DAKAR, 14 OCTOBRE 2026 (JVFE)—Djibouti et la Banque mondiale ont officiellement convenu d’engager la préparation de leur prochain Cadre de partenariat pays (CPF) pour la période 2028-2032. Cet accord a été conclu lors d’une réunion stratégique à Bangkok entre le ministre djiboutien de l’Économie et des Finances, Ilyas Moussa Dawaleh, et le vice-président de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Ousmane Dione.
L’objectif central de ce nouveau partenariat est de placer la croissance portée par le secteur privé et la création d’emplois au cœur de la coopération bilatérale.
Pour le ministre Dawaleh, la stabilité de Djibouti est désormais indissociable de celle de toute la région. Il a plaidé pour un soutien renforcé et une grande flexibilité dans la mise en œuvre de l’aide, face à une situation qui évolue très vite.
Les deux parties ont arrêté quatre priorités : l’emploi des jeunes, l’énergie, la réforme des entreprises publiques, ainsi que le secteur privé et l’investissement.
M. Dione a réaffirmé l’engagement de la Banque mondiale et sa disponibilité à accélérer les projets, afin que leur impact soit rapide et concret pour la population.
Les axes prioritaires du cadre 2028-2032
Les discussions entre la délégation djiboutienne et les responsables de l’institution ont permis de formaliser quatre priorités sectorielles majeures :
Favoriser l’insertion professionnelle et l’adéquation formation-emploi.
Moderniser les infrastructures et sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays.
Améliorer la gouvernance, la transparence et l’efficacité des entités étatiques.
Attirer les capitaux étrangers et dynamiser le tissu entrepreneurial local.
Un contexte régional sous pression
Le ministre Ilyas Moussa Dawaleh a profité de cette rencontre pour exposer les défis macroéconomiques et humanitaires auxquels Djibouti fait face. Les conflits persistants dans la Corne de l’Afrique et au Yémen entraînent un flux migratoire massif (notamment une hausse marquée en septembre 2026), ce qui pèse lourdement sur le budget de l’État en matière de soins, d’abris et d’accueil. Face à cette situation, Djibouti a plaidé pour un soutien renforcé et une plus grande flexibilité dans l’octroi des aides internationales.
De son côté, la Banque mondiale a salué les réformes déjà engagées par le gouvernement djiboutien et a promis d’accélérer le déploiement des projets en cours afin que la population en ressente rapidement les bénéfices.
Le portefeuille actif de l’Association internationale de développement (IDA) de la Banque mondiale à Djibouti comprend 11 projets nationaux, 3 opérations régionales et 3 fonds fiduciaires, totalisant environ 501 millions de dollars (soit plus de 100 milliards de francs djiboutiens).
Ces financements visent à moderniser les infrastructures logistiques, stimuler le secteur privé et renforcer l’inclusion sociale et la résilience climatique.
Projets phares et financements récents (2025-2026)
| Projet / Programme | Financement | Objectifs principaux |
| Corridor économique régional de Djibouti | 205 millions $ (dont 45 millions $ ajoutés en juin 2026) | Moderniser l’axe routier sud Djibouti-Addis-Abeba, améliorer la sécurité routière et optimiser l’efficacité de la logistique régionale. |
| Programme de diversification économique | 25,75 millions $ (approuvé en mars 2026) | Première opération axée sur les résultats (PforR) visant à soutenir l’entrepreneuriat local, attirer les investissements privés et créer des emplois stables. |
| Projet DJIRESA (Eau souterraine et résilience) | 35 millions $ (approuvé en mars 2026) | Intégré à une initiative de la Corne de l’Afrique pour étendre durablement l’accès à l’eau potable pour plus de 127 000 ruraux vulnérables à la sécheresse. |
| Résilience communautaire intégrée | 31 millions $ (dont 9 millions $ de l’IDA en mars 2025) | Développer les services de base, consolider les filets de protection sociale et renforcer l’économie locale à Dikhil, Obock et Ali Sabieh. |
| Fondements du numérique (Digital Djibouti) | 11 millions $ | Réformer le secteur des télécommunications et des TIC afin de baisser les coûts et créer un écosystème favorable à l’économie numérique. |
Interventions sectorielles clés
- Énergie et Climat : Financement d’infrastructures de transition énergétique. Le Groupe soutient notamment le développement de l’énergie éolienne via le parc de Ghoubet ainsi que le déploiement de projets d’énergie solaire hors réseau.
- Développement Social et Capital Humain : Financements continus alloués à la rénovation des infrastructures scolaires, à la formation des enseignants, ainsi qu’aux programmes de santé et de protection sociale gérés avec l’appui de l’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS).
- Économie bleue : Partenariat récent visant à valoriser les ressources maritimes et côtières de Djibouti pour maximiser la création d’emplois durables chez les jeunes.
La réforme des entreprises publiques à Djibouti est orchestrée par le gouvernement sous l’égide du Secrétariat Exécutif chargé du Portefeuille de l’État (SEPE), avec le soutien technique et financier de la Banque mondiale et de l’Agence Française de Développement (AFD).
Cette transformation institutionnelle repose sur un triptyque fondamental : transparence, responsabilisation financière et désengagement progressif de l’État des activités purement productives.
Les 3 Piliers de la modernisation des entités publiques
| Pilier | Objectifs & Mécanismes |
| La Charte d’engagement et de gouvernance | Introduite par l’exécutif, cette charte codifie une nouvelle relation entre l’État actionnaire et ses entreprises. Elle garantit une plus grande autonomie de gestion aux dirigeants tout en formalisant les obligations de performance et de rentabilité afin d’accroître leur contribution au PIB national. |
| La Responsabilisation budgétaire stricte | Adoptées récemment, de nouvelles règles budgétaires imposent aux entreprises publiques d’assumer l’intégralité de leurs obligations fiscales exigibles. Elles doivent également prendre en charge les coûts opérationnels et de maintenance qui étaient jusqu’à présent subventionnés ou supportés par le budget de l’État. |
| La Gestion et la cartographie des risques | Un programme d’assistance technique est déployé pour former les équipes managériales à l’évaluation, au recensement et à la maîtrise des risques financiers et opérationnels au sein des cinq plus grandes entreprises publiques du pays. |
Le cadre d’accompagnement de la Banque mondiale
La Banque mondiale soutient activement ce processus à travers le PAGEF (Projet de gouvernance économique et financière), doté de 20 millions de dollars. Ce projet sert de levier pour :
- Accélérer la mise en œuvre du Code de Bonne Gouvernance au sein des conseils d’administration.
- Mettre en place des mécanismes stricts de reddition des comptes et de transparence financière.
- Préparer les conditions d’un partenariat public-privé (PPP) ou d’un désengagement de l’État pour stimuler la compétitivité économique du pays.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
