Mali : une rançon et la libération de prisonniers sont toujours exigées par des groupes terroristes

DAKAR, 14 NOVEMBRE 2025(JVFE)Le Mali traverse une situation critique : une rançon et la libération de prisonniers sont toujours exigées par des groupes terroristes.

Les otages étrangers, l’autre pilier du “jihad économique” du JNIM contre Bamako

Trois otages détenus par le Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) au Mali ont été libérés après une rançon record, estimée entre 50 et 70 millions de dollars, ainsi que du matériel militaire. Pourquoi les Emirats ont-ils accepté cette rançon extrêmement élevée ?

Depuis des années, les paiements de rançons nourrissent les groupes armés et affaiblissent l’État. Libérer des prisonniers revient à renforcer leurs forces. À l’image de l’Algérie en 2013, le Mali doit privilégier la fermeté et la souveraineté plutôt que le compromis.

Le phénomène djihadiste est demeuré actif dans plusieurs pays d’Afrique au sud du Sahara, avec des attaques répétées qui ont affecté des civils et des forces de sécurité. Des régions entières ont vu la stabilité politique et sociale être fragilisée par des actes violents. Face à cela, des réponses nationales et internationales ont été appelées, et des efforts de prévention ont été demandés.

Les sources du financement terroriste sont notamment la fraude de bas étage, l’enlèvement contre rançon, le détournement d’organismes à but non lucratif, le commerce illicite de marchandises (pétrole, charbon, diamants, or et stupéfiants comme le captagon), ou encore les monnaies électroniques.

Vue aérienne de camions maliens attendant de franchir la frontière entre la Côte d'Ivoire et le Mali dans le village de Nigouni, près de Tengrela, le 31 octobre 2025

Vue aérienne de camions maliens attendant de franchir la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Mali dans le village de Nigouni, près de Tengrela, le 31 octobre 2025

Au moins 50 millions de dollars contre la libération d’un otage émirati: c’est la rançon colossale versée il y a deux semaines au JNIM, groupe jihadiste lié à Al-Qaïda qui a récemment multiplié les enlèvements de ressortissants étrangers au Mali dans le cadre de son “jihad économique”.

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a fait des enlèvements d’étrangers un pilier de sa guerre économique pour freiner les investissements internationaux, paralyser l’activité économique du Mali et aboutir à une éventuelle chute de la junte au pouvoir.

En juin, il avait menacé de frapper les industries étrangères installées dans le pays et toute autre entreprise faisant des affaires avec l’Etat malien sans “son autorisation”.

Depuis, le JNIM mène un “jihad économique” intense contre Bamako, combinant blocus sur le carburant acheminé depuis le Sénégal et la Côte d’Ivoire, attaques contre des sites industriels et miniers, et nombreux enlèvements d’étrangers, estime le groupe de réflexion Timbuktu Institute.

“Entre mai et octobre 2025, au moins 22 ressortissants étrangers ont été enlevés — soit environ le double du précédent record de 13 en 2022”, dit à l’AFP Héni Nsaibia, analyste principal pour l’Afrique de l’Ouest chez l’ONG ACLED, qui recense les victimes de conflits dans le monde.

“Les victimes incluent des ressortissants chinois, indiens, égyptiens, émiratis, iraniens, ainsi que trois personnes originaires de l’ex-Yougoslavie (un Serbe, un Croate et un Bosnien)”, précise M. Nsaibia.

Refuser le chantage, c’est affirmer la dignité d’un pays qui refuse d’être le guichet automatique du terrorisme.

Le 26 septembre, un Emirati de la famille royale évoluant dans le business de l’or et deux de ses collaborateurs iranien et pakistanais avaient été enlevés par le JNIM près de Bamako.

Une première somme de “400 millions de francs CFA (plus de 700.000 dollars)” ont été d’abord versés au JNIM pour obtenir “des preuves de vie” des otages, qui ont ensuite été libérés fin octobre contre une rançon de “50 millions de dollars au moins”, selon une source proche des négociations.

“Les 50 millions de dollars représentent la rançon la plus élevée jamais connue dans la région et constitue un apport financier majeur pour le JNIM”, affirme Héni Nsaibia.

Si on ignore qui a formellement versé la rançon, le JNIM a également obtenu “la libération d’une trentaine de ses prisonniers” détenus par les renseignements maliens, a ajouté une source sécuritaire malienne, qui confirme aussi le montant exorbitant.

“Des militaires maliens ont également été libérés au cours du même échange. C’est une transaction invraisemblable dans son ampleur et ses composantes, surtout dans le contexte actuel”, poursuit la source sécuritaire.

Pour les chercheurs, cette rançon inédite représente un apport financier stratégique pour le JNIM dans sa guerre économique contre le Mali.

Elle va lui permettre de “maintenir son niveau d’engagement militaire actuel, y compris le blocus économique sur Bamako, pendant une période prolongée”, dit Rida Lyammouri, chercheur au Policy Center for the New South (PCNS).

Le gouvernement, exclu des négociations, se retrouve face à un choix difficile : sauver des otages ou refuser de financer le terrorisme.

Par ailleurs,des cérémonies ont été organisées ce jeudi pour commémorer les attentats meurtriers du 13 novembre 2015 à Paris.

Le président Emmanuel Macron ainsi que l’ancien président François Hollande ont été présents sur plusieurs lieux de mémoire, où des discours et des minutes de silence ont été observés.

La mobilisation citoyenne et institutionnelle a été soulignée, tandis que le souvenir des victimes a été ravivé par des rencontres et des hommages publics.

“Une telle somme ne fera que renforcer l’ambition du JNIM de s’étendre et de s’implanter durablement au Sahel et dans les États côtiers d’Afrique”, ajoute le chercheur.

“Les fonds permettront au groupe d’acquérir davantage d’armes, telles que des drones armés FPV, des explosifs et des armes légères, ainsi que de payer les salaires des combattants”, dit Liam Karr, analyste pour l’American Enterprise Institute, basé à Washington.

Le départ des forces françaises a créé un vide sécuritaire facilitant pour les jihadistes les kidnappings, leur transfert dans une zone sécurisée sans crainte des opérations de sauvetage, pointe M. Lyammouri.

Le JNIM détient toujours plusieurs autres otages qui, une fois monnayés, renforceront sa puissance financière et ses capacités d’action.

La plupart des otages ont été enlevés dans l’ouest du pays, qui représente “environ 80% de la production d’or du Mali et sert de corridor commercial vers le Sénégal”, premier fournisseur du Mali, selon le groupe de réflexion Soufan Center.

Au moins “11 citoyens chinois” y ont été enlevés dans des attaques contre sept sites industriels étrangers, dont six chinois, ajoute l’American Enterprise Institute.

La semaine dernière, cinq Indiens travaillant pour une société d’électrification et un Egyptien ont été kidnappés dans la même région.

“Cibler les ressortissants étrangers éloigne les investissements étrangers, sapant une source de revenus (miniers) clé pour la junte malienne”, dit Liam Karr.

Face à la dégradation de la situation, les États-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé il y a deux semaines le retrait de leur personnel non essentiel du Mali, et plusieurs ambassades, dont la France, ont demandé à leurs ressortissants de quitter le territoire.


La sécurité au Mali a été gravement mise à l’épreuve par des vagues d’attaques qui ont sapé la cohésion nationale. La transition militaire au pouvoir a été critiquée pour son incapacité à contenir efficacement le fléau, selon des voix de la société civile et des acteurs politiques. Les frontières et les zones rurales ont été particulièrement vulnérables, et la population a été soumise à des déplacements et à des pertes humaines.


Il est affirmé par Maître Mamadou Ismaïla Konaté, avocat et ancien ministre de la Justice, que la transition militaire n’a pas tenu ses engagements en matière de sécurité. Il a été expliqué que la promesse de restaurer la sûreté et de protéger la nation n’a pas été tenue, ce qui a alimenté la frustration et l’inquiétude chez de nombreux Maliens. La légitimité des autorités en place a été interrogée à la lumière de ces défaillances.


L’importance de l’unité nationale a été mise en avant comme condition essentielle pour combattre durablement le terrorisme. Il a été soutenu que le pays ne pouvait être laissé entre deux modèles rejetés : l’autoritarisme militaire d’une part, et l’extrémisme djihadiste d’autre part. Des citoyens engagés ont été appelés à se rassembler autour d’un projet commun afin d’éviter que des logiques politiques ou confessionnelles ne divisent davantage le pays.


La lutte contre le djihadisme a été décrite comme nécessitant une responsabilité partagée entre Maliens et partenaires extérieurs. Des actions multiformes ont été demandées, incluant le renforcement des capacités locales, l’aide au développement et le soutien aux processus de réconciliation. Il a été précisé que la souveraineté ne pouvait être pleinement restaurée que par des voies légales et inclusives impliquant la population.

Des pistes de sortie de crise ont été évoquées, centrées sur la restauration de l’État de droit, la reprise du dialogue politique et la promotion d’une gouvernance participative. Le rôle des acteurs locaux, des organisations de la société civile et des communautés a été indiqué comme crucial pour construire une paix durable. Une attention particulière a été demandée pour la protection des civils et la relance des services publics dans les zones affectées.

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