DAKAR, 30 juillet 2026 (JVFE)—L’actualité majeure de l’ONU ce jeudi 30 juillet 2026 est marquée par l’ouverture officielle de la course à la succession d’António Guterres au Secrétariat général.
Ce poste pourrait, pour la première fois de l’histoire, être occupé par une femme, et de surcroît d’origine latino-américaine. Mais le processus de succession n’est pas sans incertitudes : les États-Unis pourraient bloquer l’élection.
Voici la synthèse des faits marquants du jour aux Nations Unies :
Succession du Secrétaire général de l’ONU
- Lancement des votes indicatifs : Le Conseil de sécurité démarre aujourd’hui son tout premier cycle de votes à bulletin secret pour évaluer les six candidats en lice pour succéder à António Guterres fin 2026.
- Les candidats déclarés : La liste inclut l’ancien président sénégalais Macky Sall (porté par le Burundi et soutenu par le Sénégal), l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, l’Argentin Rafael Grossi, la Costaricienne Rebeca Grynspan, et la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett.
- Objectif du jour : Ce processus de vote informel doit dégager une tendance, pousser les candidats les moins populaires vers le retrait, et obtenir à terme un consensus d’au moins 9 voix sans veto des membres permanents.

Candidats au poste de secrétaire général de l’ONU lors d’un événement à New York jeudi dernier
Sanctions en République centrafricaine (RCA)
- Prolongation des mesures : Le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la Résolution 2827, étendant jusqu’au 31 juillet 2027 les sanctions financières et les interdictions de voyager visant les groupes armés menaçant la paix en RCA.
- Mandat d’experts : La mission du Groupe d’experts chargé de surveiller les réseaux illégaux d’approvisionnement en armes et le financement de ces groupes a également été prorogée jusqu’au 31 août 2027.
Déplacement à Chypre
- Appel d’António Guterres : En visite sur l’île divisée de Chypre, le Secrétaire général a pressé l’ensemble des parties de coopérer pleinement avec la force de maintien de la paix de l’ONU. Il a rappelé qu’une solution politique est indispensable pour stabiliser la région.
Célébration internationale
- Journée mondiale de l’amitié : L’ONU célèbre aujourd’hui la Journée internationale de l’amitié. L’organisation met l’accent sur les initiatives de la jeunesse et le dialogue interculturel pour tisser des liens de solidarité humaine face aux crises mondiales.
« L’ONU est la réalisation diplomatique la plus extraordinaire », a déclaré Michelle Bachelet, l’une des six candidates au poste de secrétaire général, lors du débat qui s’est tenu la semaine dernière à l’Assemblée générale.
La question est de savoir si le prochain secrétaire général sera en mesure de garantir qu’elle le reste, et surtout, si les grandes puissances le permettront.
L’avenir de l’ONU dépendra de la capacité du prochain secrétaire général à réformer l’institution face aux tensions géopolitiques des grandes puissances.
Défis majeurs du prochain secrétaire général
- Blocage du Conseil de sécurité : Utilisation fréquente du droit de veto par les membres permanents.
- Crises mondiales : Incapacité à résoudre rapidement les conflits armés actuels.
- Réforme institutionnelle : Demande croissante d’une meilleure représentation des pays du Sud global.
- Financement : Dépendance financière vis-à-vis de quelques grands contributeurs qui dictent parfois l’agenda.
Le rôle des grandes puissances
- Souverainisme : Priorité des États-Unis, de la Chine et de la Russie à leurs intérêts nationaux.
- Marginalisation : Tendance à contourner l’ONU pour des alliances militaires ou économiques directes.
- Sélection du leader : Choix final du secrétaire général par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
Aujourd’hui, 30 juillet, le processus de sélection débute officiellement : les 15 membres du Conseil de sécurité procèdent à un premier vote indicatif, anonyme et à huis clos. Ce vote sera répété jusqu’à l’obtention des neuf voix nécessaires, sans droit de veto, des cinq membres permanents, conformément à l’article 97 de la Charte des Nations Unies . L’Assemblée générale nommera ensuite le candidat désigné, qui entrera en fonction le 1er janvier 2027, succédant à António Guterres .
Il s’agit d’un processus conditionné par des équilibres géopolitiques, parmi six candidats ayant des expériences pertinentes : Rebeca Grynspan (Costa Rica), ancienne vice-présidente et secrétaire générale de la CNUCED ; Rafael Grossi (Argentine), directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique ; Michelle Bachelet (Chili), ancienne présidente, ancienne Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et première directrice d’ONU Femmes ; María Fernanda Espinosa (Équateur), ancienne ministre des Affaires étrangères et de la Défense, ancienne présidente de l’Assemblée générale ; Carolyn Rodrigues-Birkett (Guyana), représentante permanente auprès de l’ONU ; et Macky Sall (Sénégal), ancien président du pays et de l’Union africaine.
Cinq candidats latino-américains et un candidat africain, quatre femmes et deux hommes : ce n’est pas un hasard. Selon la règle tacite de la rotation géographique, ce pourrait être au tour de l’Amérique latine, et pour la première fois en plus de 80 ans, d’une femme.
Lors du débat, les six participants se sont accordés sur la nécessité de rétablir la confiance dans l’Organisation, de la réformer rapidement, d’accroître son rôle dans la prévention des conflits et de relever des défis tels que l’intelligence artificielle, le changement climatique et le financement.
La course à la succession d’António Guterres entre dans sa phase décisive alors que le Conseil de sécurité de l’ONU entame ses premiers votes indicatifs à bulletin secret. Face à ce tournant, voici une analyse combinée des forces en présence, des pistes de réforme institutionnelle et des dynamiques géopolitiques majeures qui façonneront l’avenir de l’organisation.
Profil des favoris pour le poste de Secrétaire général
La sélection officielle pour la période 2027-2031 met en avant sept candidats déclarés. Plusieurs profils se détachent nettement :
- Rafael Grossi (Argentine) : Actuel Directeur général de l’AIEA. Il bénéficie d’une forte crédibilité technique et diplomatique acquise dans la gestion des crises nucléaires en Ukraine et en Iran. Sa candidature est actuellement jugée très sérieuse par les marchés prédictifs comme Polymarket.
- Macky Sall (Sénégal) : Ancien président du Sénégal et ex-président de l’Union Africaine. Candidat officiellement proposé par le Burundi. Il incarne la voix du Sud global et prône une refonte complète de la représentativité de l’ONU au profit de l’Afrique.
- María Fernanda Espinosa (Équateur) : Ancienne ministre et surtout ancienne présidente de l’Assemblée générale de l’ONU. Sa maîtrise parfaite des rouages internes de l’institution joue fortement en sa faveur.
- Carolyn Rodrigues Birkett (Guyana) : Représentante permanente de son pays à l’ONU. Elle axe sa campagne sur l’urgence climatique et la prévention des conflits.
- Olara Otunnu (Ouganda) : Diplomate chevronné et ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU, qui apporte une expertise de longue date sur les réformes structurelles.
- Michelle Bachelet (Chili) : Bien qu’elle ait initialement retiré sa candidature officielle de la liste du Secrétariat en mars, son profil d’ancienne présidente et de Haute-Commissaire aux droits de l’homme reste la référence des débats sur le leadership politique de l’ONU.
Les propositions de réforme du droit de veto
L’utilisation répétée du veto par les membres permanents (P5) paralyse le Conseil de sécurité lors des crises humanitaires majeures (Ukraine, Proche-Orient). Plusieurs initiatives tentent d’y remédier :
- L’encadrement en cas de crimes de masse : Portée historiquement par la France et soutenue par plusieurs pays occidentaux, cette proposition demande aux membres permanents de suspendre volontairement leur droit de veto en cas d’atrocités de masse, de crimes de guerre ou de génocides.
- L’Initiative Veto de l’Assemblée générale : Adoptée par la Résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU, cette règle oblige tout membre du P5 ayant recours au veto à venir justifier et débattre de sa position devant l’ensemble des 193 États membres sous 10 jours. Elle vise à imposer un coût politique et réputationnel au blocage.
- Élargissement sans droit de veto : Face à la pression des pays africains pour obtenir des sièges permanents, les États-Unis soutiennent l’attribution de deux nouveaux sièges permanents à l’Afrique, mais sans leur accorder le droit de veto. Cela éviterait]
L’impact des tensions Washington-Pékin sur l’ONU
La rivalité systémique entre les États-Unis et la Chine redéfinit l’équilibre multilatéral à New York :
- Guerre d’influence administrative : Pékin a considérablement augmenté sa contribution financière et place méthodiquement ses diplomates à la tête d’agences spécialisées de l’ONU pour promouvoir sa vision du développement économique aux dépens des critères occidentaux sur les droits de l’homme.
- Blocage par anticipation : Le choix final du Secrétaire général nécessite l’unanimité absolue du P5. Les tensions bilatérales font craindre la sélection d’un candidat “plus petit dénominateur commun”, c’est-à-dire un profil technique discret plutôt qu’un leader politique fort capable de s’opposer aux grandes puissances.
- Diplonatie de rechange : Washington et Pékin ont tendance à contourner l’enceinte de l’ONU lorsqu’un désaccord survient, préférant investir des formats restreints (comme le G7 ou l’OTAN d’un côté, et les BRICS ou l’Organisation de coopération de Shanghai de l’autre).
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
