Sénégal : premiers témoignages sur les violences politiques entre 2021 et 2024

Dakar,06 OCTOBRE 2025(JVFE)-La Section de Recherches poursuit ses investigations sur les violences politiques qui ont endeuillé le Sénégal entre 2021 et 2024.

Pour rappel PROS etait arrêté le 3 mars 2021 alors qu’il se rendait à la convocation et est placé en garde à vue dans l’après-midi pour « troubles à l’ordre public » et « participation à une manifestation non autorisée »

Des manifestations demandant la libération de l’opposant mais aussi pour dénoncer la corruption et la cherté de la vie suivent dans les jours qui viennent et sont violemment réprimés. Au 8 avril 2021 , le bilan établi par les autorités fait état de 13 morts du côté des manifestants.

L’État du Sénégal enclenche une réponse judiciaire.

Le Ministère Sénégalais de la  Justice a officiellement répondu à une lettre ouverte adressée au Président de la République, relative aux crimes survenus lors des manifestations politiques entre 2021 et 2024. Cette correspondance, datée du 1er août 2025 et signée par le ministre de la Justice, M. Ousmane Diagne, constitue une première réponse formelle de l’État sur cette question.

L’audition avait debuté pour déterminer le rôle présumé de l’ancien ministre de la Jeunesse dans les faits reprochés.

L’ancien ministre de la Jeunesse, Pape Malick Ndour, est convoqué ce lundi 6 octobre 2025 à la Section de Recherches de la Gendarmerie nationale, à Colobane, pour une audition dans le cadre de cette enquête sur des faits de violences et de torture présumées remontant à la période 2021–2024. Cette convocation fait suite à une plainte déposée par Pape Abdoulaye Touré, un militant politique, qui accuse l’ex ministre d’avoir joué un rôle dans ces événements. Initialement prévu pour 10 heures, l’horaire de l’audition a été modifié tard dans la soirée du dimanche 5 octobre, et la convoquée   a été reprogrammée pour 15 heures.

Après une première vague d’auditions des parties civiles vendredi dernier, ce lundi 6 octobre marque une nouvelle étape.

Cinq familles ont répondu à la convocation de la Section de recherches, portant avec elles le poids d’absences irréparables et de souffrances encore vives. Les récits recueillis par les enquêteurs peignent le tableau d’un pays marqué par les fractures sociales et les blessures humaines laissées par ces années de violence.

Parmi les familles entendues figure celle de Bassirou Sarr, tailleur trentenaire connu pour sa générosité.

Bassirou Sarr,  avait offert un peu d’argent à sa mère, Mbada Diouf, juste avant sa mort. À l’époque, son témoignage avait été recueilli par la Maison des Jeunes Reporters, dans le cadre du projet CartograFree Sénégal, qui retraçait les victimes des violences. « Le jour de son décès, il m’avait offert de l’argent. Il était d’un soutien indéfectible. Perdre son enfant dans de telles circonstances est une douleur incommensurable », confiait sa mère, la voix tremblante. Ce lundi, c’est son père, Issa Sarr, qui est convoqué pour livrer sa version des faits devant les enquêteurs.

Mor Nguère Ndiaye, jeune footballeur fauché par une balle réelle de 9 mm

La deuxième famille à se présenter est celle de Mor Nguère Ndiaye, 22 ans, passionné de football.

Mor Nguère Ndiaye jeune homme avait quitté son domicile le 1er juin, vers 18h25, pour rejoindre un terrain de football proche de chez lui, en rassurant sa mère qu’il éviterait les affrontements. Mais quelques minutes plus tard, il se retrouve pris dans une course-poursuite entre manifestants et policiers. Une balle de 9 mm l’atteint à la mâchoire. Transporté d’urgence à l’hôpital de Thiaroye, il succombera à 01h30 du matin. « Le médecin a confirmé que Mor a été touché par une balle réelle », a confié son père, Assane Ndiaye, également convoqué ce lundi par la Section de recherches.

Cheikhouna Ndiaye, poignardé lors des manifestations aux Parcelles Assainies

La famille de Cheikhouna Ndiaye a également été entendue. Sa sœur aînée, Aminata Ndiaye, s’est exprimée pour réclamer justice. Cheikhouna, 22 ans, vendeur de carreaux et orphelin de père et de mère, avait été poignardé alors qu’il rentrait du travail le 4 mars 2021, lors des manifestations aux Parcelles Assainies. La thèse d’une agression isolée reste controversée. Ses effets personnels — un téléphone, 25 000 FCFA et sa sacoche — avaient été retrouvés intacts, laissant planer le doute sur les véritables circonstances de son décès. Depuis ce drame, Aminata Ndiaye réclame que « toute la lumière soit faite sur cette mort suspecte ».

Idrissa Ouédrago et Abdoulaye Faye : deux mères unies dans la douleur

Deux autres familles ont été reçues dans la salle d’audition.il s’agit d’Idrissa Ouédrago — également connu sous le nom d’Ibrahima Drago, selon d’autres sources —, tué par balle le 2 juin à Pikine, représentée par sa mère Astou Ndiaye, et celle d’Abdoulaye Faye, accompagnée de sa mère Adji Ndella Faye. Toutes deux, éplorées, ont livré des témoignages poignants, confrontant les enquêteurs à la froide réalité de leurs pertes et à l’urgence de vérité qu’elles réclament depuis des années.

Lassana Diarisso, un destin brisé au cœur des violences .

la famille de Lassana Diarisso, surnommé « Lass »,  se présentera devant la Section de Recherches. Son corps sans vie avait été retrouvé abandonné. Très connu dans son quartier, Lassana avait été aperçu pour la dernière fois à l’arrêt Keur Mbaye Fall du TER. Ce jour-là, il était allé garer sa voiture pour éviter des actes de vandalisme. Sur le chemin du retour, il aurait été percuté par un véhicule des forces de l’ordre, selon les témoignages recueillis. Grièvement blessé, il aurait ensuite été pris en charge par des gendarmes de la Légion d’intervention de Mbao, avant d’être conduit à la Brigade du TER.Ses proches soutiennent que le jeune homme aurait subi des sévices durant son transfert.

Ce mardi, c’est son frère, Diadié Diarisso, qui sera entendu par les enquêteurs, portant à nouveau le poids d’une famille confrontée à la violence institutionnelle et à une injustice persistante.

Boubacar Sadio a également affirmé que la responsabilité des décès ne saurait être imputée exclusivement aux forces de défense et de sécurité (FDS).

D’après ses déclarations, d’autres acteurs ont participé aux violences. « Il y a eu des décès effectivement causés par les FDS, mais d’autres acteurs ont également pris part aux violences, notamment des nervis qui étaient armés. Certains disposaient d’armes de guerre, alors même qu’ils n’avaient aucune connaissance de leur utilisation », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, l’actuel président du Conseil de surveillance de l’Agence nationale de la sécurité routière (Anaser) a mis en lumière un autre volet que l’enquête devrait, selon lui, explorer. Il s’agit d’un contrat de 45 milliards de francs CFA destiné à l’acquisition d’équipements, incluant 1 000 armes de guerre pour le corps des Eaux et Forêts. Selon ses propos, l’effectif de ce corps ne représenterait pas « le tiers des armes commandées », soulevant ainsi des interrogations sur la finalité de cette commande.

One thought on “Sénégal : premiers témoignages sur les violences politiques entre 2021 et 2024

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *