DAKAR,19 MARS 2026(JVFE)-L’ancien diplomate belge Étienne Davignon, aujourd’hui âgé de 93 ans, a été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Bruxelles le 17 mars 2026 pour sa participation présumée à l’assassinat de Patrice Lumumba en 1961.
Voici les points clés de cette décision historique :
- Accusations : Étienne Davignon est soupçonné de « participation à des crimes de guerre ». Il lui est reproché son implication dans les décisions ayant mené au transfert illégal et à l’assassinat du premier ministre congolais par des forces séparatistes katangaises soutenues par la Belgique.
- Dernier suspect vivant : Il est le seul survivant parmi les dix Belges initialement visés par la plainte déposée par la famille Lumumba en 2011.
- Calendrier judiciaire : Le procès pourrait s’ouvrir au plus tôt en janvier 2027.
- Contexte historique : Patrice Lumumba a été exécuté le 17 janvier 1961. Cette procédure judiciaire est considérée comme une étape majeure pour confronter le passé colonial de la Belgique.

Patrice Lumumba (à droite), premier ministre et Joseph Okito (à gauche), vice-président du Sénat, lors de leur arrestation à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) en décembre 1960.
La Belgique face à son passé colonial
65 ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, la justice belge a ordonné, le 17 mars 2026, le renvoi en procès de l’ancien diplomate belge Étienne Davignon, aujourd’hui âgé de 93 ans. Il est soupçonné de « participation à des crimes de guerre » pour son implication dans les décisions ayant conduit à l’assassinat du premier chef du gouvernement de l’ancien Congo belge, tout juste devenu indépendant. Une étape judiciaire tardive mais importante pour l’historienne Karine Ramondy, autrice de « Leaders assassinés » (l’Harmattan) et responsable du numéro « Global Lumumba », de la revue d’histoire contemporaine de l’Afrique. Elle est l’invitée de Charlotte Idrac.
Étienne Davignon, ancien vice-président de la Commission européenne et figure influente de la vie politique et économique belge, a toujours nié les faits qui lui sont reprochés.
Soixante-cinq ans après les faits, la justice belge a ordonné mardi le renvoi en procès d’un ancien diplomate belge, Etienne Davignon, soupçonné de « participation à des crimes de guerre » pour son implication dans les décisions ayant mené à l’assassinat du dirigeant congolais Patrice Lumumba en 1961.
La famille Lumumba, et les avocats qui soutiennent son combat depuis le dépôt de plainte en 2011, ont salué « une décision historique ».
Jamais un procès pénal n’a été organisé pour déterminer les responsabilités dans cet assassinat, qui constitue l’une des pages les plus sombres de la relation entre le Congo devenu indépendant en juin 1960 et son ancienne puissance coloniale, la Belgique.
« On est tous soulagés, enfin la Belgique regarde son histoire en face », a déclaré à l’AFPTV Mehdi Lumumba, un petit-fils du héros de l’indépendance congolaise.
« Justice doit être faite. Ce crime a changé non seulement la trajectoire d’une famille, mais celle de tout un pays », a fait valoir Blandine Lumumba, épouse du fils aîné François, venue elle aussi à Bruxelles pour le prononcé de la décision.
Celle-ci est susceptible d’appel dans un délai de 15 jours, et un procès pourrait se tenir « au plus tôt en janvier » 2027, selon Christophe Marchand, un des conseils de la famille.
Premier chef du gouvernement du Congo indépendant (l’actuelle République démocratique du Congo, RDC), Patrice Lumumba avait été renversé dès la mi-septembre 1960 par un coup d’État, puis emprisonné dans son pays.
Transféré dans la région sécessionniste du Katanga (sud), il fut exécuté le 17 janvier 1961 par des séparatistes, avec l’appui de mercenaires belges. Il avait 35 ans. Son corps fut dissous dans l’acide.
Aujourd’hui, un seul homme peut encore répondre de sa participation présumée au crime, parmi la dizaine de fonctionnaires, policiers ou agents de renseignement belges visés initialement dans la plainte déposée à Bruxelles par des enfants du défunt : Etienne Davignon, le seul des mis en cause encore en vie.
Cet ex-diplomate et haut fonctionnaire belge aujourd’hui âgé de 93 ans conteste les faits reprochés.
« J’examine l’ordonnance et donnerai un avis à mon client quant aux chances de succès d’un éventuel appel », a simplement réagi son avocat Johan Verbist, sollicité par l’AFP.
À l’époque de l’indépendance du Congo, M. Davignon, qui aura ensuite une longue carrière d’homme d’affaires et fut même commissaire européen dans les années 1980, était diplomate stagiaire pour les Affaires étrangères belges.
Après le coup d’État ayant renversé le dirigeant congolais, il est soupçonné d’avoir joué un rôle actif dans le transfert du prisonnier Lumumba vers le Katanga sécessionniste où les autorités locales lui étaient très hostiles.
Sont visés dans ce renvoi en procès « la détention ou le transfert illicite » d’un prisonnier de guerre, ainsi que le fait d’avoir privé Patrice Lumumba du droit à un procès équitable après son arrestation, a détaillé le tribunal de première instance de Bruxelles.
Troisième infraction présumée : des « traitements humiliants et dégradants », ce qui relève aussi de la « participation à des crimes de guerre ». La participation directe à l’assassinat n’a pas été retenue, ce que le parquet fédéral avait déjà exclu.
Enfin, la juridiction d’instruction a estimé qu’Etienne Davignon devait aussi répondre de sa complicité dans la disparition de Maurice Mpolo et Joseph Okito, les deux responsables congolais tués en même temps que Lumumba.
Ce dossier tentaculaire avait connu un développement retentissant en 2020, quand le procureur fédéral avait révélé qu’un fragment humain de Patrice Lumumba avait été retrouvé en Belgique, en l’occurrence une dent saisie chez la fille d’un policier belge ayant participé à la disparition du corps au Katanga.
Lors de la restitution de la dent à la RDC, à l’occasion d’une cérémonie officielle à Bruxelles en 2022, le premier ministre belge de l’époque, Alexander De Croo, avait renouvelé les « excuses » de l’exécutif fédéral pour sa « responsabilité morale » dans cette disparition.
Revenant sur les conditions de ce « terrible » assassinat, M. De Croo avait pointé du doigt des responsables belges qui à l’époque « ont choisi de ne pas voir », « de ne pas agir ».
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
