Chute de Wall Street:après de très mauvais chiffres de l’emploi, Donald Trump renvoie la responsable des statistiques et accroît sa pression sur la Fed

dakar,02 AOUT 2025(JVFE)-La Bourse de New York a terminé en berne vendredi, particulièrement déçue des derniers chiffres de l’emploi aux Etats-Unis, dans un contexte d’officialisation des nouveaux droits de douane imposés par Washington à ses partenaires commerciaux.

Le Dow Jones a perdu 1,23%, l’indice Nasdaq a chuté de 2,24% et l’indice élargi S&P 500 a reculé de 1,60%.

Les créations d’emplois en juillet aux Etats-Unis sont 27 % en deçà des prévisions et celles de mai et de juin ont été revues drastiquement à la baisse, provoquant une chute de Wall Street. Pour de nombreux économistes, ce tournant est un signal d’alarme.

Le président américain Donald Trump a exigé vendredi 1er août le renvoi de la principale agence de statistiques économiques du pays, après la publication du dernier rapport sur le chômage dans le pays. L’annonce a stupéfié certains économistes et scandalisé les opposants du milliardaire, alors que les chiffres de l’emploi mettent à mal le discours triomphaliste de Donald Trump.

Le président américain a dénoncé des chiffres, selon lui, « truqués pour donner une mauvaise image des républicains et de moi-même », sans avancer de preuves de cette manipulation. Plus tard, lors d’un échange avec la presse, il a lancé : « Nous avons besoin de personnes à qui nous pouvons faire confiance », puis a à nouveau accusé la responsable d’avoir gonflé les chiffres dans le passé au profit de la précédente administration, celle du démocrate Joe Biden.

Erika McEntarfer est la commissaire du Bureau fédéral des statistiques, un organisme qui publie les chiffres de référence sur l’emploi, la productivité et les prix aux États-Unis. « Le renvoi totalement infondé d’Erika McEntarfer, qui m’a succédé, est un précédent dangereux et sape la mission du Bureau », a critiqué son prédécesseur à ce poste, William Beach, sur les réseaux sociaux. Il avait notamment officié pendant le précédent mandat de Donald Trump.

En juillet, 73 000 créations d’emploi

Le rapport mensuel sur l’emploi aux États-Unis publié vendredi a surpris, en peignant un tableau plus sombre qu’attendu de l’état du marché du travail, à l’heure où les experts prédisent un ralentissement sous l’effet de l’offensive douanière du président américain. Le taux de chômage a très légèrement grimpé : il atteint 4,2% en juillet, contre 4,1% en juin. La création de 73 000 emplois est inférieure à ce qui était prévu. Il n’en faut pas plus pour que le président américain crie à l’arnaque, lui qui affirme que l’économie américaine est en très grande forme, explique notre correspondante à New York, Loubna Anaki.

Le nombre d’emplois censés avoir été créés pendant les mois de mai et de juin a été fortement révisé à la baisse, 260 000 emplois de moins que prévu. Les chiffres corrigés (19 000 en mai et 14 000 en juin) s’affichent au plus bas depuis la pandémie de Covid-19. 

Mais il y a une explication rationnelle à cela : les entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises (PME), ont mis plus de temps à répondre aux enquêtes de l’agence des statistiques. D’où ces chiffres réactualisés à la baisse avec deux mois de retard. Cela traduit aussi un manque de confiance dans les institutions, estiment certains experts.

Les chiffres mettent à mal le discours triomphaliste de Donald Trump sur l’économie américaine, alors que plusieurs sondages font état d’une baisse de sa cote de confiance. Il ne cesse d’affirmer que l’économie est rugissante, tout en appelant avec insistance la Banque centrale des États-Unis (Fed) à la soutenir davantage en diminuant les taux d’intérêt.

La cheffe des statistiques accusée de manipuler les chiffres

Dans la foulée de la publication du rapport, le président a donc ordonné le limogeage de la commissaire aux statistiques du travail. Selon lui, Erika McEntarfer agirait ainsi parce qu’elle a été nommée par Joe Biden. Et il l’accuse même d’avoir déjà manipulé les chiffres du marché du travail auparavant, quand cela servait les intérêts de l’administration démocrate.

Le président américain a aussi écrit sur son réseau Truth Social que le patron de la Fed Jerome Powell, qu’il n’a de cesse d’accabler, « devrait démissionner » lui aussi.

“Les investisseurs commencent à s’inquiéter du fait que l’économie (américaine) s’affaiblit plus rapidement qu’on ne le pensait”, commente auprès de l’AFP Sam Stovall, de CFRA.

En cause: la santé du marché de l’emploi américain s’est dégradée en juillet, avec un taux de chômage en progression à 4,2%, contre 4,1% en juin.

Les créations d’emplois se sont, elles, établies à 73.000 le mois précédent, et celles du mois de mai et juin ont été fortement révisées à la baisse, à des niveaux plus vus depuis la pandémie de Covid-19.

“À mon avis, les chiffres de l’emploi d’aujourd’hui ont été TRUQUES pour donner une mauvaise image des Républicains et de MOI-MEME”, s’est plaint Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Selon Patrick O’Hare, de Briefing.com, “le marché pense que la Fed (banque centrale américaine, ndlr) devra baisser ses taux” lors de sa prochaine réunion en septembre.

Dans ce contexte, les taux obligataires ont dégringolé. Le rendement des emprunts d’État américains à 10 ans se détendait fortement à 4,21%, contre 4,37% à la clôture jeudi. Le deux ans, plus sensible à la conjoncture monétaire, chutait à 3,68%, contre 3,95%

“Les événements se succèdent et ils provoquent une correction rapide” du marché, souligne M. Stovall.

En parallèle, Donald Trump a en effet signé jeudi soir le décret d’application de ses droits de douane en accordant un répit de quelques jours. Ces derniers doivent désormais entrer en vigueur le 7 août.

L’Union européenne (UE), le Japon ou la Corée du Sud voient ainsi leurs produits taxés à hauteur de 15%, et le Royaume-Uni de 10%. Le taux monte à 30% pour l’Afrique du Sud et à 39% pour la Suisse.

Ottawa, l’une des cibles privilégiées de Donald Trump, voit les droits de douane des produits canadiens, non couverts par un accord préexistant, augmenter à 35%.

Le Mexique a décroché un sursis de 90 jours tandis que la Chine négocie toujours avec Washington, avant la fin de la trêve courant jusqu’au 12 août pour ses produits.

“La tempête commerciale n’est pas terminée et d’autres défis nous attendent”, commente Sam Stovall.

Cette salve de nouvelles a failli éclipser les résultats trimestriels de deux géants technologiques, Apple et Amazon.

La firme à la pomme a reculé de 2,50% à 202,38 dollars malgré des résultats nettement supérieurs aux attentes pour le troisième trimestre de son exercice comptable décalé, dopés par l’iPhone.

Le bénéfice net du groupe s’affiche à 23,4 milliards de dollars (+9% sur un an). Rapporté par action, donnée scrutée par le marché, il atteint 1,57 dollar, contre 1,42 projeté par les analystes, selon un consensus établi par FactSet.

Le géant américain du commerce en ligne Amazon (-8,27% à 214,75 dollars) a particulièrement souffert de prévisions jugées décevantes par le marché malgré un bond de 35% de son bénéfice net au deuxième trimestre, à 18,2 milliards de dollars.

Le réseau social Reddit (+17,32% à 188,41 dollars) a bondi après avoir publié des résultats supérieurs aux attentes, notamment un bénéfice net par action de 45 cents, là où les analystes tablaient sur 19 cents.

Les groupes pétroliers américains ExxonMobil (-1,84%) et Chevron (-0,24%) ont terminé dans le rouge après avoir subi un recul de leurs résultats au deuxième trimestre dans le sillage du reflux des cours du pétrole et du gaz naturel.

Les deux entreprises sont malgré tout parvenues à dépasser les attentes du marché.

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