Le blanchiment d’argent : les failles béantes des plateformes et comptoirs d’échange de cryptomonnaies

DAKAR, 18 NOVEMBRE 2025(JVFE)-Au moins 27 plateformes d’échange de cryptomonnaies, ou fournisseurs de services d’actifs virtuels (numériques), ont été signalées par le ministère de l’Intérieur comme des intermédiaires utilisés par des cybercriminels pour blanchir au moins 623,63 crores de roupies, détournées auprès de 2 872 victimes en seulement 21 mois, entre janvier 2024 et septembre 2025.

Selon les autorités, il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg ; le secteur indien des actifs virtuels est confronté à des défis bien réels.

Ces révélations, basées sur des données compilées à partir du Portail national de signalement de la cybercriminalité (NCRP), mettent en lumière ce que les enquêteurs appellent le modèle de blanchiment financier le plus sophistiqué jamais apparu dans l’écosystème de la cybercriminalité indienne.

À titre de comparaison, les produits du crime, d’une valeur de 25,3 crores de roupies, signalés dans 769 plaintes, ont été transférés via 12 plateformes d’échange de cryptomonnaies étrangères par le biais de cartes de crédit/débit au cours de la période 2024-2025, selon les registres du Centre indien de coordination de la cybercriminalité (I4C) du ministère de l’Intérieur.

Une enquête journalistique internationale, dont « Le Monde » est partenaire, pointe les failles béantes des plateformes et comptoirs d’échange de cryptomonnaies, que les criminels peuvent facilement utiliser pour blanchir leur argent.

Neuf personnes impliquées dans un vaste réseau international de blanchiment d’escroqueries aux faux investissements dans les cryptomonnaies ont été interpellées fin octobre 2025 à Chypre, en Espagne et en Allemagne. Cette opération coordonnée est l’aboutissement d’une enquête conduite depuis 2023 par les gendarmes de l’antenne du Centre de lutte contre les criminalités numériques de la Section de recherches de Rennes, ainsi que du groupe « cryptoactifs » de l’Unité nationale cyber de la gendarmerie nationale, sous la direction de la JUNALCO. 

700 millions de dollars. C’est le montant des cryptoactifs issus d’escroqueries aux faux investissements qui ont été blanchis en ligne par un vaste réseau criminel international. Une vaste opération judiciaire, conduite entre le 27 et le 30 octobre 2025 sous la direction de la JUNALCO (Juridiction nationale chargée de la lutte contre la criminalité organisée), en coopération avec les autorités judiciaires belges et chypriotes et avec le soutien d’Eurojust, a permis l’interpellation simultanée de neuf personnes à Chypre, en Espagne et en Allemagne, mettant ainsi un coup d’arrêt à leur entreprise criminelle. Six des mis en cause ont été arrêtés dans le cadre de mandats d’arrêt européens émis par des juges d’instruction français.

Ce coup de filet, annoncé mardi 3 novembre par la procureure de Paris, Laure Beccuau, dans un communiqué de presse, est le fruit d’une enquête débutée en 2023. À la suite de nombreuses plaintes relatives à des faits d’escroqueries aux investissements dans les cryptoactifs, le parquet de la JUNALCO a alors saisi l’antenne du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) de la Section de recherches (S.R.) de Rennes ainsi que le groupe « cryptoactifs » de l’Unité nationale cyber (UNCyber) de la gendarmerie nationale.

700 millions de dollars de préjudice

« Les auteurs utilisaient des dizaines de plateformes frauduleuses d’investissement en cryptoactifs qui empruntaient l’apparence de sites légitimes et affichaient des promesses de rendements très attractifs pour tromper les victimes, indique la procureure de la République de Paris. Celles-ci étaient approchées par différents canaux, notamment des publicités sponsorisées sur les réseaux sociaux, du démarchage par téléphone, de faux articles de presse ou des témoignages truqués mettant en scène des célébrités ou des investisseurs à succès. Plusieurs centaines de victimes, françaises et européennes, ont ainsi effectué des virements en cryptomonnaies sur les plateformes sans jamais pouvoir récupérer leurs fonds. »

Les investigations conduites par les gendarmes ont permis d’établir que les cryptoactifs issus de ces escroqueries étaient ensuite blanchis, notamment grâce à la blockchain, pour un montant évalué à 700 millions de dollars.

Le 4 juin 2025, une information judiciaire a été ouverte « sur les infractions d’escroquerie en bande organisée (délit faisant encourir 10 ans d’emprisonnement et 1 million d’euros d’amende), de fourniture habituelle de services d’investissement à des tiers par personne morale non agréée (délit faisant encourir la peine de 1,875 million d’euros d’amende), de démarchage bancaire ou financier par une personne non habilitée (délit faisant encourir la peine de 5 ans et 375 000 euros), de blanchiment en bande organisée (délit faisant encourir la peine de 10 ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende), de participation à une association de malfaiteurs (délit faisant encourir la peine de 10 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende) et d’administration d’une plateforme en ligne pour permettre une transaction illicite en bande organisée (délit faisant encourir la peine de 10 ans d’emprisonnement et 1 million d’euros d’amende). »

Les perquisitions ont permis de saisir 800 000 euros sur des comptes bancaires, 415 000 euros en cryptoactifs, 300 000 euros en espèces ainsi que des montres de luxe pour une valeur de plus de 100 000 euros. Plusieurs biens immobiliers appartenant aux mis en cause sont également en cours d’estimation.

Projet utopique porté à ses débuts par des idéaux de décentralisation et de transparence, la cryptomonnaie menace-t-elle le concept même de lutte contre l’argent sale et la criminalité ? C’est ce qui ressort de « The Coin Laundry » (« la blanchisseuse de cryptos »), une enquête internationale menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) avec 37 médias partenaires, dont Le Monde.

En cause : les défaillances des « exchanges », ces comptoirs physiques et numériques qui relient le monde des cryptos et le système financier classique, en permettant d’échanger des actifs numériques contre du cash, et vice-versa.

Le problème posé par la cryptomonnaie repose sur un paradoxe. D’un côté, il n’existe aucun système aussi transparent, puisqu’il impose que l’ensemble des transactions soient répertoriées publiquement sur la blockchain. De l’autre, il est extrêmement opaque, car les titulaires des « wallets » (« portefeuilles », l’équivalent des numéros de comptes bancaires) peuvent rester anonymes tant que les fonds restent au sein de cet écosystème. C’est pourquoi l’identification des utilisateurs repose exclusivement sur ces exchanges, censés agir comme des sentinelles lorsque l’argent entre ou sort.

Mais là où, dans le système financier classique, les banques sont sommées de vérifier l’identité de leurs clients et de surveiller les flux financiers suspects, de nombreux exchanges offrent leurs services à des clients sans effectuer la moindre vérification – en profitant des lacunes de la loi dans certains pays, ou en la violant allègrement dans d’autres.

Le problème posé par la cryptomonnaie repose sur un paradoxe. D’un côté, il n’existe aucun système aussi transparent, puisqu’il impose que l’ensemble des transactions soient répertoriées publiquement sur la blockchain. De l’autre, il est extrêmement opaque, car les titulaires des « wallets » (« portefeuilles », l’équivalent des numéros de comptes bancaires) peuvent rester anonymes tant que les fonds restent au sein de cet écosystème. C’est pourquoi l’identification des utilisateurs repose exclusivement sur ces exchanges, censés agir comme des sentinelles lorsque l’argent entre ou sort.

Mais là où, dans le système financier classique, les banques sont sommées de vérifier l’identité de leurs clients et de surveiller les flux financiers suspects, de nombreux exchanges offrent leurs services à des clients sans effectuer la moindre vérification – en profitant des lacunes de la loi dans certains pays, ou en la violant allègrement dans d’autres.

La reproduction totale ou partielle d’un article, sans l’autorisation écrite et préalable du JVFE , est strictement interdite

One thought on “Le blanchiment d’argent : les failles béantes des plateformes et comptoirs d’échange de cryptomonnaies

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *