Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
DAKAR, 30 juillet 2026 (JVFE)—Le Conseil de sécurité de l’ONU entame le 30 juillet 2026 les votes pour désigner le successeur d’António Guterres, une élection cruciale pour l’avenir du multilatéralisme dans un contexte de crises multiples.
Face à la paralysie institutionnelle, le prochain Secrétaire général devra réformer l’organisation et restaurer la confiance envers le droit international.
L’ouverture officielle de la course à la succession d’António Guterres coïncide, par une ironie tragique, avec la Journée mondiale de l’amitié.
Au siège new-yorkais des Nations Unies, l’heure n’est pourtant pas à la fraternité, mais aux calculs géopolitiques froids. Le premier vote indicatif à bulletin secret du Conseil de sécurité ouvre une transition cruciale. Le successeur désigné héritera d’une organisation paralysée, sommée de se réinventer ou de consentir à son obsolescence.
Les défis majeurs du prochain Secrétaire général
Le dixième Secrétaire général de l’ONU devra naviguer au cœur d’une tempête institutionnelle et opérationnelle sans précédent.
+—————————————————————–+
| LES QUATRE CHANTIERS DU FUTUR LEADER |
+——————————–+——————————–+
| 1. Le Paralysie du Veto | 2. L’Impuissance Opérationnelle|
| Blocage systématique du P5 | Incapacité à stopper les |
| face aux tragédies mondiales. | conflits armés actuels. |
+——————————–+——————————–+
| 3. La Fracture Nord-Sud | 4. L’Asphyxie Financière |
| Pression des pays du Sud pour | Dépendance envers les grands |
| réformer la gouvernance. | bailleurs et crises de liquidité|
+——————————–+——————————–+
- Le blocage systémique du Conseil de sécurité : L’utilisation abusive et fréquente du droit de veto par les membres permanents (P5) a neutralisé l’organe exécutif de l’ONU. Le prochain leader devra trouver des mécanismes de contournement pour que l’organisation ne reste pas spectatrice des drames humanitaires.
- L’incapacité à résoudre les conflits actuels : Qu’il s’agisse des guerres en Europe, au Proche-Orient ou des crises oubliées en Afrique, l’ONU souffre d’un déficit d’autorité. L’architecture de sécurité collective issue de 1945 s’avère incapable de stopper la prolifération des conflits armés contemporains.
- L’urgence de la réforme institutionnelle : La frustration du Sud global a atteint un point de non-retour. Représentant la majorité de l’humanité, ces pays exigent une refonte du Conseil de sécurité pour corriger une injustice historique et refléter la réalité multipolaire du XXIe siècle.
- La dépendance financière et politique : L’ONU traverse une crise de liquidités chronique. Elle reste à la merci de quelques grands contributeurs qui utilisent leurs financements comme un levier pour dicter l’agenda international, compromettant l’indépendance de l’institution.
Le rôle des grandes puissances : Entre cynisme et marginalisation
L’élection du prochain patron de l’ONU se joue à l’ombre d’un multilatéralisme édenté, où les superpuissances redéfinissent les règles du jeu à leur profit.
- Le triomphe du souverainisme : Les États-Unis, la Chine et la Russie privilégient désormais ouvertement leurs intérêts nationaux et immédiats au détriment des traités internationaux. L’intérêt supérieur de l’humanité est sacrifié sur l’autel des rivalités de puissance.
- La marginalisation stratégique de l’ONU : Face à l’inertie de l’organisation, les États préfèrent contourner l’ONU. Ils investissent massivement dans des alliances militaires directes (OTAN, AUKUS) ou des blocs économiques fermés (BRICS, G7), reléguant les Nations Unies à un rôle purement humanitaire.
- Une sélection sous haute surveillance : Le mode de désignation du Secrétaire général rappelle que le pouvoir reste concentré entre quelques mains. Malgré les auditions publiques devant l’Assemblée générale, le choix final appartient exclusivement aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Le profil recherché par les grandes puissances reste trop souvent celui d’un « secrétaire » effacé plutôt que d’un « général » audacieux.
L’ambiguïté des candidatures face à l’urgence
Le duel annoncé entre l’ancien président sénégalais Macky Sall et l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, entourés de cinq autres diplomates chevronnés, incarne les contradictions de cette élection.
Les candidats rivalisent de promesses sur la parité, la revitalisation de l’organisation et le dialogue interculturel. Pourtant, aucun d’entre eux ne pourra réussir sans un consensus minimal entre Washington, Pékin et Moscou. Le futur Secrétaire général devra déployer un courage politique exceptionnel pour ne pas devenir le simple gestionnaire de la faillite du multilatéralisme. Si l’ONU veut honorer l’idéal de sa Journée de l’amitié, elle doit d’abord prouver qu’elle peut encore imposer la paix.
La France et les États-Unis abordent l’élection du prochain Secrétaire général de l’ONU avec un pragmatisme froid, dicté par leurs intérêts géopolitiques immédiats au Conseil de sécurité. Bien qu’ils partagent la volonté de maintenir une influence décisive grâce à leur droit de veto, leurs grilles de lecture diffèrent nettement sur les profils des candidats déclarés (notamment Macky Sall, Michelle Bachelet, Rafael Grossi ou Carolyn Rodrigues-Birkett).
Les États-Unis : L’obsession budgétaire, la sécurité et la ligne dure envers la Chine
Pour Washington, l’ONU traverse une crise budgétaire et de crédibilité qui exige un profil de gestionnaire capable de recentrer l’institution.
- Le procès en inefficacité : Sous l’influence des débats politiques américains, l’administration américaine reproche à l’ONU de « dépenser sans compter » en se dispersant sur des chantiers secondaires. Les États-Unis exigent un retour strict au pilier fondamental de l’organisation : la paix et la sécurité internationale.
- Le filtre des candidats : Les diplomates américains testent les candidats sur leur capacité à tenir tête aux visées hégémoniques de Pékin et de Moscou. Washington verrait d’un très bon œil l’élection historique d’une femme (comme Carolyn Rodrigues-Birkett ou Michelle Bachelet), à condition qu’elle ne remette pas en cause les intérêts stratégiques américains au Proche-Orient ou face à Taiwan.
- Le cas Rafael Grossi : L’actuel directeur de l’AIEA dispose d’un solide réseau à Washington grâce à sa gestion des crises nucléaires (Iran, Ukraine). Cependant, sa réputation de réformateur “radical” fait craindre aux Américains une perte de contrôle sur la bureaucratie onusienne.
La France : Multilatéralisme, francophonie et équilibre des blocs
Paris adopte une posture plus nuancée, cherchant à préserver l’équilibre multilatéral tout en maintenant ses zones d’influence traditionnelles.
- Le dogme de la francophonie : Pour le Quai d’Orsay, la maîtrise de la langue française reste un critère d’évaluation important pour le poste. C’est un atout majeur pour l’ancien président sénégalais Macky Sall, qui bénéficie d’une attention bienveillante de Paris.
- Le dilemme de la rotation géographique : La France respecte traditionnellement l’alternance régionale. L’Amérique latine et les Caraïbes n’ayant pas eu de Secrétaire général depuis plus de 30 ans, la diplomatie française est très ouverte aux candidatures de cette région (Chili, Guyana, Équateur) pour éviter de s’aliéner le bloc sud-américain.
- L’impératif humanitaire et des droits de l’homme : Contrairement aux États-Unis qui privilégient le volet sécuritaire pur, la France insiste sur l’importance du pilier des droits humains et du droit international. Le profil de Michelle Bachelet, ancienne Haute-Commissaire aux droits de l’homme, coche de nombreuses cases politiques à Paris.
Tableau comparatif des exigences de Paris et Washington
| Critères d’évaluation | 🇫🇷 Position de la France | 🇺🇸 Position des États-Unis |
| Priorité institutionnelle | Préservation du droit international et diplomatie climatique. | Coupe budgétaire, efficience et sécurité nationale. |
| Profil recherché | Un diplomate constructeur de ponts entre le Nord et le Sud. | Un manager rigoureux capable de réformer la bureaucratie. |
| Sensibilité régionale | Favorable à la rotation (Amérique latine) ou à l’Afrique francophone. | Pragbatique, mais opposé à tout candidat trop aligné sur Pékin. |
| Ligne rouge commune | Aucun candidat ne doit contester le droit de veto du P5 au Conseil. | Aucun candidat ne doit contester le droit de veto du P5 au Conseil. |
En fin de compte, les discussions à huis clos qui s’ouvrent au Conseil de sécurité forceront la France et les États-Unis à négocier un compromis. Le candidat idéal pour les deux puissances occidentales devra être assez fort pour porter la voix de l’ONU, mais assez souple pour ne jamais menacer directement les intérêts stratégiques du P5.
« La reconnaissance est un fardeau et tout fardeau est fait pour être secoué. » — Denis Diderot
« On a beau dire, une rupture, ça libère, mais ça déchire aussi, ne serait-ce que la routine. » et « Si la rencontre est un hasard, la rupture est toujours une nécessité. »
