Donald Trump est-il un bon négociateur ?Trump rencontre et pose avec le président syrien par intérim Ahmed al-Sharaa, qui avait des liens avec Al-Qaïda

Le président américain Donald Trump a rencontré et posé avec le président syrien en Arabie saoudite mercredi. Ce n’est pas seulement la rencontre en elle-même, au cours de laquelle il a exhorté le président à normaliser les relations avec Israël, son ennemi de longue date, qui a retenu l’attention, mais ce sont aussi ses interlocuteurs qui ont suscité quelques interrogations. 

Trump a rencontré le président syrien par intérim Ahmed al-Sharaa, qui a accédé au pouvoir à la tête d’un groupe que Washington a qualifié d’organisation terroriste et qui a jadis prêté allégeance à Al-Qaïda.

La rencontre entre les deux dirigeants a été perçue et comprise comme un changement potentiel dans la politique étrangère des États-Unis.

Trump, dans une annonce surprise, a également déclaré que toutes les sanctions de longue date contre la Syrie seraient levées. 

Trump a déclaré aux journalistes que Sharaa avait déclaré qu’il serait prêt à rejoindre éventuellement les accords d’Abraham, un accord négocié par les États-Unis en 2020 qui a vu les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc normaliser leurs relations avec Israël.

« Je lui ai dit : “J’espère que tu nous rejoindras quand la situation sera réglée.” Il a répondu : “Oui.” Mais ils ont beaucoup de travail à faire », a déclaré Trump. Il a décrit Sharaa comme un jeune homme séduisant, au passé très riche, et a déclaré que la réunion s’était « très bien passée ». « Il a toutes les chances de tenir le coup », a ajouté Trump.

Entre-temps, le récent voyage de Trump au Moyen-Orient, qui n’incluait pas de visite à Jérusalem, a soulevé des questions en Israël sur sa position dans les priorités de Washington.

La Syrie demeure l’un des principaux adversaires d’Israël. Les responsables israéliens continuent de qualifier Sharaa de djihadiste, malgré sa rupture avec Al-Qaïda en 2016. Sharaa avait rejoint le groupe en Irak,

L’administration Trump est également engagée dans des négociations nucléaires avec l’Iran, autre adversaire d’Israël. Le cabinet du Premier ministre israélien n’a pas répondu aux demandes de commentaires sur ces développements.

Trump a déclaré aux journalistes que ses relations avec les pays du Moyen-Orient étaient « très bonnes pour Israël ». Ses efforts pour lever les sanctions et inclure la Syrie dans les accords d’Abraham pourraient contribuer à isoler les anciens alliés de la Syrie, l’Iran et la Russie, alors que le nouveau gouvernement cherche à nouer des liens diplomatiques et financiers avec la région et l’Occident.

Par ailleurs, lors de la visite de Trump, le Qatar a proposé de faire don d’un Boeing pour servir d’avion officiel au président américain, après la signature d’un accord prévoyant l’achat d’avions par ce pays du Golfe auprès du constructeur américain Boeing. Cette offre, et son acceptation ultérieure, ont suscité des inquiétudes quant à un conflit d’intérêts entre les fonctions officielles de Trump en tant que président et ses intérêts commerciaux. Trump a balayé les préoccupations éthiques concernant son projet d’accepter cet avion de luxe de 400 millions de dollars et a déclaré qu’il serait « stupide » de refuser cette offre généreuse.

Israël s’oppose à la levée des sanctions contre la Syrie, qui permettrait une intensification des activités des organisations humanitaires et encouragerait les investissements étrangers. Depuis l’arrivée au pouvoir de Sharaa après le renversement de l’ancien président Bachar el-Assad en décembre, Israël a intensifié ses frappes militaires en Syrie.

Donald Trump souhaite profiter de son second mandat pour révolutionner l’Amérique et ses relations avec le monde. Il est engagé dans un éventail étonnamment large de crises et de négociations internationales, en Europe, en Asie et au Moyen-Orient.

Il s’agit peut-être de la diplomatie la plus intense de la Maison-Blanche depuis une génération. Cela permet donc de savoir si M. Trump est un négociateur aussi habile qu’il le prétend. La réponse, pour l’instant, est qu’il est doué pour catalyser les négociations, mais peu pour les conclure.

Fêté en Arabie saoudite et au Qatar, il doit se rendre jeudi aux Emirats arabes unis, mais il n’est pas exclu que l’impulsif président américain change ses projets.

“On ne va pas faire de poussière nucléaire en Iran”, a affirmé Donald Trump depuis le Qatar. “Je pense qu’on se rapproche de la conclusion d’un accord”, a-t-il dit, faisant reculer les cours du pétrole.

Quelques heures plus tôt, Ali Shamkhani, un conseiller du guide suprême iranien Ali Khamenei avait dit dans un entretien à la chaîne américaine NBC que Téhéran était prêt à accepter un accord avec les Etats-Unis sur son programme nucléaire, en échange de la levée immédiate des sanctions.

Dimanche avait eu lieu le quatrième cycle de négociations qui a débuté le mois dernier, et qui représente le contact le plus élevé depuis que M. Trump a retiré les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) en 2018.

Un accord entre les deux pays sur le nucléaire représenterait une avancée diplomatique majeure dans cette région du monde et pour Donald Trump. Ce dernier a multiplié les déclarations fracassantes pendant cette tournée chez ses proches alliés du Golfe, qui l’ont fastueusement reçu.

Il a ainsi répété jeudi que les Etats-Unis voulaient prendre la bande de Gaza, ravagée par 19 mois de guerre entre Israël le mouvement islamiste palestinien Hamas, et en faire une “zone de liberté”.

“J’ai des concepts pour Gaza qui je pense sont très bons, en faire une zone de liberté, que les Etats-Unis s’impliquent et en fassent juste une zone de liberté”, a déclaré le président depuis le Qatar. “Je pense que je serais fier que les Etats-Unis l’aient, la prennent, et en fassent une zone de liberté”.

Il a aussi mis en garde les Houthis, affirmant que Washington pouvait “reprendre l’offensive” et recommencer à frapper le groupe yéménite, après qu’un cessez-le-feu a suspendu le 6 mai les bombardements américains lancés depuis des semaines.

“Nous traitons avec les Houthis, et je pense que c’est un succès, mais une attaque peut survenir demain, et dans ce cas, nous reprendrons l’offensive”, a affirmé le président américain, alors que les Houthis sont supposés ne plus attaquer les intérêts américains en mer Rouge.

Mercredi, M. Trump avait créé la surprise en annonçant une levée des sanctions pesant sur la Syrie, et même accepté de rencontrer le président Ahmad al-Chareh, ancien jihadiste qui a pris le pouvoir après avoir renversé le régime de Bachar al-Assad.

Le président américain a aussi affirmé qu’il pourrait se rendre en Turquie si les premiers pourparlers directs entre la Russie et l’Ukraine sur l’issue de la guerre progressaient. “Vous savez, si quelque chose se passait, j’irais vendredi”.

Avant cela, Donald Trump doit aller jeudi à Abou Dhabi, dernière étape de sa tournée dans le Golfe, une région clé de la rivalité stratégique entre les Etats-Unis et la Chine, structurante des relations internationales.

Cette tournée de trois pays du Golfe est le premier déplacement international important de Donald Trump, après son passage à Rome pour les funérailles du pape François. Comme pendant son premier mandat, il a boudé les alliés occidentaux traditionnels au profit de ces monarchies pétrolières et gazières, richissimes et de plus en plus influentes sur la scène diplomatique

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