Usa : les tueries de masse à leur plus bas en 20 ans

DAKAR, 17 DECEMBRE 2025(JVFE)-Si les États-Unis restent le pays où les tueries de masse se produisent le plus fréquemment dans le monde occidental, leur nombre y est maintenant à son plus bas en deux décennies.

« Les tueries de masse ont chuté de plus de 50 % au cours des deux dernières années, c’est plus qu’une petite baisse », commente James Alan Fox, criminologue et professeur à l’Université Northeastern, à Boston. Il s’occupe de la base de données de l’université sur les tueries de masse, maintenue en collaboration avec Associated Press et USA Today, depuis son lancement en 2006.

Jusqu’ici cette année, on a recensé aux États-Unis 17 tueries de masse, soit des attaques dans lesquelles au moins quatre personnes ont été tuées – sans compter le meurtrier – au cours d’un évènement, sur une période de 24 heures. L’an dernier, leur nombre s’élevait à 38.

Ces chiffres incluent les meurtres intrafamiliaux. Si on tient compte seulement des tueries dans des lieux publics, commises par arme à feu ou autrement, le chiffre passe à sept cette année.

Critères

Compte tenu des critères, des attaques violentes échappent à cette base de données. C’est le cas notamment de celle survenue à l’Université Brown samedi, dans laquelle deux personnes ont été tuées et neuf autres blessées. Et de la fusillade dans une église du Minnesota en août, au cours de laquelle une vingtaine de personnes – majoritairement des enfants – ont été blessées et que deux élèves de 8 et 10 ans sont morts.

« Il n’existe pas vraiment de définition parfaite, dit Adam Lankford, spécialiste des fusillades de masse de l’Université de l’Alabama. Dans le cas d’un tireur actif, le FBI tient compte de l’intention, mais c’est aussi imparfait parce qu’on ne peut pas toujours le savoir. »

Le nombre de fusillades de masse a aussi diminué aux États-Unis, étant à son plus bas depuis 2018, selon la Gun Violence Archive. Il est passé de 503 en 2024 à 393 jusqu’à maintenant en 2025.

« La baisse du nombre de tueries de masse, particulièrement si on regarde les six premiers mois de l’année, concorde avec les autres données ; on voit une baisse dans la première moitié de 2025 des crimes violents, note M. Lankford. C’est difficile de savoir exactement pourquoi, compte tenu du nombre de variables. »

Réponse et prévention

L’expérience des tueries de masse permet une meilleure prise en charge des victimes et des menaces, précise M. Lankford. « On a une meilleure compréhension de la meilleure façon de répondre rapidement à ces tragédies, explique-t-il. Par exemple, je sais que certains corps policiers sont formés pour mettre les victimes par balle dans leur voiture et les conduire rapidement vers un centre de traumatologie. Parce qu’on évalue que les chances de survie sont meilleures qu’en attendant une ambulance. »

« Un élément positif, d’après mes propres recherches, c’est qu’on observe une augmentation des menaces dans les écoles, mais aussi une diminution significative des fusillades, dit Eric Madfis, de l’Université de Washington à Tacoma. Je pense que c’est en partie attribuable à l’utilisation accrue des outils d’évaluation des menaces en milieu scolaire, de plus en plus obligatoires. »

Onze États, dont le Texas et la

Raisons derrière la baisse

Difficile d’isoler des facteurs pour expliquer la baisse du nombre de tueries de masse, souligne M. Fox, d’autant que chaque État a des lois différentes sur les armes à feu. « En étudiant les dispositions législatives dans 11 États différents, on a constaté qu’il y a des décisions qui ont un impact significatif sur le nombre et la gravité des tueries de masse publiques par arme à feu, dit-il. Les États qui requièrent un permis pour l’achat avec une vérification plus méticuleuse des antécédents en ont significativement moins. Tout comme ceux qui interdisent les chargeurs à grande capacité, avec une limite habituellement fixée à 10 cartouches. »

Il évoque également Isaac Newton : ce qui monte doit redescendre. Après des années de hausse, une baisse n’est pas surprenante à ses yeux.

« Malheureusement, ça veut dire qu’on va probablement voir une nouvelle hausse en 2026, même si je ne le souhaite pas ; le défi est de s’assurer que la hausse n’est pas trop importante », ajoute-t-il.

Les tueries de masse sont-elles guidées par les lois de la nature ? « Nous avons la capacité d’éliminer les fusillades de masse, mais nous ne le ferons pas, répond M. Fox. On pourrait confisquer toutes les armes. Arrêter tous ceux qui nous font peur, ceux qui publient des horreurs sur l’internet et répandent la haine. On pourrait légiférer et interdire tous les jeux vidéo violents et tout ce qui est considéré comme un problème. Mais nous ne le ferons pas. Parce que nous chérissons nos libertés individuelles et, malheureusement, ces crimes sont l’un des prix à payer pour ces libertés. »Floride, obligent les écoles à avoir une équipe pour les programmes d’évaluation des menaces, notamment pour tenter de prévenir les fusillades en milieu scolaire.

Débat sur le port d’arme

Dimanche, un homme a été arrêté, avant d’être relâché faute d’éléments l’incriminant.

En fin de journée mardi, Brown a publié un communiqué dénonçant des accusations portées sur les réseaux sociaux contre l’un de ses étudiants.  

« Si le nom de cette personne avait la moindre pertinence pour l’enquête en cours, (les forces de l’ordre) chercheraient activement cette personne et communiqueraient des informations publiquement », a insisté l’université.

Cette tuerie alimente le débat récurrent sur le port d’arme, garanti par la Constitution et auquel de nombreux Américains restent très attachés.

Avec plus d’armes à feu en circulation que d’habitants, les États-Unis affichent le taux de mortalité par ce biais le plus élevé de tous les pays développés.

En 2024, plus de 16 000 personnes, sans compter les suicides, ont été tuées par arme à feu, selon le site Gun Violence Archive.

La fusillade la plus meurtrière en milieu scolaire de l’histoire du pays a eu lieu en avril 2007 : un étudiant avait abattu 32 personnes sur le campus de l’université Virginia Tech avant de se suicider.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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