DAKAR, 26 NOVEMBRE 2025(JVFE)-Emmanuel Macron a sifflé la fin de la récréation à quelques jours de la conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne (ESA), qui se tient mercredi et jeudi en Allemagne (Brême) et qui décidera du niveau des ambitions de l’Europe en matière spatiale. Le président a souhaité que la France tienne son rang de leader européen dans le spatial. Selon nos informations, il semblerait à peu près acquis que la contribution française, qui va alimenter le budget de l’ESA sur la période 2026-2028, devrait s’élever entre 3,5 et 3,6 milliards d’euros. Une somme jugée maximale par l’État mais considérée comme un minimum par l’industrie spatiale française, qui demande une contribution de 4,5 milliards. Cet effort dans la dernière ligne droite portera notamment sur l’exploration spatiale, selon les vœux d’Emmanuel Macron.
Réunis à Brême (Allemagne) les 26 et 27 novembre, les ministres chargés de l’espace des 23 États membres de l’agence spatiale européenne (ESA) vont fixer les priorités spatiales et leurs niveaux de financement jusqu’en 2028 (environ 22 milliards). La France va financer les programmes de l’ESA à hauteur de 3,6 milliards d’euros. Loin derrière l’Allemagne.
Il n’est pas non plus impossible que Paris puisse mettre un peu plus d’argent à Brême grâce à certaines marges de manœuvre existantes. Ainsi, le ministère de l’Espace pourrait avoir l’autorisation de s’engager sur une contribution d’un peu plus de quatre milliards d’euros en utilisant les reliquats financiers de la France non dépensés par l’ESA. « Ce n’est pas non plus certain. Tout dépendra de la dose de confiance et d’hypothèses sur les années 2027 et 2028 pour s’engager sur une trajectoire plus ambitieuse », estime une source proche du dossier. Une ambition qui reste toutefois très éloignée de celle de l’Allemagne, qui poursuit massivement son réarmement dans le spatial.
Pendant longtemps jusqu’à cet automne, les négociations entre les différents ministères (Espace, Bercy et Armées) et les industriels ont porté sur une contribution évaluée entre 2,7 milliards – un montant défendu par le CNES pour préserver une ambition nationale – et 3,3 milliards d’euros. Puis les lignes ont commencé à bouger en octobre à la suite d’une grosse campagne des grands industriels. Il était alors question d’une contribution atteignant 3,4/3,5 milliards d’euros, dont 1,8 milliard vers la filière lanceur, tout en continuant à financer les programmes déjà lancés par l’ESA (2,3 milliards d’euros, lanceur compris).
Enfin, le ministère des Armées, qui a renoncé dans la loi de programmation militaire au troisième satellite de télécoms Syracuse 4C au profit du programme IRIS², devrait quant à lui également apporter une aide modeste à la constellation européenne dans le cadre d’un soutien de l’ESA. Mais, poussés par l’ambition spatiale de l’Élysée, les ministères ont consenti à augmenter la contribution française qui devrait finalement atteindre au moins 3,5/3,6 milliards d’euros. Tant bien mal, la France s’est mise en ordre de bataille pour une conférence ministérielle
Pour autant, la contribution française ne sera pas à la hauteur de celle de l’Allemagne. Berlin souhaite investir lors de la prochaine conférence ministérielle de l’ESA au moins cinq milliards d’euros. Quant à l’Italie, elle pourrait mettre au moins quatre milliards d’euros grâce au plan de relance de juillet 2020 de la Commission européenne pour atténuer les effets du Covid. Rome mise beaucoup sur le spatial. Enfin, la contribution de la Grande-Bretagne pourrait atteindre autour de 2,5 milliards d’euros au maximum. Mais jusqu’au dernier moment, tous les coups de bluff sont possibles…
A Brême jeudi à l’heure du bilan de la conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne (ESA), la France pourrait avoir une migraine affreuse. En cause, une équation insoluble pour le ministre en charge de l’Espace, Philippe Baptiste : comment positiver une hausse de 400 millions d’euros de la contribution française à l’ESA (de 3,2 milliards d’euros entre 2023-2025 à 3,6 milliards entre 2026-2028, comme l’a révélé La Tribune) alors que dans le même temps l’Allemagne va tout écraser en mettant sur la table 5 milliards d’euros et que l’Italie (4 milliards) pourrait chiper la deuxième place occupée depuis deux conférences ministérielles (Séville en 2019 et Paris en 2022) par la France.
Il semble loin le temps où la France était la nation leader sans rival dans le spatial en Europe. « On va probablement investir moins que les Allemands. C’est vrai », confirme-t-on dans l’entourage du ministre. La France assume aujourd’hui ce positionnement tout en expliquant qu’elle finance de très nombreux projets dans le cadre national à travers le CNES, à l’inverse de l’Allemagne. A Brême, elle va à nouveau défendre avec un certain panache une réforme du retour géographique et le concept de « préférence européenne » pour le spatial.
S’agissant de la préférence européenne, ce sera l’un des enjeux de ce sommet spatial pour la France. Un enjeu qui est loin d’être gagné. Car l’Allemagne dans les couches profondes de son administration et de son industrie, est travaillée voire tiraillée par son tropisme transatlantique. Berlin hésite à se lancer dans un concept plutôt favorable à la France, dont l’industrie spatiale est beaucoup plus mature que la sienne en raison des investissements français continus depuis les années 1960.
Comme très souvent les conférences ministérielles sont le lieu de parties de poker où certains pays cachent la copie jusqu’au dernier moment pour mieux surprendre ses rivaux mais néanmoins partenaires. La France a-t-elle à Brême des marges de manoeuvres financières pour rester agile face à d’éventuelles chausse-trappes lors des ultimes négociations (mercredi et jeudi) qui vont se dérouler dans le huis-clos de Brême ? Elle pourrait être amenée à utiliser des reliquats financiers que l’ESA n’a pas encore dépensé dans des programmes en cours.
Mais elle le fera avec prudence. « La limite de l’exercice en jouant sur la trésorerie, c’est qu’elle n’est pas à l’abri d’une accélération des programmes de l’ESA. De toute façon, il faudra qu’elle paie au final quoi qu’il arrive », explique-t-on à La Tribune. Très clairement, Philippe Baptiste ne prendra pas de risques qui pourraient mettre en danger financièrement la France à un moment ou à un autre.
1,7 milliard pour les lanceurs
Forte de cette contribution de 3,6 milliards d’euros, la France a donc fait ses choix. Et elle a une nouvelle fois décidé de financer très massivement l’accès à l’espace en y investissant près de la moitié de son apport. Soit environ 1,7 milliard d’euros sur Ariane 6, le Centre spatial guyanais (CSG) et les futurs lanceurs européens, sélectionnés par l’ESA (European Launcher Challenge). « Pas de lanceur, pas d’espace, rappelle-t-on à La Tribune. C’est aussi simple que cela ». Elle va aussi investir 850 millions d’euros dans les programmes de navigation et ceux dédiés à la science (programmes obligatoires).
Par ailleurs, elle misera plus modestement sur les programmes d’observation de la Terre en finançant à hauteur de 520 millions d’euros, notamment en lorgnant les instruments de deux futurs satellites Copernicus. Elle se paiera également « un petit ticket » dans le programme ERS (European Resilience from Space), pour surveiller ce qui s’y passe. Ce projet pourrait être le prélude à un programme de grande ampleur : une constellation d’observation de la Terre lancée par la Commission européenne.
Dans le domaine des télécoms, la France investira peu en attendant la constellation IRIS², un projet en principe défendu par Bruxelles. Elle a prévu de financer à hauteur d’environ 240 millions d’euros ainsi qu’une centaine de millions d’euros sur la sécurité de l’espace et les technologies critiques. Enfin, la France a réservé en transversal environ 400 millions d’euros au total pour le NewSpace dans tous les programmes qu’elle souhaite financer au sein de l’ESA.

