Dakar,30 juin 2025(jvfe)-La commission Madagascar-France sur les îles Éparses ,faisant partie des îles glorieuses de l’archipel des Éparses, à 250 km au nord-est de Mayotte, île française de l’océan Indien, créée pour discuter de l’avenir de cet archipel microscopique et désert de l’océan Indien dont les deux pays se disputent la souveraineté, se réunit à Paris ce 30 juin 2025.
À l’occasion d’une visite à Antananarivo du président français Emmanuel Macron, une deuxième session de cette commission, réunie pour la première fois en 2019, a été annoncée « pour trouver ensemble une solution », a indiqué le président malgache. En attendant, Andry Rajoelina a affirmé son intention de se rendre sur place.
Et si Madagascar pouvait tirer parti, d’une manière ou d’une autre, de la rétrocession des îles Chagos à Maurice ? Beaucoup ici l’espèrent. « C’est un événement inédit, ici, dans l’océan Indien, souligne Harimanana Raniriharinosy, maître de conférences à l’université d’Antananarivo et responsable du département de sciences politiques à l’Université catholique de Madagascar.
« Et ça veut dire que tout est possible. La balle est désormais dans le camp malgache, puisque cette victoire mauricienne est une victoire des droits de l’homme. Madagascar doit s’en inspirer. Comment ? En faisant davantage prévaloir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », ajoute-t-il.
Des similitudes, mais aussi des aspects non comparables
Pour les Malgaches, rappelle ce spécialiste de la géopolitique de l’océan Indien, les îles Éparses sont malgaches. La résolution de l’Assemblée générale des Nations unies de 1979 a explicitement reconnu la souveraineté de la Grande Île sur ces petites terres. Mais difficile, cependant, de calquer le cas mauricien sur le cas malgache.
« Il y a des nuances fondamentales entre ces îles, poursuit Harimanana Raniriharinosy. Les îles Chagos étaient habitées ; leur population en a été expulsée. Ce qui n’est pas le cas des îles malgaches. Puisqu’elles sont inhabitées, les conséquences en matière de droits humains sont différentes. D’autre part, nous n’avons pas suivi les mêmes étapes dans le processus de rétrocession. À l’inverse des Chagos, Madagascar ne compte pas, pour le moment, saisir la Cour internationale de justice, car ces îles lui appartiennent déjà ».
Pourquoi les Mauriciens, les Chagossiens… et pas les Malgaches ?
En coulisses, ici, on espère que les arguments gagnants de la voisine mauricienne serviront pour Madagascar. Les négociateurs envoyés le 30 juin à Paris pour la seconde rencontre de la commission mixte sur les îles Éparses devraient d’ici-là étudier de près les arguments gagnants de leur voisine.
À Madagascar, l’accord tant attendu signé entre sa voisine l’île Maurice et le Royaume-Uni au sujet de la rétrocession de l’archipel des Chagos a provoqué de nombreuses réactions.
Après 45 ans de contentieux territorial, l’aboutissement des négociations entre Maurice et son ancien colonisateur suscite l’intérêt des Malgaches. Eux-mêmes réclament à la France la restitution des Îles Éparses, archipel initialement malgache mais demeuré français au lendemain de l’indépendance de la Grande Île en 1960.
Aujourd’hui les regards se tourneront vers Paris, où se déroulera le second round des discussions autour des îles éparses. Sous la conduite de la ministre des Affaires étrangères Rafaravavitafika Rasata, la délégation malgache est composée de sept personnalités ayant pour la plupart un profil d’expertise élevée dans les domaines concernés (voir photo d’illustration). Sans doute seule la présence de la sénatrice Rakotondrazafy laisse perplexe, eu égard au fait que sa capacité à parler avec pondération sur la base d’un raisonnement structuré reste à démontrer. Or, c’est ce comportement qui est d’abord requis dans des négociations diplomatiques de haut niveau, et non une thèse en préparation sur le sujet.
De nombreux experts se sont exprimé durant les derniers jours pour appeler la délégation malgache à ne pas transiger sur la souveraineté non négociable de Madagascar sur ces quatre îles. À la veille de cette journée, la société civile malgache a fait un mouvement méritoire pour exprimer d’une même voix une position dans ce sens signée par 890 organisations. Certaines voix appellent à une union nationale dans ce combat pour soutenir Andry Rajoelina.
Se baser sur la résolution 34/91 du 12 décembre 1979 de l’ONU est certes d’abord un positionnement juridique tenant en compte le droit international. Mais c’est aussi un positionnement idéologique de lutte anti-coloniale qui ne tient pas nécessairement compte du pragmatisme dans l’analyse d’un problème aussi complexe. Si ce n’était qu’une question de Droit international, on n’en serait pas toujours là depuis 1979, ou même depuis la fameuse conférence de presse à Paris en 2019, au cours de laquelle Rajoelina avait annoncé unilatéralement un délai d’un an pour boucler ce dossier sous les yeux éberlués du Président Macron.
Accepter la noblesse du combat pour exiger le retour de ces îles éparses est une chose, mais croire qu’un régime dirigé par Rajoelina est capable de nous faire avancer dans ce sens en est une autre. Il y a quelques mois, nous avions déjà fait état de notre conviction quant à nos doutes sur la sincérité du citoyen français Andry Rajoelina au sujet de la demande de rétrocession des îles éparses. Nous avions également mentionné les contraintes de politique interne en France qui réduisent fortement la marge de manœuvre d’Emmanuel Macron, soucieux de ne pas offrir au Rassemblement national un argumentaire de premier choix à quelques encablures de la présidentielle de 2027. Il est donc fort à parier que le chef de l’État français va refiler la patate chaude à son successeur. Le contexte géopolitique actuel permet de rechercher des alliances avec la Russie ou la Chine pour faire plier la France, d’autant plus que les perspectives de réserves énergétiques qui seraient dans les eaux des Îles éparses pourraient attirer les convoitises de ces puissances. Mais on doute fort que de telles alliances puissent se mettre en place dans l’immédiat, d’autant plus que les Russes et le Chinois ont d’autres chats prioritaires à fouetter.
Trois scenarii peuvent donc se présenter à l’issue de cette journée du 30 juin 2025.
Le premier est la décision de rétrocession, immédiate ou avec un délai plus ou moins long (comme celui de 99 ans pour la rétrocession de Hong-Kong à la Chine). Le récent succès de l’île Maurice à obtenir la rétrocession de l’archipel des Chagos fait rêver les Malgaches. Mais nous ne devons pas oublier que le Royaume Uni n’est pas la France ; la méthode mauricienne est basée sur la rigueur et le Droit ; et l’île Maurice n’est pas dirigée par un citoyen britannique. Autant d’explications d’un dossier bouclé en moins de dix ans, alors que Madagascar ne fait que des salamalecs avec la France depuis 46 ans.
La deuxième est une décision de co-gestion. La présence de plusieurs experts dans le domaine de l’environnement semble indiquer que ce point pourrait être à l’ordre du jour. On s’interroge toutefois sur la contribution que pourrait apporter Madagascar à la gestion de ces îles, quand on constate les difficultés du pays à gérer ce qui est déjà sur son territoire actuel, et même en plein cœur de la Capitale. De toutes manières, la cogestion ne serait acceptable pour les Malgaches que si la souveraineté malgache est d’abord actée comme prémisse, ce qui est loin d’être évident pour les raisons évoquées plus haut.
Enfin, la troisième possibilité est que la réunion aboutisse sur un accord pour continuer les discussions, ou pour porter l’affaire devant la Cour internationale de justice. Cela permet de botter provisoirement en touche, et les communicants des deux parties s’évertueront à démontrer que la réunion du 30 juin 2025 était une grande avancée pour les intérêts de leur pays.
Plus que les déclarations des membres de la délégation malgache, dont on connait la propension à la propagande, on attendra donc le communiqué officiel conjoint pour voir si de réelles avancées ont été faites sur le sujet, ou si la montagne va accoucher comme d’habitude d’une souris à la sauce velirano.

