Donald Trump n’a pas fini de pester contre la publicité antiprotectionnisme du gouvernement de l’Ontario. Après avoir mis un terme aux négociations commerciales avec le Canada jeudi, il compte désormais lui imposer de nouveaux droits de douane de 10 %.

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DE TRUTH SOCIAL
À bord de l’avion présidentiel américain, Air Force One, le président des États-Unis s’est une fois de plus emporté samedi contre la campagne publicitaire du gouvernement de Doug Ford dénonçant le protectionnisme et mettant en vedette le président Ronald Reagan.
Il exige que cette publicité soit retirée sur-le-champ des ondes, même si Doug Ford s’est déjà engagé vendredi à la retirer lundi. Ce délai indispose Donald Trump. Résultat : il décrète un droit de douane supplémentaire de 10 % outre tous les droits de douane déjà en vigueur sur les exportations canadiennes qui aboutissent sur le marché américain.
« Leur publicité devait être retirée immédiatement, mais ils l’ont laissée en circulation [vendredi] soir pendant la Série mondiale, sachant pertinemment qu’elle était fausse », a écrit Donald Trump dans une publication sur sa plateforme Truth Social.
Le premier ministre du Canada, Mark Carney, n’avait pas encore réagi, samedi soir, à cette nouvelle. Dans les officines du pouvoir, à Ottawa, on s’interrogeait sur la portée réelle de cette nouvelle salve tarifaire du président américain, que l’on accueille de plus en plus comme une forme de « terrorisme économique ».
En soirée, le ministre du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, a déclaré qu’Ottawa continuera à travailler pour trouver un terrain d’entente avec les Américains. « Nous estimons que le meilleur moyen d’y parvenir est de collaborer directement avec l’administration américaine, ce qui relève de la responsabilité du gouvernement fédéral », a soutenu M. LeBlanc
À l’heure actuelle, les États-Unis imposent des droits de douane de 50 % sur les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium, de 25 % sur le secteur automobile et de 10 % sur l’énergie, les minéraux critiques et la potasse.
Des droits de douane de 35 % frappent les produits qui ne sont pas conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
Le bois d’œuvre est la cible de mesures protectionnistes qui atteignent 45 % depuis la mi-octobre. Et récemment, Donald Trump a annoncé une surtaxe de 25 % sur les importations d’armoires de cuisine, de meubles-lavabos et de produits rembourrés en bois en provenance du Canada.


Il reste qu’Ottawa martèle depuis des semaines que 85 % des biens canadiens exportés vers les États-Unis sont exempts de droits de douane puisqu’ils sont conformes à l’ACEUM.
Cela dit, les gens d’affaires sont de plus en plus inquiets des tensions commerciales qui s’amplifient entre les deux pays. « Au sein d’Équipe Canada, nous avons besoin d’un capitaine, et non pas de 13 capitaines », a laissé tomber vendredi Goldy Hyder, le président et chef de la direction du Conseil canadien des affaires, après la rupture des négociations.
De son côté, le président de l’Association des fabricants de pièces d’automobile du Canada, Flavio Volpe, a affirmé que le véritable enjeu n’est pas de savoir si le gouvernement de l’Ontario a erré en menant une telle campagne publicitaire.
« Le président des États-Unis continue de bafouer l’autorité du Congrès dans sa volonté de faire plier les pays souverains. Si nous nous contentons de débattre de la stratégie à savoir s’il était justifié de placer des publicités lors des matchs de baseball et d’ignorer la disparition des contrepoids au sein des institutions américaines, nous manquons à notre devoir », a-t-il plaidé dans un échange avec La Presse.
La publicité qui a soulevé l’ire de Donald Trump devait d’ailleurs être diffusée samedi soir sur le réseau Fox dans le cadre du second match de la Série mondiale entre les Blue Jays de Toronto et les Dodgers de Los Angeles. Doug Ford avait accepté de la retirer à compter de lundi après une intervention du premier ministre du Canada, Mark Carney.
Or, les doléances américaines ne se limitent pas à cette publicité, selon le directeur du Conseil économique national de la Maison-Blanche, Kevin Hassett. Vendredi, M. Hassett disait que les négociations avaient été rompues parce que « la frustration s’est accumulée au fil du temps » et parce qu’il a été « très difficile de négocier avec les Canadiens ».
« Je suppose que le manque de flexibilité, vous savez, je suppose que les comportements hérités de l’administration Trudeau, par exemple, peuvent être très frustrants », a indiqué M. Hassett.
Le président Trump a annoncé cette nouvelle mesure alors qu’il était en déplacement vers la Malaisie, où il participera à un sommet économique où sera également présent le premier ministre Mark Carney.
Ce dimanche, M. Carney doit rencontrer les dirigeants du Laos, des Philippines, du Viêtnam, du Conseil européen, des chefs d’entreprise et doit en principe prononcer une allocution à Kuala Lumpur, en Malaisie.
Plus tôt samedi, le président avait descendu en flammes la démarche canadienne, disant au passage qu’il n’avait « pas l’intention » de rencontrer Mark Carney en Asie.
« J’ai réglé des guerres grâce aux mesures tarifaires, et un président a le droit d’y recourir, surtout pour la sécurité nationale. Nous en avons besoin pour notre sécurité nationale, y compris pour préserver notre propre richesse et rembourser notre dette », a-t-il dit.
Cette nouvelle salve survient alors que le gouvernement américain devra défendre devant la Cour suprême des États-Unis la légalité des droits de douane décrétés par le président sans l’accord préalable du Congrès. Les audiences doivent, en principe, commencer le 5 novembre.
Pour justifier ses décrets, Donald Trump invoque à outrance des raisons de sécurité nationale. À la fin août, une cour d’appel fédérale a déterminé que bon nombre de ces droits de douane étaient illégaux.
Aux États-Unis, certains observateurs se demandent ouvertement si une publicité télévisée mettant en vedette Ronald Reagan et qui n’est pas au goût de l’actuel président peut être considérée comme une situation d’urgence.
« L’homme-enfant dans le bureau Ovale a été blessé dans ses sentiments, alors il punit le peuple américain avec des coûts plus élevés », a déclaré le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom.
À Ottawa, face à ce nouveau revers, le chef de l’opposition officielle a rejeté la faute sur le premier ministre Mark Carney en raison de son « manque de leadership ».
« Si Mark Carney avait tenu sa promesse de conclure une entente avec le président Trump avant le 21 juillet, nous n’aurions pas à subir aujourd’hui une nouvelle hausse des tarifs américains », a déclaré Pierre Poilievre.
Ces nouvelles mesures tarifaires américaines surviennent à un moment singulier, alors que le Canada laissait entendre depuis plusieurs jours que des discussions « intensives » avec Washington étaient en cours.
Certains ont même laissé entendre à Ottawa qu’une entente était à portée de main et qu’elle pourrait même être finalisée durant le voyage des deux dirigeants en Asie.
Même Donald Trump a parlé d’un accord qui aurait pu être « meilleur pour [le Canada] que celui qu’ils ont actuellement ».
« Je ne pense pas qu’ils puissent vraiment faire grand-chose. Je suppose donc qu’il faut laisser les choses telles qu’elles sont. Si vous laissez les choses telles quelles, ce sera très bien pour nous », a dit M. Trump à bord de son avion.

