Déclaration de la première directrice générale adjointe du FMI, Gita Gopinath, à l’issue de la troisième réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G20

Dakar ,23 juillet 2025(JVFE)- La première directrice générale adjointe du Fonds monétaire international, Gita Gopinath, a prononcé le discours suivant lors de la troisième réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G20 KwaZulu-Natal, Afrique du Sud :

Nous remercions sincèrement le gouvernement sud-africain d’avoir accueilli la réunion du G20 cette semaine, ainsi que le ministre Godongwana et le gouverneur Kganyago pour leurs discussions fructueuses sur plusieurs questions économiques et financières importantes. La forte incertitude politique est restée un thème central de ces discussions. L’objectif commun de surmonter cette incertitude et de trouver des solutions, tant au niveau national que collectif, pour stimuler la croissance, l’a également été.

Perspectives mondiales : Résilient jusqu’à présent, mais loin d’être certain

Nos prévisions d’avril pour les Perspectives de l’économie mondiale tablaient sur une croissance mondiale de 2,8 % en 2025 et de 3,0 % en 2026, bien en deçà de la moyenne historique de 3,7 %. Ces prévisions incluaient des révisions à la baisse significatives des prévisions de grandes économies comme les États-Unis et la Chine, en raison d’une plus grande incertitude politique, de tensions commerciales et d’un ralentissement de la demande. L’inflation mondiale devrait diminuer, mais à un rythme plus lent, pour atteindre 4,3 % en 2025 et 3,6 % en 2026.

Depuis avril, les indicateurs économiques reflètent un contexte complexe marqué par les tensions commerciales. Nous avons constaté des signes évidents de concentration des importations en amont des hausses de droits de douane et de certains détournements de trafic. Nous avons également constaté une amélioration des conditions financières mondiales, certains accords commerciaux ayant abaissé les droits de douane moyens. Concernant l’inflation, le ralentissement de la demande et la baisse des prix de l’énergie laissent présager une poursuite du déclin, quoique variable selon les pays.

Même si nous mettrons à jour nos prévisions mondiales à la fin du mois de juillet, les risques de baisse continuent de dominer les perspectives et l’incertitude reste élevée.

Priorités politiques : renforcer la résilience et stimuler la croissance à moyen terme

Dans ce contexte, les décideurs politiques devraient se concentrer sur la résolution des tensions commerciales et la mise en œuvre de politiques macroéconomiques pour remédier aux déséquilibres intérieurs sous-jacents. Cela implique de restaurer la marge de manœuvre budgétaire et de veiller à ce que la dette soit sur une trajectoire soutenable. Pour maintenir la stabilité des prix et la stabilité financière, la politique monétaire doit être soigneusement calibrée en fonction des spécificités de chaque pays et faire appel à une communication claire et cohérente. L’indépendance des banques centrales doit être préservée. Les réformes structurelles restent essentielles pour stimuler la croissance à moyen terme et compenser les évolutions démographiques, en stimulant la productivité, en soutenant la création d’emplois et en tirant parti des nouvelles technologies.

Renforcer les finances publiques

Le FMI salue l’accent renouvelé mis sur la mobilisation des recettes intérieures, indispensable pour consolider les finances publiques et aider les pays, notamment africains, à atteindre leurs objectifs de développement. Notre analyse suggère que les pays à faible revenu pourraient générer 7 % supplémentaires de PIB s’ils atteignaient leur potentiel fiscal estimé.

Le FMI joue son rôle en aidant les pays à réformer leurs politiques fiscales nationales et à élargir leurs assiettes fiscales, en renforçant l’administration pour améliorer la collecte des impôts et leur efficacité, et en améliorant la sécurité juridique fiscale, afin d’attirer les investissements étrangers et nationaux.

Nous soutenons également une attention accrue portée à l’efficacité des dépenses publiques, essentielle pour investir dans le développement durable dans un contexte budgétaire rigoureux. Le FMI apporte son aide par le biais de diagnostics de gouvernance, de l’élaboration d’un cadre macro-budgétaire et d’améliorations de la gestion des investissements publics et des entreprises publiques.

Gestion des flux de capitaux et de la dette

Bien que les flux de capitaux vers les EMDE soient restés globalement résilients en 2025 malgré la volatilité accrue des marchés financiers et l’incertitude politique, ils restent faibles et, pour de nombreux emprunteurs, les conditions de financement restent strictes. 

Pour réduire le coût du capital et attirer l’investissement privé, le travail commence au niveau national, par des réformes internes. Cependant, nous reconnaissons que certains pays, dont la dette est soutenable mais qui sont actuellement confrontés à des coûts de service élevés, pourraient avoir besoin d’une solution pour les aider à créer une marge de manœuvre budgétaire en attendant que les bénéfices des réformes se fassent sentir. C’est pourquoi le FMI poursuit son travail conjoint avec la Banque mondiale pour mettre en œuvre l’approche en trois piliers.

Pour les pays dont la dette est insoutenable, des mesures proactives visant à rétablir la viabilité de la dette sont essentielles. Pour ce faire, des mécanismes de restructuration efficaces et rapides doivent être mis en place. À cet égard, des progrès notables sont réalisés. La publication du « Guide de restructuration » de la Table ronde mondiale sur la dette souveraine ainsi que la note du G20 décrivant les étapes du traitement de la dette dans le cadre commun sont des documents utiles et complémentaires pour les pays envisageant une restructuration de leur dette. Cependant, des progrès supplémentaires sont nécessaires dans les mécanismes de restructuration, notamment pour couvrir les pays à revenu intermédiaire et garantir la prévisibilité.

Problèmes du secteur financier

Bien que les conditions financières se soient assouplies depuis avril, les risques pour la stabilité financière demeurent préoccupants, compte tenu des incertitudes commerciales et géopolitiques toujours élevées. Les valorisations des actifs sont à nouveau tendues, le recours à l’effet de levier reste élevé dans certains secteurs du système financier, et les pressions périodiques observées sur les rendements des obligations d’État et le fonctionnement des marchés risquent d’avoir de vastes répercussions, notamment dans un contexte de déficits budgétaires importants et d’illiquidité accrue.   

Une surveillance vigilante et une supervision rigoureuse restent primordiales et les progrès récents en matière de surveillance du secteur financier doivent se poursuivre, en particulier pour les institutions financières non bancaires qui représentent désormais plus de 50 % du secteur financier.

L’amélioration des systèmes de paiements transfrontaliers, notamment grâce aux nouvelles technologies financières, peut contribuer à stimuler la croissance et à renforcer la stabilité macrofinancière.

Enfin, le FMI salue l’accent mis par la présidence sur le renforcement du potentiel de croissance de l’Afrique, notamment en s’attaquant aux vulnérabilités macroéconomiques. Avec une population jeune et des ressources naturelles abondantes, exploiter ce potentiel nécessite des réformes et des investissements susceptibles de stimuler la croissance et le développement sur tout le continent. Un soutien international continu demeure également essentiel, sous forme de financements concessionnels adéquats, de renforcement des capacités et d’aide à la réduction des vulnérabilités liées à la dette, et le FMI est déterminé à jouer son rôle à cet égard.

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