CONFÉRENCE DE PRESSE DES AVOCATS DU PRÉSIDENT MACKY SALL

Dakar, 23 Octobre  2025(JVFE)-Lors d’une conférence de presse ce jeudi, le collectif d’avocats a dénoncé l’opacité des rapports qui serviraient de fondement aux accusations contre leur client, tout en défendant la gestion économique de l’ancien chef de l’État.

“Vous venez ici à ce point presse pour parler d’un dossier, d’un sujet qu’on vous a présenté sous un titre qui claque, le titre de la dette cachée. Et moi, je vais me permettre de vous dire que le vrai sujet, c’est celui des rapports cachés. Les rapports cachés qui disent que la dette était cachée,” a déclaré Me Sur, inversant ainsi la perspective du débat public.

L’avocat a ensuite méthodiquement déconstruit les accusations en identifiant trois documents essentiels qui, selon lui, demeurent inaccessibles tant à la défense qu’à la presse, pourtant “garantie de la transparence, garantie de la démocratie”.

Premier document pointé du doigt : le rapport de l’inspection des finances. Me Sur a rappelé que “Macky Sall en 2012, juillet 2012, décembre 2012 a pris une loi de transposition des règles supra sénégalaises africaines selon lesquelles la transparence devait s’imposer dans la gestion et la continuité de la gestion des équipes au pouvoir”. Paradoxalement, ce rapport qui sert de base aux accusations de manque de transparence n’a jamais été rendu public.

“Nul d’entre vous ne peut nous indiquer l’avoir eu entre ses mains. Et pourtant, vous êtes la presse, vous êtes la garantie de la transparence, la garantie de la démocratie,” a-t-il lancé aux journalistes présents.

Le deuxième document mentionné est le pré-rapport de la Cour des comptes, également inaccessible malgré “les lettres adressées il y a maintenant 15 jours tant au président de la Cour des comptes qu’au ministre des finances,” selon l’avocat.

Enfin, le troisième rapport évoqué est celui du cabinet d’audit international Mazar, considéré comme indépendant. “C’est d’autant plus grave que c’est le rapport d’un cabinet d’audit international qui se dit indépendant, qui se dit un peu la voix de Dieu pour le contrôle des choses,” a souligné Me Sur, déplorant là encore l’absence d’accès à ce document crucial.

Au-delà de l’inaccessibilité des rapports, l’avocat a soulevé plusieurs questions de forme qui, selon lui, pourraient fragiliser la fiabilité de ces documents. Concernant le rapport de l’inspection des finances, il a relevé qu’il aurait été déposé six mois après la prise de pouvoir de la nouvelle administration, alors que la loi de 2012 exigeait un délai de trois mois. “Le respect de la forme est la garantie du fond et de son intégrité,” a-t-il rappelé.

Pour le rapport de la Cour des comptes, l’avocat affirme avoir appris “par des indiscrétions” que celui-ci “n’aurait pas été signé par l’assemblée plénière mais seulement par une des chambres,” soulevant des doutes quant à son approbation unanime.

Quant au rapport Mazar, il s’est interrogé sur les conditions de sélection du cabinet d’audit : “Est-ce qu’un appel d’offre a été soumis pour que les principaux cabinets d’audit mondiaux indépendants comme on dit puissent soumissionner ? On sait pas s’il y a eu un appel d’offre. Probablement non, parce que sinon on nous le dirait et on le saurait.”

Citant Confucius, Me Oliver Sur a ensuite plaidé pour une clarification des termes utilisés dans ce débat. “Si vous voulez bien, définissons les mots et vous verrez qu’il n’y a pas de sujet,” a-t-il avancé.

L’avocat s’est ainsi attaché à définir ce qu’est une dette d’État en finances publiques, distinguant l’émission de papiers obligataires des simples facilités de paiement temporaires. “Quand [l’État] vit à crédit quelques jours, quand les banques lui font une facilité de paiement, est-ce que c’est de la dette ou non ? Grande question pour tout vous dire. Certains agrégats économiques l’utilisent comme faisant partie de la dette, d’autres non,” a-t-il expliqué.

Il a également abordé la question de la définition de la dette publique, qui peut inclure ou non les dettes des entreprises publiques selon les normes comptables adoptées. Me Sur a cité l’exemple français de l’intégration de la dette de la SNCF dans le budget de l’État en 2020, sans que cela ait été considéré comme un “maquillage” des comptes précédents.

Dans la dernière partie de son intervention, l’avocat a défendu la gestion économique de l’ancien président Macky Sall, arguant que “la dette elle est vertueuse y compris quand c’est 100% du PIB, y compris même quand c’est 120% du PIB” à condition qu’elle génère de la croissance économique.

“Sous Macky Sall, le PIB a été multiplié par deux. Il aurait été suéter une mauvaise politique que de ne pas augmenter ce potentiel de croissance par le coefficient multiplicateur de la dette vertueuse. Et c’est ce qu’il a fait,” a-t-il affirmé, comparant la situation du Sénégal à celle d’autres pays comme le Japon (200% du PIB), les États-Unis (500%) ou la France (120%).

Me Sur a mis en garde contre le danger de “faire des procès aux prédécesseurs” au détriment du développement économique du pays. “Ce qui est important, c’est de respecter les anciens. C’est comme construire une maison, nouvelle administration, nouveau président, nouveau suffrage universel qu’on respecte tous, mais il rajoute un étage et il faudrait pas qu’en rajoutant cet étage, on veuille démolir l’étage du dessous ou les fondations parce qu’alors tout s’écoulerait.”

L’avocat a réitéré qu'”il n’y a pas de problème de dette cachée au Sénégal” mais plutôt des “rapports cachés” et des “mauvaises lunettes de lecture” de la situation économique. Il a appelé à un rassemblement autour de faits “juridiques, factuels et comptables” pour avancer dans l’intérêt du pays.

Cette conférence de presse intervient dans un contexte de tensions politiques persistantes entre le régime de Pastef et les partisans de l’ancien chef d’État Macky Sall (2012 à 2024).

La question de la dette publique et de sa gestion est devenue un point central des débats, l’équipe au pouvoir ayant évoqué la découverte d’une “dette cachée” laissée par l’administration précédente, accusations que le camp de Macky Sall rejette fermement comme en témoigne cette sortie médiatique de ses avocats.

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