L’entreprise Boeing et le gouvernement fédéral américain ont conclu, vendredi 23 mai, un accord au sujet des accidents mortels de ses 737 Max appartenant aux compagnies Lion Air et Ethiopian Airlines, en octobre 2018 et mars 2019. Mais l’arrangement met fin aux poursuites pénales qui visaient l’avionneur, une nouvelle qui provoque la colère d’une partie des familles de victimes.
Le vendredi soir, le département américain de la Justice a annoncé avoir conclu un accord de principe avec Boeing permettant à l’avionneur américain d’éviter des poursuites pour fraude dans un dossier lié aux accidents de deux 737 MAX ayant fait 346 morts au total.
Cet accord va permettre à Boeing d’éviter une condamnation au plan pénal. Mais cet accord ne satisfait pas du tout les familles de victimes qui partageaient leur colère auprès des médias américains après cette annonce du Ministère de la Justice dirigé par Pam Bondi.
Ainsi, Nadia Milleron, dont la fille de 24 ans, Samya Rose Stumo, est décédée dans un accident d’avion en Éthiopie en 2019, a déclaré à newsweek par courriel que “Pam Bondi a peur de porter plainte”. “Elle rétablit la politique de la société criminelle. Boeing reste une entreprise criminelle et Bondi les encourage. Le prochain accident sera de sa faute”.
Les familles de victimes avaient réclamé un procès public complet avec la responsabilité de l’entreprise engagée.
Dans une déclaration officielle, les familles ont qualifié le recul du ministère de la Justice de sans précédent pour “le crime d’entreprise le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis”. Leur avocat, Paul Cassell, professeur de droit à l’Université de l’Utah, a appelé le tribunal à rejeter l’accord. “Ce type d’accord de non-poursuite est manifestement inacceptable”, a-t-il déclaré. “Avec ce dépôt de plainte, le ministère de la Justice renonce à toute prétention à obtenir justice”.
Pour les familles de victimes, Boeing a constamment négligé la sécurité.”Boeing s’est montré à maintes reprises incapable de changer ses habitudes”, a déclaré Javier de Luis, ingénieur aérospatial dont la sœur a péri dans le crash de l’Ethiopian Airlines.
“Je suis absolument stupéfaite par la décision du département de la Justice d’accorder à Boeing cet accord malgré toutes les preuves que nous avons fournies montrant la turpitude de Boeing et ses mensonges répétés avant le premier crash, entre les deux crashs et pendant plus de six ans depuis”, s’indignait Catherine Berthet, qui a également perdu sa fille de 28 ans, Camille.
Même son de cloche pour Paul Cassell, avocat de nombreuses familles dans cette affaire. “Ce type d’accord de non-poursuite est sans précédent et manifestement erroné pour le crime d’entreprise le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis”.
Les avocats des familles, dont l’avocat civil Robert Clifford, se sont engagés à contester l’accord devant les tribunaux. S’il est accepté par le juge O’Connor, l’accord empêcherait un procès pénal prévu le 23 juin. Les familles et leurs avocats exhortent le juge à rejeter ce qu’ils qualifient “d’accord de faveur” et à porter l’affaire devant les tribunaux afin que Boeing soit pleinement tenu responsable.
Pour rappel, Boeing a accepté de verser 444,5 millions de dollars (391,3 millions d’euros) à un fonds qui sera divisé en parts égales pour chaque victime (soit 1,13 million d’euros pour chacune des familles), en plus d’une amende de 243,6 millions de dollars.
“Le 29 octobre 2018, un 737 Max 8 de la compagnie Lion Air s’écrasait en mer une dizaine de minutes après son décollage de Jakarta, faisant 189 morts”, rappelait BFM TV dans un article le 15 Mai 2024. “Le 10 mars suivant, un même modèle d’Ethiopian Airlines s’écrasait six minutes après son décollage près d’Addis Abeba, tuant 157 personnes”.
Coup de théâtre dans l’affaire du crash du Boeing 737 Max d’Ethiopian Airlines qui avait fait 157 morts le 10 mars 2019. Vendredi 23 mai, le ministère américain de la Justice et Boeing ont trouvé un accord qui met fin aux poursuites pénales contre le constructeur. En échange du versement de 444 millions de dollars à un fonds d’indemnisation des proches des victimes, l’avionneur évite ce qu’il redoutait le plus : un procès dont l’ouverture était prévue le 23 juin.
Du côté des familles des disparus, ce compromis a bien du mal à passer. « Je suis scandalisée par cette décision, s’emporte ainsi Catherine Berthet qui a perdu sa fille Camille, 28 ans, dans le drame. Selon moi, le ministère [américain] de la Justice a profité du fait que les familles soient éparpillées un peu partout dans le monde et qu’elles ne connaissent pas forcément le système judiciaire américain. »
« Ce type d’accord de non-poursuite est sans précédent et manifestement inapproprié concernant le crime d’entreprise le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis », réagit pour sa part Me Paul Russell, l’avocat des familles.
Coup sur coup, en octobre 2018 et en mars 2019, deux Boeing 737 MAX 8 s’étaient écrasés, l’un de la compagnie indonésienne Lion Air, l’autre de la compagnie Ethiopian Airlines, respectivement en mer de Java et au sud-est d’Addis-Abeba. Les deux catastrophes avaient fait 346 morts au total.
Dans les deux cas, des dysfonctionnements du logiciel anti-décrochage et un manque de formation des pilotes à ce programme étaient à l’origine des accidents. Catherine Berthet estime que Boeing doit par conséquent faire face à ses responsabilités. « Si on laisse Boeing s’en tirer comme ça, ça veut dire qu’on peut laisser n’importe quelle entreprise tuer des gens sans qu’il n’y ait de poursuites, simplement en donnant de l’argent. C’est inimaginable ! », reprend celle-ci.
L’avionneur étant l’un des plus gros clients de Washington dans le secteur de la défense, sa condamnation aurait pu compliquer considérablement la signature de contrats entre l’entreprise et le gouvernement américain.

