Nommé dans le groupe d’experts de l’Onu sur le Pib: Léonard Wantchekon pour repenser les indicateurs de développement .Léonard Wantchekon pour partager son expertise dans le groupe d’experts de haut niveau de l’Onu sur les indicateurs “au-delà du Pib”

« Voilà des décennies que nous suivons le même script : faire croître l’économie d’abord, puis utiliser les richesses pour lutter contre la pauvreté. Cette stratégie a engendré une situation désastreuse : un monde au bord de l’effondrement climatique dans lequel une minuscule élite possède scandaleusement une fortune démesurée tandis que des centaines de millions de personnes se débattent au quotidien dans l’horreur de l’extrême pauvreté », a déclaré Olivier De Schutter, Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme et l’extrême pauvreté.

Dans un rapport au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, M. De Schutter démontre comment l’approche dominante de la lutte contre la pauvreté amène la destruction de l’environnement et conduit à la montée des inégalités.

Il exhorte les gouvernements et les organisations internationales à changer de cap, en abandonnant l’utilisation du produit intérieur brut (PIB) comme indicateur de progrès et en donnant la priorité aux droits humains et au bien-être dans leurs décisions économiques.

« Notre entêtement court-termiste à viser l’augmentation du PIB relève d’une idéologique ‘croissanciste’ qui ne fait qu’enrichir davantage les nantis tout en dévastant les écosystèmes ainsi que les ressources de la planète », a déclaré M. De Schutter.

Selon lui, « le PIB et notre addiction au consumérisme sont devenus de dangereuses distractions vis-à-vis de ce qui importe vraiment : la capacité des personnes à mener une vie digne sur une planète viable. Cela signifie qu’il faut garantir à toutes et à tous un ensemble de droits fondamentaux, y compris l’accès aux services sociaux et le droit à un environnement propre, sain et durable ».

Le rapport de M. De Schutter démontre comment la croissance économique dans les pays du Sud global n’a pas permis d’extraire des millions de personnes de la pauvreté.

Dans un monde meurtri par le colonialisme, la création de richesses dans les pays à faibles revenus repose largement sur l’exploitation d’une main-d’œuvre bon marché et l’extraction de ressources naturelles, souvent dans le but de produire des biens pour le Nord et rembourser une dette extérieure écrasante.

« Même dans les pays à faibles revenus où la croissance est encore nécessaire et doit être soutenue, une augmentation du PIB ne conduit pas nécessairement au développement, entendu comme une amélioration du bien-être social et écologique », a affirmé le Rapporteur spécial.

Le rapport appelle à repenser d’urgence la lutte contre la pauvreté, en préconisant une reconversion rapide à une économie fondée sur les droits humains, qui oriente les ressources vers les services publics et la protection sociale. Il appelle à la restructuration et à l’annulation de la dette, au financement de services publics universels par le biais d’une taxation progressive des successions, du patrimoine et du carbone, ainsi qu’au renforcement de la coopération internationale en matière de lutte contre l’évasion fiscale.

« Notre foi aveugle en la croissance économique est un carcan pour notre imagination, et la lutte contre la pauvreté en a beaucoup souffert », a déclaré M. De Schutter.

« Pourtant, des mesures concrètes peuvent être prises dès maintenant pour nous remettre sur la bonne voie : abandonner le PIB comme indicateur de progrès, instaurer une garantie d’emploi, mieux valoriser le travail domestique et les soins non rémunérés, augmenter les salaires minima, limiter les richesses générées par les industries destructrices, voici les politiques qui peuvent réellement bénéficier à la planète et aux populations », a-t-il ajouté.

Pour rappel, il faut noter que les Rapporteurs spéciaux, les experts indépendants et les groupes de travail font partie de ce que l’on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Les procédures spéciales, le plus grand groupe d’experts indépendants du système des droits de l’homme des Nations unies, est le nom général des mécanismes indépendants d’enquête et de suivi du Conseil qui traitent soit de situations nationales spécifiques, soit de questions thématiques dans toutes les parties du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel des Nations unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et travaillent à titre individuel.

Le Béninois Léonard Wantchekon, professeur à Princeton et fondateur de l’African School of Economics, vient d’être nommé par le secrétaire général de l’Onu au sein d’un groupe d’experts de haut niveau chargé de formuler de nouveaux indicateurs allant « au-delà du Pib ». Une mission stratégique pour l’avenir des politiques de développement durable.

Aujourd’hui, le Produit intérieur brut (Pib) ne suffit plus à mesurer à lui seul le véritable progrès d’une société, ni à refléter le bien-être des populations, la durabilité environnementale ou la qualité des institutions démocratiques. C’est le constat unanime qui a motivé la création d’un groupe d’experts indépendants par le secrétaire général des Nations Unies. Dans ce cercle restreint de technocrates, figure désormais le nom de Léonard Wantchekon, économiste béninois de renommée mondiale, professeur à l’Université de Princeton et fondateur de l’African School of Economics (Ase).

La nomination de Léonard Wantchekon est une fierté pour le Bénin et pour l’Afrique toute entière. Annoncée récemment à New York, sa nomination marque une nouvelle étape dans son parcours intellectuel et militant, au service d’un développement plus juste, plus humain et plus durable.

Intitulé « Au-delà du Pib », ce groupe international composé de quatorze personnalités, toutes issues du monde académique ou de la recherche appliquée, a pour mandat de proposer un nouveau cadre d’analyse et un tableau de bord d’indicateurs alternatifs. L’objectif est de sortir d’une dépendance exclusive au Produit intérieur brut comme boussole du progrès.

Le groupe sera coprésidé par Kaushik Basu, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, et Nora Lustig, spécialiste des inégalités en Amérique latine. Le mandat de ce groupe s’inscrit dans le sillage du « Pacte pour l’avenir », adopté par les États membres de l’Onu, qui appelle à une transformation profonde des outils de gouvernance mondiale. Il s’agit de mieux prendre en compte la complexité des sociétés modernes, marquées par la crise climatique, les inégalités structurelles, la perte de biodiversité et les limites de la croissance matérielle.

Au cœur du changement

Avec Léonard Wantchekon, c’est une voix africaine forte et singulière qui fait son entrée dans ce cénacle. Diplômé d’économie politique, il s’est illustré par des travaux pionniers sur les liens entre institutions, histoire coloniale et trajectoires de développement. À Princeton où il enseigne la science politique et les affaires internationales, il dirige également plusieurs projets de recherche sur la gouvernance démocratique, l’éducation et la pauvreté. Mais son engagement va bien au-delà des amphithéâtres universitaires. En fondant l’African School of Economics, dont le siège se trouve à Abomey-Calavi au Bénin, Léonard Wantchekon a voulu doter le continent africain d’une institution de recherche de haut niveau capable de former une nouvelle génération d’économistes enracinés dans les réalités locales mais ouverts aux standards mondiaux.

Léonard Wantchekon a été aussi un militant politique actif. Opposant au régime marxiste-léniniste du Bénin dans les années 1980, il fut emprisonné pour ses idées, avant de s’exiler et de reprendre des études aux Etats-Unis. Ce parcours atypique nourrit chez lui une sensibilité particulière pour les enjeux de démocratie, de mémoire et de justice sociale, qu’il place au cœur de sa réflexion économique. Lauréat du prestigieux Prix d’économie mondiale 2023 de l’Institut de Kiel, membre de la Société d’économétrie et de l’Académie américaine des arts et des sciences, il rejoint ce groupe onusien à un moment où les fractures sociales et les limites environnementales imposent de repenser les fondements de nos modèles de développement.

Les travaux du groupe « Au-delà du Pib » seront menés en étroite collaboration avec les États membres et divers partenaires, sous la coordination du Département des affaires économiques et sociales (Daes), du Pnud, de la Cnuced et du Cabinet du secrétaire général (Eosg). Le rapport final est attendu pour la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies.

À travers cette mission, Léonard Wantchekon aura l’opportunité de porter les aspirations de millions de citoyens du Sud global vers une économie plus inclusive, fondée sur des indicateurs capables de rendre compte du bien-être, de la dignité, de l’éducation, de la santé et de la durabilité des dimensions essentielles mais longtemps négligées par le dogme du Pib.

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