DAKAR, 06 juillet 2026 (JVFE)—Le président Bassirou Diomaye Faye acte sa séparation définitive avec le PASTEF.La rupture et la reconfiguration s’articulent autour de plusieurs faits politiques majeurs.
Deux ans après l’alternance politique de mars 2024, une nouvelle bataille s’annonce au sommet de l’État sénégalais.
Le chef de l’État a annoncé la création de sa propre formation politique. Lors d’une rencontre au Palais de la République, Bassirou Diomaye Faye a instruit Aminata Touré de mettre en place un comité de réflexion pour lancer son propre parti. Cette plateforme a rallié plus de 300 maires du pays, offrant au président un ancrage territorial puissant en dehors du Pastef.
Il a réuni plus de 300 maires au Palais de la République pour bâtir sa base territoriale.
L’ancienne Première ministre Aminata Touré est chargée de structurer ce nouveau parti.
Bras de fer autour de la réforme constitutionnelle
Le texte porté par les députés du Pastef s’inscrit dans une logique de rééquilibrage des pouvoirs. Il propose notamment de renforcer le rôle de l’Assemblée nationale, en obligeant l’Exécutif à informer le Parlement de toute convention d’investissement relative aux ressources naturelles. Il prévoit aussi d’élargir les prérogatives des commissions d’enquête parlementaires, qui pourraient auditionner un plus large éventail d’acteurs, y compris des magistrats.
La réforme prévoit également une reconfiguration du pouvoir exécutif. Le président de la République continuerait de déterminer la politique de la Nation, mais désormais en concertation avec le Premier ministre. Ce dernier verrait ses attributions renforcées, notamment en matière de pouvoir réglementaire et de nomination à certains emplois civils. Il pourrait aussi présider le Conseil des ministres par délégation du chef de l’État.
Autre point majeur, la transformation du Conseil constitutionnel en Cour constitutionnelle. Cette nouvelle juridiction deviendrait la plus haute instance en matière constitutionnelle. Le texte prévoit une répartition plus équilibrée dans la désignation de ses membres entre le président de la République et le président de l’Assemblée nationale.
La proposition introduit aussi une définition constitutionnelle du mariage comme l’union entre l’homme et la femme. Cette disposition répond à une revendication portée par une partie de la base conservatrice du Pastef.
Au-delà de ces aspects institutionnels, certaines dispositions ont immédiatement été lues comme des mesures visant directement Bassirou Diomaye Faye. La plus sensible concerne l’interdiction faite au président de la République de diriger un parti politique ou une coalition. Le chef de l’État ne pourrait conserver qu’un rôle honorifique dans une formation politique.
Cette mesure intervient alors que Bassirou Diomaye Faye tente de consolider sa propre coalition, « Diomaye Président », après sa prise de distance avec le Pastef. Pour le camp présidentiel, une telle disposition pourrait limiter sa capacité à structurer une base politique autonome. Pour la majorité parlementaire, elle vise au contraire à séparer clairement l’État du parti et à éviter une concentration partisane autour de la fonction présidentielle.
Un autre point de tension concerne le droit de dissolution de l’Assemblée nationale. En commission, les députés ont introduit une limitation de ce droit à une seule dissolution par mandat présidentiel. Cette disposition est politiquement lourde, car elle réduit la marge de manœuvre du président face à une Assemblée dominée par le Pastef. Dans la configuration actuelle, elle protège de fait la majorité parlementaire conduite par Ousmane Sonko.
La réforme durcit aussi les conditions relatives aux motions de censure. Là encore, le texte participe à une redéfinition des rapports de force entre l’Exécutif et le Parlement.
Les relations entre les deux hommes se sont détériorées, menant au départ d’Ousmane Sonko de la primature en mai et à la formation d’un nouveau gouvernement technocratique sans représentants officiels du Pastef.
Un désaccord institutionnel oppose les deux figures sur la dernière révision constitutionnelle adoptée par l’Assemblée nationale. Alors qu’Ousmane Sonko soutient que la loi peut être promulguée telle quelle, le chef de l’État a annoncé son intention de soumettre cette réforme à un référendum populaire.
Une proposition de révision de la Constitution initiée par le PASTEF secoue les institutions.
L’Assemblée nationale a adopté à la majorité qualifiée le texte de révision.
La loi interdit au président de diriger un parti et renforce le rôle de l’Assemblée nationale.
Face au camp de Sonko qui exige sa promulgation directe, le président Faye a annoncé qu’il soumettrait cette réforme au vote des Sénégalais par référendum.
La réforme du Code électoral, adoptée au printemps 2026, a constitué un moment clé. Ce texte a notamment levé certains obstacles à une éventuelle candidature d’Ousmane Sonko à la présidentielle de 2029. Bassirou Diomaye Faye a critiqué la procédure, évoquant une démarche contestable. Ce désaccord public a été perçu comme un point de rupture.
Tensions et cohabitation à l’Assemblée nationale
Élu président du Parlement après son limogeage de la Primature, Ousmane Sonko parle ouvertement d’une situation de cohabitation institutionnelle.
Le PASTEF a refusé d’intégrer officiellement le gouvernement du nouveau Premier ministre Amadou Al Aminou Lo.
L’hémicycle fait face à de vifs incidents, notamment après l’expulsion contestée du député d’opposition Abdou Mbow.
Bien que Sonko prône le calme, le PASTEF garde le contrôle de l’Assemblée avec 130 députés sur 165.
Dans un communiqué, la Chambre des élus de l’APR dénonce ce qu’elle présente comme une opération de débauchage politique. Selon le parti, plusieurs maires auraient répondu à une invitation qu’ils croyaient institutionnelle avant d’être présentés publiquement comme des soutiens de la coalition présidentielle. L’APR conteste également le nombre de 306 maires avancé par la coalition et demande davantage de transparence sur l’identité des élus concernés.
Après douze années passées à la tête du Sénégal, l’ancien président demeure le principal référent politique de l’APR. Voir son parti perdre progressivement ses élus locaux au profit d’une nouvelle formation présidentielle constituerait un défi majeur pour son influence politique et pour l’avenir de son appareil.
Au-delà de cette controverse, un constat s’impose : la bataille pour le contrôle des territoires est désormais engagée.
Sur la question du référendum envisagé autour du texte adopté par l’Assemblée nationale, le PDS s’est rapproché de la position défendue par le président Diomaye Faye. Ce rapprochement ponctuel a nourri l’idée d’une possible convergence sur certains dossiers institutionnels.
Face à lui, Bassirou Diomaye Faye tente de construire une base présidentielle autonome autour de sa coalition. Mais cette stratégie se heurte à la puissance parlementaire du Pastef et à l’ancrage militant de Sonko.
Cette confrontation intervient dans un contexte économique délicat. Le Sénégal fait face à des contraintes budgétaires importantes, à des discussions difficiles avec le FMI et à une pression sociale persistante. Dans un tel climat, la paralysie institutionnelle pourrait avoir un coût élevé.
Le Sénégal se retrouve donc dans une situation politique inédite : un président élu sous la bannière d’un mouvement dont le chef contrôle désormais l’Assemblée nationale, un gouvernement contesté par une partie du parti majoritaire, et une réforme constitutionnelle qui pourrait redistribuer durablement les pouvoirs.
Climat économique et social sous pression
Les rapports officiels révèlent des défis économiques majeurs qui alimentent les débats des partis.
Les chiffres de l’ANSD font état d’un taux de chômage national atteignant 22,9 %, touchant durement les zones rurales et la jeunesse.
Le gouvernement tente d’assainir ses comptes publics et prépare un nouvel accord avec le Fonds monétaire international.
Les prochains mois permettront de mesurer si les convergences observées aujourd’hui déboucheront sur des alliances durables ou laisseront place à de nouvelles lignes de fracture.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
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