Guinée: interdiction de donner la parole aux principaux partis politiques qui ont été suspendus ou dissous

DAKAR,30 Aout 2025(JVFE)-En Guinée, la campagne pour le référendum constitutionnel s’ouvrira dimanche sans opposition: les médias guinéens ont reçu l’interdiction de donner la parole aux principaux partis politiques qui ont été suspendus ou dissous.

Quelque 6,7 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour le référendum constitutionnel du 21 septembre 2025 et pour les autres élections nationales et locales devant suivre dans le processus de retour à l’ordre constitutionnel en Guinée Conakry.

Dirigé depuis le coup d’État militaire du 5 septembre 2021 — perpétré contre Alpha Condé — par le Général Mamadou Doumbouya à la tête du comité national du rassemblement pour le développement (Cnrd, organe exécutif), le pays avait convenu en mars 2022 avec la CEDEAO d’une transition sur 36 mois.

« Après la consolidation des données et la cartographie des centres et des bureaux de vote, nous avons obtenu le résultat suivant : total des électeurs 6.768.458 dont 125.271 pour la diaspora », a indiqué jeudi Ibrahim Khalil Condé, ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation (Matd) à l’occasion de la présentation des chiffres officiels du fichier électoral définitif.

Un recensement biométrique avait été lancé en ce sens en avril 2025 afin d’établir une base de données fiable pour la constitution du fichier électoral devant mener aux différentes échéances électorales à venir.

« Le scrutin se déroule dans 16 702 centres de vote et 23 662 bureaux de vote à travers le pays », a encore noté Condé.

Le référendum constitutionnel devrait entériner la nouvelle constitution proposée aux Guinéens en remplacement de celle adoptée en 2020. La campagne électorale va démarrer le 31 août pour prendre fin le 18 septembre.

À moins d’une semaine du démarrage de la campagne, trois partis politiques dont les deux plus importants de l’opposition, à savoir l’Union des forces démocratiques de Guinée (Ufdg) de l’ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo et le Rassemblement du peuple de Guinée (Rpg -Arc en ciel) du président Alpha Condé ont été suspendus « avec effet immédiat » par le Matd pour non-conformité.

Les législatives, la présidentielle et les élections locales, dont les dates n’ont pas encore été dévoilées, devraient suivre pour parachever le processus de transition et consacrer le retour définitif à l’ordre constitutionnel.

Lors de son discours à la Nation du 31 décembre 2024, Mamady Doumbouya avait promis que 2025 serait une « année d’élections » pour la Guinée.

Dernière mesure en date: la suspension, le 23 août pour trois mois, des trois principaux partis d’opposition, dont le Rassemblement du peuple de Guinée (ex-formation au pouvoir), accusés par la junte de n’avoir “pas satisfait à leurs obligations”, notamment celles de s’abstenir de “tenir des manifestations ou tout acte de propagande politique”.

Plusieurs dizaines de partis ont déjà été suspendus ou dissous ces derniers mois par les militaires, qui invoquent la nécessité d'”assainir l’échiquier politique”.

Lors d’une rencontre avec la presse jeudi, le président de la Haute autorité de la communication (HAC) de Guinée, Boubacar Yacine Diallo, a affirmé que les médias “ne doivent pas donner la parole aux partis politiques et structures en conflit avec la loi, qui sont interdits de fonctionner”.

Le faire serait “une infraction”, a-t-il prévenu.

Cette interdiction survient à quelques jours du début de la campagne, dimanche, pour le référendum convoqué par le général Mamadi Doumbouya, censé ouvrir la voie à un retour à l’ordre constitutionnel.

Les dispositions de ce texte ne permettent pas de savoir de manière explicite si le général Doumbouya pourra ou non se présenter à une future élection présidentielle, mais tout semble indiquer qu’il sera candidat.

Depuis 2022, les membres du gouvernement et soutiens de la junte multiplient les appels à une candidature de M. Doumbouya, bien que celui-ci avait promis de ne pas se présenter et de rendre le pouvoir à des civils.

L’opposition, qui l’accuse de vouloir confisquer le pouvoir à l’aide du référendum, a appelé à manifester à partir du 5 septembre.

En Guinée, la campagne électorale pour le référendum constitutionnel du 21 septembre prochain s’ouvre ce dimanche.

Le contexte est assez tendu avec les principaux partis politiques suspendus.

Un report du scrutin est sollicité par le Forum des forces sociales de Guinée (FFSG). Il s’agit de la faîtière d’une quarantaine d’organisations qui juge le processus “mal préparé, clivant et répressif”.

Ce référendum a été voulu par le général Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2021. Il doit acter un retour à l’ordre constitutionnel. Mais le projet ne clarifie pas si le chef de la junte pourra se présenter à la future présidentielle. D’où la défiance et des appels à manifester à partir du 5 septembre de la part de l’opposition.

À Conakry, la Haute Autorité de la Communication exige un traitement équitable entre les partisans du “oui” et ceux du “non”.

Sauf que l’organe régulateur des médias ne veut donner la parole qu’aux entités alignées sur les directives de l’Etat, selon les médias surplace.

Décision immédiatement décriée par l’Union professionnelle de la presse guinéenne.

Le président du parti Bloc libéral, Faya Millimouno, une des rares voix à oser encore critiquer la junte, a dénoncé une mesure “très grave” devant la presse vendredi. La HAC doit “observer une minute de silence à la mémoire de la liberté de presse qu’elle a contribué à tuer”, a-t-il fustigé.

Dans un communiqué diffusé jeudi soir, le Forum des forces sociales de Guinée (FFSG), une coalition d’une quarantaine d’organisations de la société civile guinéenne, a réclamé le report du référendum, estimant le processus “mal préparé” et “clivant” et dénonçant la répression de l’opposition par la junte.

Le FFSG a notamment invoqué “l’absence d’un fichier électoral certifié”, le refus des dirigeants de l’opposition de se faire recenser et “l’absorption absolue” de l’organe de gestion des élections par le ministère de l’Administration territoriale.

Sous pression internationale, les militaires s’étaient initialement engagés à rendre le pouvoir à des élus avant fin 2024. Ils ont depuis manqué à cette promesse.

Une “charte de transition” établie par la junte peu après le coup d’État impose qu’aucun membre de la junte ou du gouvernement, ni aucun responsable des institutions de transition ne se présente aux élections.

L’adoption du projet de constitution pourrait faire sauter ce verrou, dans ce pays dirigé pendant des décennies par des régimes dictatoriaux.

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