel transite une part significative de l’approvisionnement mondial en hydrocarbures. L’accès aux détails des réglementations ou les enjeux de conformité sont suivis de près par les armateurs et les assureurs via des plateformes comme le Windward Blog
Cette extension unilatérale des frontières maritimes iraniens dans le détroit d’Ormuz s’approprie des zones réglementaires situées en plein cœur des eaux territoriales des Émirats arabes unis (EAU) et d’Oman.
Une expansion géographique agressive
La nouvelle délimitation de la PGSA s’étend de manière stratégique pour englober des voies navigables souveraines de ses voisins :
- À l’est : La zone revendiquée s’étire de Kuh-e Mobarak (Iran) jusqu’au sud de Fujairah (Émirats arabes unis). Le choix de Fujairah est hautement stratégique car ce port abrite l’oléoduc permettant aux Émirats de contourner normalement le détroit d’Ormuz.
- À l’ouest : La ligne s’étend de la pointe de l’île de Qeshm (Iran) jusqu’à l’émirat d’Umm al-Quwain (Émirats arabes unis).
- Exigence de Téhéran : L’Iran exige désormais que tout navire commercial obtienne une autorisation préalable de la PGSA pour traverser cette zone élargie.
Riposte coordonnée des États du Golfe
Face à ce que les analystes de l’Institute for the Study of War (ISW) qualifient de tentative d’extorsion et de fait accompli territorial, la résistance s’organise :
- Alerte officielle à l’OMI : Les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar et Bahreïn ont soumis une lettre conjointe à l’Organisation maritime internationale (OMI).
- Consigne aux armateurs : Ces cinq pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ordonnent formellement aux compagnies maritimes mondiales de ne pas coopérer avec la PGSA et de refuser d’emprunter les itinéraires dictés par Téhéran.
- Défense du droit international : Le ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis rappelle que la navigation dans le détroit d’Ormuz dépend exclusivement des cadres internationaux préexistants.
Selon une enquête de Reuters , le nouveau système iranien utilise un processus d’approbation à plusieurs niveaux pour les navires entrant dans le détroit. Les navires liés à des alliés tels que la Russie et la Chine bénéficieraient d’un accès prioritaire, suivis par ceux des pays ayant des liens plus étroits avec Téhéran, notamment l’Inde et le Pakistan
Le double jeu avec Oman
Alors que l’Iran piétine la souveraineté émiratie, Téhéran tente parallèlement de négocier séparément avec Oman pour instaurer un système conjoint de taxes ou de frais de transit maritime. L’objectif des Iraniens est d’obtenir la coopération omanaise afin de légitimer leur contrôle sur l’ensemble du détroit, tout en isolant diplomatiquement les Émirats arabes unis.
Les responsables iraniens se sont rassemblés autour de demandes visant à formaliser le contrôle iranien sur le transit du détroit d’Ormuz, en contraste avec leur apparente division sur le dossier nucléaire. Les demandes de l’Iran concernant le détroit d’Ormuz démontrent que les responsables iraniens estiment avoir remporté la guerre, car formaliser le contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz constitue une revendication territoriale sur le territoire souverain d’un autre pays.
L’Iran a publié une carte d’une zone maritime définie par l’Autorité du détroit du golfe Persique (PGSA) le 20 mai.
La nouvelle carte de la PGSA semble étendre la zone de gestion revendiquée par l’Iran au-delà de la zone que l’Iran avait précédemment représentée le 4 mai.
La nouvelle zone définie par la PGSA s’étend de Kuh Mobarak en Iran jusqu’au sud de Fujairah aux Émirats arabes unis (EAU) à l’est, et de l’extrémité de l’île de Qeshm en Iran jusqu’à Umm al Qaiwain aux EAU à l’ouest.
Ce changement pose une revendication explicite de contrôle sur les eaux territoriales des Émirats arabes unis et d’Oman.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
