Manifestations en Iran: des slogans hostiles au pouvoir, malgré les craintes grandissantes de répression brutale dans le pays coupé du monde par un blocage de l’internet.

DAKAR, 11 janvier 2026(JVFE)– Des Iraniens ont défilé samedi soir à Téhéran et scandé des slogans hostiles au pouvoir, malgré les craintes grandissantes de répression brutale dans le pays coupé du monde par un blocage de l’internet.

Des ONG ont signalé des dizaines de morts depuis le début du mouvement il y a deux semaines, alors que la République islamique fait face à une mobilisation inédite depuis trois ans et l’un de ses plus grands défis depuis sa proclamation en 1979.

Selon une vidéo authentifiée par l’AFP, une manifestation a débuté tard samedi soir dans un quartier du nord de Téhéran.  

Des feux d’artifice ont été tirés au-dessus de la place Punak tandis que des manifestants tapaient sur des casseroles et scandaient des slogans en soutien à la dynastie Pahlavi, chassée par le Révolution islamique en 1979.

Des vidéos partagées sur les réseaux sociaux, que l’AFP n’a pas pu vérifier dans l’immédiat, montraient des manifestations dans d’autres quartiers de la capitale, où des protestataires scandaient des slogans hostiles au gouvernement.

Donald Trump a affirmé samedi que l’Iran « aspirait à la liberté » et que les États-Unis « se tenaient prêts à aider », sur sa plateforme Truth Social. Il avait plus tôt menacé de « frapper très fort » le pays en cas de vague de répression meurtrière.  

Un manifestant tient une photo de Reza Pahlavi, fils de l’ancien shah d’Iran, lors d’une manifestation à Téhéran, le 9 janvier 2026.

La police iranienne a annoncé dimanche avoir procédé à des arrestations de figures clés du mouvement de protestation qui secoue le pays depuis deux semaines.

Malgré la coupure quasi totale d’internet et une répression dénoncée par de nombreuses ONG, de nouvelles manifestations ont éclaté samedi soir en Iran. À Téhéran, des habitants sont descendus dans la rue dans un climat de défi ouvert au pouvoir, alors que la crise intérieure iranienne commence à susciter de vives inquiétudes au-delà de ses frontières, notamment en Israël.

Dans une vidéo authentifiée par l’AFP, des feux d’artifice illuminent la place Punak, dans le nord de la capitale iranienne. Des manifestants y frappent des casseroles et scandent des slogans hostiles au régime, certains exprimant leur soutien à la dynastie Pahlavi,

Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, la réponse des autorités iraniennes à ce mouvement de protestation s’est traduite par un lourd bilan humain. L’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA) fait état de 116 morts depuis le 28 décembre, parmi lesquels une majorité de civils, mais aussi des membres des forces de sécurité et de l’armée.

Des sources médicales citées par la BBC décrivent l’arrivée massive de blessés dans plusieurs hôpitaux du pays, le plus souvent des jeunes âgés de 20 à 25 ans. Les soignants évoquent des blessures par balle, parfois directement à la tête ou au cœur.

Dans le nord-ouest du pays, le service persan de BBC World rapporte que 70 corps auraient été acheminés vendredi soir à l’hôpital Poursina de Racht. La morgue étant saturée, les autorités demanderaient jusqu’à 6.000 euros aux familles pour restituer les dépouilles en vue des funérailles.

Malgré le verrouillage de l’information, des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des affrontements se poursuivant jusqu’au petit matin dimanche à Téhéran et à Machhad. La BBC souligne toutefois l’impossibilité de recouper de manière indépendante ces informations, la République islamique étant quasiment fermée aux médias étrangers.

Le mouvement, initialement déclenché par la hausse du coût de la vie, a rapidement pris une dimension politique. Les slogans visent désormais directement le régime, accusé par une partie de la population de sacrifier l’économie nationale à ses engagements régionaux, notamment son soutien au Hamas à Gaza et au Hezbollah au Liban.

La contestation iranienne a rapidement trouvé un écho bien au-delà des frontières du pays.

Des manifestations de soutien ont été organisées dans plusieurs grandes villes à travers le monde, portées par la diaspora iranienne. En Allemagne, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à Berlin et à Francfort. À Londres, un rassemblement a également eu lieu devant l’ambassade d’Iran, où un manifestant a brièvement retiré le drapeau officiel du bâtiment, une image largement diffusée sur les réseaux sociaux.

Des mobilisations ont aussi été signalées en Belgique, en France, ainsi qu’en Amérique du Nord et en Australie, où des Iraniens en exil appellent la communauté internationale à condamner la répression et à soutenir les manifestants.

À Londres, lors d’un rassemblement de plusieurs centaines de personnes, un manifestant est brièvement monté sur le balcon de l’ambassade d’Iran pour remplacer le drapeau de la République islamique par un drapeau orné d’un lion, d’un soleil et d’une couronne, symbole de l’ancienne monarchie iranienne. 

C’est dans ce contexte de fortes tensions internes que la situation iranienne inquiète désormais Israël. Selon plusieurs sources sécuritaires israéliennes, l’État hébreu a été placé en état d’alerte maximale face à la possibilité d’une intervention américaine en Iran.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait évoqué cette hypothèse lors d’un échange téléphonique avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Un responsable américain a confirmé la tenue de cet entretien sans en préciser les détails.

De son côté, le président américain Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises que les États-Unis étaient prêts à intervenir pour défendre les manifestants iraniens en cas de répression violente.
Entre colère populaire et tensions géopolitiques, la crise iranienne dépasse désormais le cadre intérieur. Elle s’inscrit dans un jeu régional aux équilibres fragiles, où chaque évolution à Téhéran est scrutée de près à Tel-Aviv comme à Washington.

Selon le New York Times, le président américain a été informé ces derniers jours sur les options à sa disposition concernant de possibles frappes, y compris visant des cibles civiles.

Le quotidien, qui cite des sources anonymes, souligne qu’il n’a pas pris de décision finale mais « envisage sérieusement » une nouvelle intervention, après avoir bombardé trois importants sites nucléaires iraniens en juin.

Peu d’informations filtrent de la situation sur le terrain, les Iraniens étant privés de l’internet depuis jeudi à la suite d’une décision des autorités, selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.  

Ce blocage vise « à dissimuler les violences infligées lors de la répression », ont mis en garde les cinéastes iraniens dissidents Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof.

« C’est le prix à payer pour la victoire du peuple », a déclaré samedi un habitant de Téhéran.

Depuis le début le 28 décembre de la contestation, initialement liée au coût de la vie, au moins 51 manifestants, dont neuf enfants, ont été tués et des centaines d’autres blessés, a dénombré vendredi l’organisation Iran Human Rights, basée en Norvège.

Elle a diffusé des images montrant, selon elle, des cadavres de manifestants empilés dans un hôpital de Téhéran.

Après une forte mobilisation jeudi, de nouveaux rassemblements avaient secoué Téhéran et d’autres grandes villes dans la nuit de vendredi à samedi, selon des images vérifiées par l’AFP, diffusées sur les réseaux sociaux via des moyens satellitaires.

Dans le quartier de Saadatabad à Téhéran, des Iraniens avaient scandé des slogans anti-gouvernementaux, notamment « Mort à Khamenei », du nom du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.  

L’ancien prince héritier Reza Pahlavi, figure de l’opposition iranienne en exil aux États-Unis, a appelé samedi les Iraniens à « se préparer à prendre » les centres-villes.  

Rues désertes et plongées dans l’obscurité, un journaliste de l’AFP avait décrit jeudi et vendredi une capitale inhabituellement peu animée, avant le début des manifestations en soirée. Il a aussi vu des vitrines de magasins brisées et des forces de sécurité se déployer.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a fustigé des « vandales » et « saboteurs » à la botte de Donald Trump.

L’armée iranienne a de son côté assuré qu’elle protégerait « les intérêts nationaux » contre un « ennemi cherchant à perturber l’ordre et la paix ».  

La télévision d’État a diffusé samedi des images des funérailles à Chiraz (sud) de membres des forces de sécurité tués lors des manifestations. Elle a également montré des images de bâtiments en feu, y compris des mosquées.

De nombreuses capitales occidentales ont condamné l’usage de la force contre les manifestants. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exprimé le plein soutien de l’Europe aux « femmes et hommes iraniens qui réclament la liberté », dénonçant la « répression violente ».

À Londres, le drapeau de la République islamique a brièvement été remplacé par celui, orné d’un lion et d’un soleil, de l’ancien régime monarchique au fronton de l’ambassade iranienne par un manifestant, lors d’un rassemblement de plusieurs centaines de personnes.

Le pouvoir iranien n’avait pas été confronté à une telle contestation depuis celle provoquée par la mort en détention en 2022 de Mahsa Amini, une jeune Kurde arrêtée pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin.

Cette mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l’ONU.  

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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