Cette Charte, ont insisté ses initiateurs, est conçue comme un instrument pour tourner la page de « modes de résolution importés » et répondre aux critiques adressées à l’accord d’Alger, signé en 2015 sous médiation internationale et dénoncé pour son inefficacité et son manque d’ancrage local.
Le texte remis au président se compose de 16 titres, 39 chapitres et 106 articles. Il prévoit des mécanismes concrets pour résoudre les conflits communautaires, assister les victimes, réintégrer les ex-combattants et développer les zones marginalisées. Il réaffirme également l’unité et l’indivisibilité de l’État et inscrit la réconciliation dans une logique de souveraineté nationale.
La commission a souligné que les consultations avaient impliqué toutes les régions, le district de Bamako, la diaspora et des associations, pour assurer la légitimité et la représentativité du texte.
Cette remise intervient dans un climat politique et sécuritaire fragile : dissolution récente des partis politiques, tensions armées dans le nord et le centre du pays, intensification des attaques jihadistes et méfiance vis-à-vis des médiations étrangères. Depuis la dénonciation de l’accord d’Alger, certaines factions rebelles ont repris les hostilités, accentuant la pression sur le gouvernement.
Le Premier ministre a qualifié la Charte de « rendez-vous avec la souveraineté », affirmant qu’elle incarne la volonté des Maliens de « reprendre en main leur destin ». Pourtant, des voix critiques s’interrogent sur la faisabilité de ses dispositions et sur les moyens qui seront mis en œuvre pour les appliquer. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, plusieurs observateurs ont déjà pointé l’absence d’un calendrier clair pour son adoption et son opérationnalisation.
Le texte doit encore être examiné par les institutions compétentes. Le gouvernement n’a pas précisé si son adoption passera par un vote parlementaire, un décret présidentiel ou un référendum national. Plusieurs sources évoquent la possibilité d’un vote populaire d’ici à la fin de l’année pour une plus grande adhésion au projet.
La commission a exhorté les autorités à prolonger la méthode inclusive qui a guidé la rédaction du texte. Elle a également rappelé que cette Charte ne devait pas rester un simple document symbolique, mais servir de socle juridique et politique pour un processus de réconciliation crédible et durable.
En remettant le document, le président de la commission a parlé d’une « boussole pour les générations présentes et futures », tandis qu’Assimi Goïta a salué « un travail exemplaire et indispensable pour rebâtir la cohésion nationale ».

Lors de la remise du document final de la Charte pour la paix et la réconciliation, ce mardi 22 juillet 2025, le président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, a lancé un appel direct aux groupes armés maliens, les invitant à dialoguer sans intermédiaires. Le Mali veut tourner la page de la guerre et écrire celle de la réconciliation. C’est pour cette raison que lors de la remise officielle du document final de la Charte pour la paix et la réconciliation, le président de la Transition a pris la parole dans une langue nationale pour s’adresser directement aux groupes armés. « Désormais, déposez les armes et venez discuter avec nous, sans intermédiaire », a-t-il lancé, dans un message sans ambiguïté.
Il a souligné que plusieurs voies existent pour ceux qui souhaitent engager un dialogue avec l’État malien, notamment la Commission pour la paix et la réconciliation, le ministère en charge de la Réconciliation nationale, entre autres. « C’est fini les étrangers qui veulent s’immiscer dans la résolution de la paix au Mali », a-t-il prévenu fermement, appelant à une paix construite par les Maliens, pour les Maliens.
Le Général d’Armée Assimi Goïta a comparé cette nouvelle charte à un texte fondateur de l’histoire du pays.« Cette charte est un deuxième texte après celui du Kurukanfuga », a-t-il affirmé, en référence à la célèbre charte de l’empire du Mandé adoptée en 1236.
Cette charte, fruit de plusieurs mois de consultations et d’élaborations, sera transmis au Conseil national de Transition pour adoption avant sa promulgation.

