Dakar, 29 décembre 2025 (JVFE)-Dans une enquête de 170 pages publiée ce 11 décembre, l’ONG Amnesty International établit, pour la première fois, que les attaques du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas, relèvent non seulement de « crimes de guerre » mais aussi de « crimes contre l’humanité ».
le Hamas accusé pour la première fois de « crimes contre l’humanité » par Amnesty International
Plus de deux ans après les événements du 7 octobre 2023, l’ONG Amnesty International diffuse une enquête de grande ampleur qui met en cause le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens. Alors qu’elle dénonçait encore début décembre ce qu’elle qualifiait de « génocide » commis par Israël dans la bande de Gaza, l’ONG détaille désormais les exactions imputées par le Hamas. Elle estime que ces actes relèvent du Statut de Rome de la Cour pénale internationale et doivent donc faire l’objet de poursuites : « Les nombreuses violations du droit international humanitaire et des droits humains commises par ces groupes armés constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Les responsables doivent être jugés », écrit-elle.
Selon l’enquête, les attaques du 7 octobre 2023 ont causé la mort d’environ 1 200 personnes, dont plus de 800 civils, parmi lesquels au moins 36 enfants. Près de 4 000 personnes ont été blessées et 251 ont été prises en otage. Pour Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer Armes et Conflits à Amnesty, ce rapport constitue « un tournant » : si des violences avaient déjà été documentées, c’est la première fois que l’ONG qualifie ces actes de crimes contre l’humanité, en raison de leur caractère « généralisé et systématique » contre les civils. L’organisation souligne également que le Hamas et d’autres groupes armés ont poursuivi leurs violations après le 7 octobre, notamment en détenant et maltraitant des otages ou en conservant des corps. Le rapport indique enfin que la prise d’otages faisait partie d’un plan clairement élaboré par les dirigeants de ces groupes.
L’enquête se fonde sur soixante-dix témoignages directs, dont dix-sept survivants ainsi que sur l’analyse de centaines de vidéos, photographies et données numériques Les récits recueillis décrivent des scènes d’une violence extrême, avec « des routes couvertes de corps, certains décapités ou mutilés », rapporte Aymeric Elluin.
Selon lui, les groupes armés palestiniens ont « délibérément pris pour cible la population civile », contredisant les déclarations du Hamas selon lesquelles ils visaient uniquement des objectifs militaires. L’attaque du festival Nova n’aurait pas été planifiée comme cible initiale, mais les assaillants auraient agi « de manière opportuniste » en visant massivement les participants. On parle d’une véritable chasse à l’homme », décrit Aymeric Elluin, évoquant des assaillants coordonnés par des cartes et des communications par radio.
Amnesty International souligne les difficultés d’accès aux témoins, aux lieux et aux données, tant en Israël qu’à distance. L’organisation indique avoir sollicité des réponses du Hamas comme des autorités israéliennes, en vain.
Les violences sexuelles, notamment, ont été difficiles à documenter. « Certaines victimes n’ont pas souhaité témoigner. Nous savons qu’il y en a eues, et nous les intégrons parmi les crimes contre l’humanité. Mais beaucoup refusent de revivre ces événements », explique le membre de l’organisation. Il estime que ces limites rendent le rapport d’autant plus important : « Nous recueillons ces informations pour obtenir justice, et ce que nous n’avons pas pu établir, nous l’expliquons dans le rapport. » Pour les violences sexuelles commises le 7 octobre, l’ONG a précisé qu’elle n’avait pu interroger qu’une seule personne parmi les survivants, et n’était par conséquent pas en mesure de déterminer leur ampleur ou étendue.
Amnesty International appelle la Cour pénale internationale (CPI) à intensifier ses investigations : « La justice doit être la même pour toutes les victimes », plaide l’ONG, qui rappelle que la CPI a déjà émis plusieurs mandats d’arrêt dans le cadre du conflit, certains concernant Ismaïl Haniyeh, alors chef du Hamas, Mohammed Deif, alors chef des Brigades Al-Qassam, et Yahya Sinouar, alors chef du Hamas à Gaza et largement considéré comme le cerveau des massacres du 7 octobre., tués depuis dans des opérations israéliennes.
Pour l’organisation, la nécessité d’une justice impartiale s’impose des deux côtés. « Il faut désigner les responsables pour empêcher que ces crimes se reproduisent », insiste Aymeric Elluin.
La publication intervient alors que le droit international humanitaire connaît, selon l’ONG, un recul préoccupant à l’échelle mondiale. Elle a aussi valeur de clarification, Amnesty International, qui avait qualifié de « génocide » la campagne militaire israélienne à Gaza, réaffirme par ce rapport qu’elle s’attache d’abord à documenter les violations du droit, quelle qu’en soit l’origine.
Un document interne rédigé par le renseignement du Hamas a joué un rôle déterminant dans la décision de lancer l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël. Ce texte, récemment mis au jour et publié par le Centre Meir Amit d’information sur le renseignement et le terrorisme, éclaire la logique stratégique qui a conduit les chefs terroristes Yahya Sinwar et Mohammed Deif à planifier l’un des massacres les plus meurtriers de l’histoire d’Israël.
Rédigée moins d’un mois avant l’attaque et découverte lors d’une manœuvre de Tsahal dans la bande de Gaza pendant la guerre « Épée de fer », l’analyse estime qu’Israël ne cherchait plus à renverser le Hamas. Selon les auteurs, l’État hébreu aurait progressivement abandonné une stratégie de frappes préventives décisives au profit de cycles de confrontations limitées, visant surtout à gérer le conflit et à maintenir une dissuasion fragile.
Le document revient notamment sur l’opération « Plomb durci » (2008-2009), considérée comme un échec stratégique israélien, puis sur l’opération « Gardien des murailles » de 2021, que le Hamas qualifie de « victoire psychologique ». Les rédacteurs soulignent la capacité du mouvement terroriste à lier Gaza, Jérusalem et la Judée-Samarie afin de provoquer une mobilisation arabe élargie.
Point central du texte : Israël redouterait une guerre multi-fronts et chercherait à éviter une confrontation simultanée avec le Hamas et le Hezbollah. Cette perception conduit à une recommandation explicite aux dirigeants terroristes : préparer une attaque initiale « inattendue », destinée à briser les schémas habituels et à plonger la direction israélienne dans l’incertitude.
Présenté aux chefs de la branche militaire du Hamas, ce document a servi de base intellectuelle et opérationnelle au massacre du 7 octobre, confirmant le caractère prémédité, stratégique et idéologique de cette attaque terroriste.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
