Morning Bid : trump et la réactivation des tarifs américains.

Une vue de drone montre des conteneurs d’expédition en provenance de Chine au port de Los Angeles, à San Pedro, en Californie, aux États-Unis, le 1er mai 2025.  

Les marchés européens et mondiaux ont ouvert prudemment mardi, les investisseurs digérant un mélange de développements géopolitiques et attendant des éclaircissements sur les négociations commerciales bloquées avant la date limite de juillet pour la réactivation des tarifs américains.

Les marchés ont largement ignoré l’impact de la dégradation de la note de crédit des États-Unis par Moody’s, préférant se concentrer sur l’absence d’accords commerciaux concrets, notamment avec les États-Unis. Alors que la suspension de 90 jours des droits de douane réciproques décidée par le président Donald Trump expire début juillet, l’urgence grandit, mais les accords restent difficiles à conclure.

Les négociateurs du monde entier sont sous pression, mais peu de progrès ont été signalés. Le représentant commercial en chef du Japon a réaffirmé la position de Tokyo exigeant la suppression des droits de douane américains, tandis que le Trésor américain a indiqué qu’aucune annonce d’accord n’était attendue lors de la réunion des ministres des Finances du G7 qui se tiendra cette semaine au Canada.

Cette incertitude persistante a accentué la méfiance des investisseurs. Bien que les rendements des bons du Trésor américain restent élevés, ils se sont stabilisés et le dollar américain se maintient près de ses récents plus bas. Les marchés actions, quant à eux, semblent modérément optimistes.

Les contrats à terme européens indiquaient une ouverture positive mardi, après une séance atone lundi. Cependant, compte tenu du peu d’indicateurs économiques majeurs attendus – hormis les prix à la production allemands pour avril et la confiance des consommateurs de la zone euro pour mai – le sentiment du marché devrait rester sensible à toute nouvelle liée au commerce extérieur.

En Asie, la Chine a abaissé ses taux directeurs pour la première fois depuis octobre et a abaissé les taux de dépôt des principales banques d’État, témoignant d’efforts accrus pour stimuler l’économie. Le dollar australien est resté stable après que la Banque de réserve d’Australie a abaissé ses taux d’intérêt comme prévu.

La géopolitique pourrait influencer de plus en plus le sentiment en l’absence de données économiques solides. Lundi, le président Trump a annoncé que la Russie et l’Ukraine entameraient immédiatement des négociations de cessez-le-feu, bien que Moscou ait averti que les progrès seraient lents, et Trump a refusé de se joindre à ses alliés de l’UE pour imposer de nouvelles sanctions.

Principaux moteurs du marché aujourd’hui :

  • Prix ​​à la production en Allemagne en avril
  • Confiance des consommateurs de la zone euro (mai)
  • Rapports de revenus de Vodafone et Diploma
  • Mises à jour de la réunion des ministres des Finances du G7
  • Tout mouvement dans les négociations commerciales liées aux États-Unis
     

Les investisseurs restent tiraillés entre l’espoir de percées diplomatiques et commerciales et les risques persistants d’inaction et de surprises politiques. À mesure que l’horloge des tarifs douaniers tourne, la volatilité des marchés pourrait s’accroître, à moins que des progrès plus tangibles ne soient réalisés.

 

Le président américain a annoncé que les taxes sur les importations d’acier et d’aluminium en provenance de l’étranger passeraient de 25 à 50 %. Cette mesure, qui touche durement l’Europe, entrera en vigueur le 4 juin.

La Commission européenne dit “vivrement regretter” l’augmentation des droits de douane sur l’acier et l’aluminium annoncé par le président américain.

Donald Trump a annoncé vendredi, lors d’un rassemblement devant les travailleurs de l’acier de Pennsylvanie, qu’il allait doubler les droits de douane sur les importations d’acier pour les porter à 50 %, une décision qui pourrait exacerber la guerre commerciale en cours avec l’UE, la Chine et le reste du monde.

Le président américain a déclaré que le doublement des taxes sur l’acier importé “renforcerait davantage l’industrie sidérurgique aux États-Unis”. Dans un message publié plus tard sur sa plateforme Truth Social, le président américain a ajouté que les taxes sur l’aluminium passeraient également de 25 % à 50 %. Donald Trump a précisé que les deux augmentations entreraient en vigueur le mercredi 4 juin.

Le président intervient après des jours troublés au cours desquels le pouvoir judiciaire s’est prononcé sur la politique douanière inaugurée avec son retour à la Maison Blanche, la bloquant d’abord avec une décision du Tribunal américain du commerce international et lui donnant finalement à nouveau le feu vert dans l’attente de nouvelles décisions d’une cour d’appel fédérale.

Le dirigeant américain s’est exprimé vendredi à l’usine Mon Valley Works-Irvin de U.S. Steel, dans la banlieue de Pittsburgh, en Pennsylvanie, où il a également évoqué les détails d’un accord en cours de finalisation concernant l’investissement du groupe japonais Nippon Steel dans l’emblématique aciérie américaine.

Après son retour à Washington, M. Trump a toutefois précisé aux journalistes qu’il n’avait pas encore approuvé l’accord. “Je dois approuver l’accord final avec Nippon et nous n’avons pas encore vu l’accord final, mais ils ont pris un très grand engagement et il s’agit d’un très grand investissement”, a-t-il déclaré.

Bien que Donald Trump ait initialement promis de bloquer l’offre d’achat de U.S. Steel par le sidérurgiste japonais, il a changé de cap et a annoncé la semaine dernière un accord de vente partielle à Nippon Steel.

L’entreprise japonaise n’a jamais prétendu avoir modifié son offre précédente d’achat et de contrôle total de U.S. Steel, pour 14,9 milliards de dollars, bien qu’elle ait augmenté le montant qu’elle promettait d’investir dans les usines américaines et qu’elle ait garanti qu’elle ne licencierait personne.

“Nous sommes ici aujourd’hui pour célébrer unaccord extraordinaire qui garantira que cette entreprise américaine historique restera une entreprise américaine”, a déclaré M. Trump lors d’un rassemblement dans l’un des entrepôts de U.S. Steel, “vous resterez une entreprise américaine, vous le savez, n’est-ce pas ?

Le syndicat United Steelworkers s’est dit très préoccupé “par l’impact que cette fusion de U.S. Steel avec un concurrent étranger aura sur la sécurité nationale, sur nos membres et sur les communautés où nous vivons et travaillons.”

Le président Donald Trump accompagne les ouvriers lors de sa visite de l’usine Mon Valley Works-Irvin de la U.S. Steel Corporation, le vendredi 30 mai 2025, à West MifflinAP Photo

Selon l’indice des prix à la production du gouvernement, les prix de l’acier ont augmenté de 16 % depuis que M. Trump est devenu président à la mi-janvier. En mars 2025, l’acier coûtait 984 dollars la tonne métrique aux États-Unis, soit bien plus que le prix en Europe (690 dollars) ou en Chine (392 dollars), selon le ministère américain du commerce.

Parmi les partenaires les plus touchés par l’éventuelle augmentation des droits sur ces matériaux figurent l’UE, qui vient d’obtenir un report en juillet de l’augmentation des droits généraux sur les exportations vers les États-Unis, et le Canada.

“Le démantèlement de chaînes d’approvisionnement transfrontalières efficaces, compétitives et fiables comme celles de l’acier et de l’aluminium a un coût élevé pour les deux pays”, a commenté Candace Laing, présidente de la Chambre de commerce du Canada.

L’année dernière, les États-Unis ont produit environ trois fois plus d’acier qu’ils n’en ont importé, le Canada, le Brésil, le Mexique et la Corée du Sud étant les principales sources d’importation. Selon les analystes, les droits de douane imposés depuis le premier mandat de M. Trump ont contribué à renforcer l’industrie sidérurgique nationale.

M. Trump a été réélu à la présidence en novembre dernier, en reprenant sa devise Make America Great Again, la fameuse Maga, qui prévoit toujours de protéger l’industrie manufacturière américaine de la concurrence étrangère.

“Avec l’aide de patriotes comme vous, nous produirons notre métal, nous libérerons notre énergie, nous assurerons notre avenir, nous construirons notre pays”, a conclu Trump dans son discours, “une fois de plus, l’acier de Pennsylvanie deviendra l’épine dorsale de l’Amérique comme jamais auparavant.”

Le sort de U.S. Steel, qui était autrefois la plus grande entreprise sidérurgique du monde, pourrait peser dans les élections de mi-mandat pour le parti républicain dans l’État toujours décisif de Pennsylvanie et dans d’autres qui dépendent de l’industrie manufacturière.

Aucune remise en question. Donald Trump a rappelé ce week-end qu’il gardait fermement la main sur la politique commerciale américaine. Malgré les sérieux doutes de la justice sur la légalité de l’approche de la Maison-Blanche en matière de droits de douane, le président américain a doublé la mise sur son pari protectionniste.

Venu célébrer l’acquisition d’US Steel par son rival japonais Nippon Steel, Donald Trump a annoncé vendredi devant un parterre d’ouvriers enthousiastes porter les taxes sur l’acier et l’aluminium importés à 50 % dès mercredi prochain. En parallèle, la Maison-Blanche a relancé les hostilités avec Pékin, accusant la Chine de ne pas avoir respecté les termes de la détente engagée le mois dernier.

Les déclarations offensives du président américain ont rappelé à ceux qui en doutaient que Donald Trump n’avait pas renoncé à manier l’arme tarifaire. Une piqûre de rappel nécessaire après la défaite cinglante de l’administration devant le Tribunal de commerce international. Cette juridiction spécialisée dans le droit tarifaire a jugé que le président avait outrepassé son autorité en faisant reposer ses droits de douane sur une simple déclaration d’urgence nationale.

La plupart des tarifs douaniers mis en place par Donald Trump depuis son retour au pouvoir sont concernés : contre la Chine, le Mexique et le Canada – justifiés par la crise du fentanyl – et les taxes « réciproques » contre le reste du monde, actuellement de 10 % mais qui sont censées grimper fortement dès le 9 juillet.

Un coup dur pour l’administration, engagée dans des « douzaines » de négociations commerciales. La Maison-Blanche a certes fait appel de la décision et obtenu la suspension de son exécution dans l’immédiat, mais la légalité de ces droits de douane ne tient plus qu’à un fil. Donald Trump se prépare déjà à défendre son autorité devant la Cour suprême.

La Maison-Blanche affiche sa confiance en public mais se prépare en coulisses à l’éventualité d’une défaite devant la plus haute instance judiciaire. Plusieurs alternatives ont été étudiées pour rétablir rapidement des droits de douane « universels » de 10 %. Mais poursuivre l’affaire en justice n’est pas sans risque. En cas de défaite, Washington devra reverser toutes les taxes indûment collectées, avec des intérêts.

Qu’à cela ne tienne, ce n’est pas le moment de marquer le pas pour l’administration. Le doublement des taxes sectorielles sur l’acier et l’aluminium a peut-être permis de sceller le « partenariat » avec Nippon. Les taxes sectorielles, comme celles qui frappent par ailleurs les automobiles, reposent sur une base juridique plus solide. Le groupe japonais compte investir 14 milliards de dollars aux Etats-Unis, de quoi doubler le prix d’acquisition d’US Steel.

Un investissement massif qu’il va falloir rentabiliser, en partie grâce au relèvement des tarifs. Les importations ont couvert entre 20 % et 25 % de la demande américaine d’acier ces dernières années. La proportion grimpe à 70 % pour l’aluminium, importé majoritairement du Canada qui bénéficie de l’énergie abondante produite par ses nombreuses centrales hydroélectriques. Le Canada est aussi l’un des principaux exportateurs d’acier, avec le Brésil, la Corée du Sud ou encore l’Allemagne. De quoi faire grimper le taux effectif moyen appliqué aux importations américaines de 1,4 point, d’après les calculs de l’économiste Joey Politano d’Apricitas Economics, à plus de 17 %. La hausse des droits de douane avait déjà fait grimper les cours des métaux industriels aux Etats-Unis ces derniers mois. Une bonne nouvelle pour les producteurs américains, mais un coup dur pour toutes les industries qui consomment de l’acier ou de l’aluminium.

« Si votre acier ou aluminium a besoin de droits de douane de 50 % pour rivaliser avec une des usines syndiquées en Europe ou au Canada, c’est votre problème et les entreprises de construction ou les autres industriels ne devraient pas être punis pour votre incompétence », s’emporte l’économiste sur X. Il n’est pas le seul à s’arracher les cheveux devant l’approche de la Maison-Blanche.

Augmenter les cours des métaux permet peut-être d’assurer la profitabilité des aciéries américaines, mais sape en parallèle la compétitivité coût des produits manufacturés. « Il faut trouver un équilibre entre les intérêts des producteurs et des industries consommatrices », insiste Brad Setser du Council on foreign relations. « Augmenter les prix à des niveaux qui détruisent la demande (et encouragent les importations de produits finis) n’est pas un bon résultat. »

La seule solution de la Maison-Blanche revient à taxer également les produits finis, quitte à étendre sans cesse le périmètre des tarifs. Le département du Commerce étudie actuellement des requêtes d’inclusion, allant des congélateurs aux châssis de semi-remorques. Et il a lancé des enquêtes sectorielles sur plusieurs industries, dont les semi-conducteurs, l’aéronautique ou encore les métaux critiques.

Les exportateurs sont eux laissés sur le carreau, d’autant qu’ils risquent en parallèle d’être ciblés par des mesures de rétorsion à l’étranger. Elon Musk lui-même, le milliardaire qui a mobilisé sa fortune pour faire élire Donald Trump et a pu en échange imposer sa marque sur l’administration fédérale, a été incapable de défendre le libre-échange auprès du président.

Tesla risque d’être frappé de plein fouet par la hausse des prix de l’acier, en particulier pour son Cybertruck. Le constructeur se retrouve également fragilisé par la réforme fiscale poussée au Congrès, qui sabre les aides à l’électrification de la flotte automobile. Malgré ses mises en garde de plus en plus alarmées, Elon Musk n’a pas réussi à convaincre Donald Trump de questionner sa foi dans le protectionnisme.

TACO : Trump recule toujours ?

La trêve de 90 jours sur les droits réciproques, suivie de la détente avec la Chine, aurait pourtant pu laisser penser que Trump avait abandonné ses objectifs maximalistes. Les investisseurs ont largement ignoré sa récente menace d’imposer des taxes punitives sur l’Europe. Wall Street est reparti à la conquête des sommets atteints en début d’année. Le S&P 500 a bouclé son meilleur mois de mai depuis 1990. L’optimisme des marchés est à mettre en regard de la popularité croissante d’un nouvel axiome de sagesse boursière imaginé par le « Financial Times » : TACO, l’acronyme de Trump Always Chickens Out, soit Trump recule toujours. Autrement dit, il ne faut pas prendre trop au sérieux les menaces du président, que ses droits de douane soient disputés en justice ou non.

Donald Trump n’a pas apprécié d’être comparé à une poule mouillée. Interrogé par une journaliste sur ce sujet, il s’est indigné de « la plus perfide des questions ». Le président aurait-il été piqué au vif ? Quelques heures plus tard, il ravivait la pression sur Pékin et doublait les taxes douanières sur l’acier et l’aluminium. Dans l’aciérie d’US Steel, Donald Trump a une nouvelle fois proclamé son amour des tarifs, qu’il promeut publiquement comme la panacée de l’économie américaine depuis plus de quarante ans. « Personne ne va y échapper », a-t-il mis en garde.

Est-ce le chien qui n’a pas aboyé ? Telle serait la question que se poseraient les fans de Sherlock Holmes, compte tenu de l’absence totale de réaction du marché face à la menace du président américain Donald Trump de doubler les droits de douane sur l’acier et l’aluminium pour les porter à 50 %

Ce changement de politique par tweet est intervenu vendredi soir après la fermeture des marchés, il y avait donc une certaine anticipation d’un impact aujourd’hui, peut-être une baisse du dollar canadien étant donné l’ampleur de leurs exportations d’acier vers les États-Unis. Pourtant, le huard est en fait plus ferme face à un billet vert globalement plus faible, tandis que les contrats à terme sur actions européennes sont légèrement en baisse et les contrats à terme de Wall Street seulement légèrement en baisse.

Cela pourrait être le mème TACO en action, les investisseurs supposant que « Trump se dégonfle toujours », même s’il tarde à le faire, le nouveau tarif douanier plus élevé devant entrer en vigueur mercredi. D’ailleurs, les suspenses de dernière minute sont efficaces dans les émissions de téléréalité.

Les négociateurs de l’Union européenne n’ont pas été satisfaits de ce dernier rebondissement et ont menacé de représailles en retour, tout en faisant savoir que la décision du tribunal contre les tarifs douaniers du 2 avril leur donnait un « levier » supplémentaire.

La dernière attaque rhétorique de Trump contre la Chine ne semble pas non plus porter ses fruits, Pekin campant sur ses positions. Si Trump compte sur un appel du président chinois Xi Jinping pour régler la situation, il pourrait patienter encore un moment.

Il était également quelque peu ironique d’entendre le secrétaire au Trésor Scott Bessent se plaindre que la Chine retenait des produits vitaux en provenance des États-Unis, étant donné que ce sont les États-Unis qui ont déclenché une guerre commerciale dans le but précis de repousser les importations chinoises.

Le gouverneur de la Réserve fédérale, Christopher Waller, s’exprimant en Corée du Sud, a déclaré que les droits de douane impliquaient des risques de baisse de l’activité et du chômage, ainsi que des risques de hausse de l’inflation. Il s’est néanmoins montré optimiste quant à la possibilité de baisses de taux d’intérêt « bonnes nouvelles » plus tard dans l’année, consolidant ainsi sa position parmi les responsables les plus conciliants de la Fed.

Le président de la Fed, Jerome Powell, prendra la parole plus tard lundi, mais se limitera à des remarques d’ouverture d’une conférence financière internationale.

Principaux développements qui pourraient influencer les marchés lundi :

  • Prix ​​de l’immobilier au Royaume-Uni, indices PMI européens, enquête ISM sur les industries américaines
  • Le président de la Fed, Powell, prononce un discours d’ouverture lors de la conférence du 75e anniversaire de la Division des finances internationales du Conseil de la Réserve fédérale, tandis que Goolsbee de la Fed de Chicago et Logan de la Fed de Dallas apparaissent dans les questions-réponses.

JVFE  02 mai 2025, Bastien Bouchaud (Bureau de New York),Reuters et  les principes de confiance de Thomson Reuters. : intégrité, indépendance et impartialité

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