Pourquoi le financement climatique n’est toujours pas une priorité mondiale

Dakar,1er juillet 2025(JVFE)-Le financement de la lutte contre le changement climatique, souvent appelé financement climatique, englobe les fonds alloués pour soutenir les actions visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (atténuation) et à s’adapter aux impacts du changement climatique (adaptation). Ces fonds proviennent de sources publiques, privées et alternatives, et sont essentiels pour aider les pays à atteindre leurs objectifs climatiques. 

Le financement de la lutte contre le changement climatique n’a jamais été aussi urgent, et pourtant il ne constitue toujours pas une priorité mondiale. Des déficits de confiance au sous-financement de l’adaptation, voici pourquoi la communauté internationale doit agir – et comment.

Malgré des vagues de chaleur record et des catastrophes climatiques de plus en plus nombreuses, le soutien financier mondial à l’action climatique, en particulier des pays développés comme des pays en développement, reste sous-estimé sur la scène internationale. Les experts avertissent que sans réformes financières urgentes en faveur de l’investissement vert, les pays les plus pauvres continueront de subir de plein fouet une crise qu’ils n’ont pas contribué à créer.

Que signifie réellement le financement de la lutte contre le changement climatique ?

Fondamentalement, le financement vert fait référence aux investissements locaux, nationaux et internationaux, tant publics que privés, qui soutiennent :

  •  Atténuation : Projets qui réduisent les émissions, tels que l’énergie solaire, les transports propres et les améliorations de l’efficacité énergétique.
  •  Adaptation : Infrastructures et programmes qui aident les communautés vulnérables à se préparer aux inondations, aux sécheresses et à la hausse des températures.

Dans le cadre de l’ Accord de Paris de l’ONU , les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020. Cet objectif n’a été officiellement atteint qu’en 2022, soit avec deux ans de retard.

 « En 2021-2022, les investissements mondiaux liés au climat ont totalisé 1 300 milliards de dollars », note la Climate Policy Initiative . Pourtant, seulement 5 % de ce montant ont été consacrés à l’adaptation.

 Qu’est-ce que le financement climatique et pourquoi faut-il l’augmenter ?

  • le financement climatique fait référence à l’ensemble des ressources et des instruments financiers employés pour soutenir l’action climatique.
  • Il se présente par exemple sous forme de subventions versées par des fonds multilatéraux, de prêts accordés par des institutions financières à des conditions de marché ou à des conditions préférentielles, d’obligations vertes souveraines émises par les gouvernements nationaux, ou encore de ressources mobilisées par le biais de l’échange de droits d’émission du carbone et des taxes sur le carbone.
  • Les investissements consacrés à l’action climatique peuvent produire des résultats qui dépassent largement leurs coûts initiaux ; néanmoins, il subsiste un déficit de financement important pour faire avancer la transition écologique et renforcer la résilience dans les pays en développement.
  • Les flux financiers actuels destinés à l’atténuation du changement climatique doivent être multipliés au moins par trois si nous voulons limiter le réchauffement climatique à 2 °C ou moins et atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.
  • Le PNUD est l’une des principales entités chargées d’aider les pays à accéder aux fonds destinés à l’action climatique et à les utiliser efficacement.

Le financement climatique fait référence à l’ensemble des ressources et instruments financiers employés pour soutenir l’action climatique. Le financement climatique est crucial dans la lutte contre le changement climatique, en raison de l’échelle des investissements qui sont nécessaires pour passer à une économie mondiale à faibles émissions de carbone et aider les sociétés à renforcer leur résilience et à s’adapter aux impacts du changement climatique.

Les sources de ces financements sont diverses : publiques ou privées, nationales ou internationales, bilatérales ou multilatérales ; et différents instruments sont utilisés : subventions et dons, obligations vertes, participations en actions, échanges de dette, garanties, prêts concessionnels, entre autres. Tous ces moyens financiers peuvent appuyer différentes activités, notamment celles visant l’atténuation, l’adaptation et le renforcement de la résilience.

Citons, parmi les fonds multilatéraux auxquels les pays en développement peuvent accéder, les suivants : le Fonds vert pour le climat (FVC), le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et le Fonds pour l’adaptation (FA). Ces fonds ont été établis au fil des ans pour servir d’instruments financiers de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et offrir des ressources aux pays en développement.

Les effets du changement climatique se font de plus en plus sentir dans tous les secteurs économiques, c’est pourquoi les budgets publics et les autres instruments de financement commencent à prendre en compte le risque climatique dans leurs décisions d’investissement, élargissant encore la définition du financement climatique. Les Maldives, par exemple, considèrent que tout financement constitue un financement climatique puisque toute leur économie et leur survie reposent principalement sur la résilience climatique. Ainsi, les efforts visant à réorienter les budgets traditionnels axés sur le développement afin de financer l’action climatique s’intensifient, en particulier aux fins de l’adaptation au changement climatique.

Quels sont certains des exemples de financements climatique ?

Les pays en développement peuvent accéder à certains de leurs financements climatiques sous forme de subventions de la part du FEM, du FVC et du FA. Les gouvernements et les entités du secteur privé peuvent également obtenir des prêts, à des conditions de marché ou à des conditions préférentielles, auprès d’institutions financières internationales telles que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou la Banque interaméricaine de développement, entre autres. Ces subventions et prêts peuvent servir à investir dans des projets qui visent à réduire, absorber ou prévenir les émissions de gaz à effet de serre (GES) – les centrales électriques à énergie renouvelable, les bus électriques ou les mesures de conservation des forêts –, ou à renforcer la résilience face au changement climatique – cf. mise en place de systèmes d’alerte précoce, renforcement de la protection des côtes, amélioration de la résilience des systèmes agricoles et alimentaires, et construction d’infrastructures capables de résister aux tempêtes et aux inondations.

En outre, les gouvernements, par le biais de leurs procédures budgétaires, peuvent allouer des fonds à des actions climatiques prioritaires, telles que celles énoncées dans leurs engagements climatiques nationaux – à savoir, leurs Contributions Déterminées au niveau National (CDN) en vertu de l’Accord de Paris –, ou émettre des obligations vertes souveraines pour financer de tels projets. Les obligations souveraines sont des prêts que les gouvernements contractent auprès d’un groupe d’investisseurs en contrepartie du versement d’intérêts réguliers étalés sur un certain nombre d’années. Au terme de cette période, lorsque l’obligation arrive à échéance, le gouvernement doit alors rembourser l’investissement initial aux investisseurs.

Les gouvernements peuvent également mobiliser des fonds destinés à l’action climatique grâce à l’échange de droits d’émission de carbone et à des taxes sur le carbone. Dans le cadre de l’échange de droits d’émission de carbone, les émissions de GES sont quantifiées sous forme de crédits carbone qui peuvent être achetés et vendus. Un crédit carbone négociable équivaut à une tonne de dioxyde de carbone, ou à la quantité équivalente d’un autre GES qui est réduite, séquestrée ou évitée. Les crédits carbones peuvent être achetés par les pays ou les entreprises privées qui souhaitent accroître leurs efforts de réduction des émissions de GES. Les taxes sur le carbone sont généralement appliquées pour décourager l’utilisation de produits et de services à forte empreinte carbone. Par exemple, une taxe peut être appliquée sur l’essence à la pompe ou sur l’électricité produite à partir de combustibles fossiles. Le produit de ces taxes peut être investi dans les énergies renouvelables, la conservation des forêts et d’autres actions en faveur du climat.

Principales sources de financement climatique:

  • Financements publics:
    • Budgets nationaux et locaux: Les États et les collectivités territoriales allouent des fonds provenant de leurs budgets pour des projets de transition écologique et d’adaptation. 
    • Fonds internationaux: Des fonds multilatéraux tels que le Fonds vert pour le climat (FVC), le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), et d’autres fonds spécifiques comme le Fonds d’adaptation, mobilisent des ressources pour soutenir les actions climatiques dans les pays en développement. 
    • Institutions financières publiques: Les banques multilatérales de développement (BMD) comme la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale, ou la Banque européenne d’investissement (BEI) fournissent des financements pour des projets climatiques. 
  • Financements privés:
    • Investissements directs: Des entreprises privées investissent dans des projets d’énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, ou des technologies innovantes. 
    • Marchés carbone: Les mécanismes d’échange de droits d’émission permettent aux entreprises de financer des projets climatiques en contrepartie de réduction d’émissions. 
    • Obligations vertes: Les entreprises et les États émettent des obligations dont les fonds levés sont spécifiquement destinés à des projets verts. 
  • Autres sources:
    • Organisations de la société civile: Les fondations, les ONG et les organisations communautaires peuvent jouer un rôle important en mobilisant des financements et en mettant en œuvre des projets locaux. 
    • Partenariats public-privé: Ces partenariats permettent de combiner les ressources et les expertises des secteurs public et privé pour financer des projets climatiques d’envergure. 

Défis et enjeux:

  • Nécessité d’augmenter les financements:

Les besoins en financement climatique sont considérables, notamment pour les pays en développement, et les engagements actuels ne suffisent pas à atteindre les objectifs fixés. 

  • Accès équitable aux financements:

Il est crucial de s’assurer que les financements climatiques parviennent aux communautés les plus vulnérables et soutiennent les actions d’adaptation, souvent négligées par rapport à l’atténuation. 

  • Renforcer la transparence et la responsabilité:

Il est important de suivre les flux financiers, d’évaluer l’impact des projets et d’assurer la bonne gouvernance des fonds alloués. 

  • Mobiliser les financements privés:

Les financements privés jouent un rôle essentiel, mais il est nécessaire de créer des conditions favorables pour inciter les entreprises à investir dans des projets climatiques durables. 

En conclusion, le financement de la lutte contre le changement climatique est un enjeu majeur pour assurer une transition vers une économie bas carbone et renforcer la résilience face aux impacts du changement climatique. Des efforts considérables sont nécessaires pour augmenter les financements, garantir leur accessibilité et leur efficacité, et mobiliser tous les acteurs concernés. 

Pourquoi le financement climatique n’est-il pas une priorité mondiale ?

Malgré les progrès réalisés, plusieurs problèmes structurels empêchent le financement axé sur le climat de devenir un enjeu diplomatique central :

  • Déficit de confiance : les pays en développement affirment que les ressources promises sont retardées, conditionnelles ou trop bureaucratiques.
  • Déséquilibre des dépenses : la plupart des capitaux sont destinés à la réduction des émissions, tandis que le renforcement de la résilience reste sous-financé.
  • Lacunes en matière de capitaux privés : les investisseurs hésitent souvent à financer des projets dans les pays du Sud en raison du risque perçu.
  • Aucun cadre d’application : il n’y a pas de sanctions si les pays riches ne respectent pas leurs engagements financiers.
  • Sensibilisation limitée : La nature technique du financement climatique rend difficile sa communication auprès du grand public.

Selon l’ OCDE , l’objectif de 100 milliards de dollars promis depuis longtemps a été atteint en 2022, principalement grâce à des prêts remboursables et non à des subventions.


10 solutions pour prioriser l’investissement vert

Pour faire de la finance durable un sujet d’actualité et non un sujet de coulisses, les experts proposent les étapes suivantes :

  1.  Fixer des objectifs juridiquement contraignants : commencer avec 300 milliards de dollars par an après 2025, la moitié consacrée à l’adaptation.
  2.  Réformer les institutions financières mondiales : réorienter les BMD comme la Banque mondiale pour donner la priorité aux prêts axés sur la durabilité.
  3.  Prélever des taxes vertes : imposer des taxes sur les voyages aériens, les combustibles fossiles ou les marchés financiers pour financer des programmes climatiques.
  4.  Créer un portail de financement centralisé des Nations Unies : simplifier l’accès aux subventions et aux prêts.
  5.  Lier le soutien à l’allègement de la dette : permettre aux nations d’échanger leur dette contre des investissements environnementaux.
  6.  Positionner l’Inde comme un pôle de capitaux verts : utiliser GIFT City et les obligations soutenues par la RBI pour attirer des fonds internationaux.
  7.  Obliger les entreprises à divulguer leurs informations : exiger des entreprises qu’elles rendent compte publiquement de la mobilisation des investissements verts.
  8.  Légiférer sur les contributions nationales : des pays comme l’Allemagne utilisent déjà un modèle de fonds national pour le climat.
  9.  Sensibiliser le public : Démystifier le financement par le biais des médias, des écoles et des récits.
  10.  Lien entre migration et sécurité : positionner le financement climatique comme un outil de consolidation de la paix et de stabilité régionale.

Pourquoi cela est important pour l’Inde

L’Inde, à la fois pôle climatique et porte-parole stratégique des pays du Sud, a tout à gagner d’un accès plus équitable aux capitaux verts mondiaux. Des initiatives telles que les obligations vertes souveraines , les projets pilotes d’assurance contre les catastrophes et l’ Alliance solaire internationale illustrent la volonté de l’Inde, mais de nombreux États indiens se heurtent encore à des obstacles bureaucratiques pour accéder aux fonds.

« Le leadership de l’Inde dans la promotion de cadres financiers mondiaux simplifiés lors de la COP30 sera crucial », a déclaré un haut responsable du ministère de l’Environnement.


La route à suivre : la COP30 et au-delà

Alors que le monde se tourne vers la COP30 au Brésil , une question se pose : le financement mondial de la lutte contre le changement climatique deviendra-t-il enfin une priorité politique ? Sans mécanismes inclusifs, transparents et applicables, l’écart entre les promesses et les réalisations ne fera que se creuser

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