DAKAR, 27 janvier 2026(JVFE)-Le coup d’envoi des assises militaires a été lancé hier au Centre de Conférence International à Ivato. Ces assises devraient durer tout au long du mois de février. Elles interviennent dans un contexte de défis sécuritaires, institutionnels et sociaux majeurs.
l’heure de la refondation a aussi sonné pour la Grande muette, longtemps accusée d’être à la solde des régimes successifs « autoritaires », une force de répression et derrière les « coups d’Etats » qui ont secoué l’histoire de la République de Madagascar. Cette réforme en profondeur est à l’ordre du jour des Assises militaires lancées officiellement, hier au CCI Ivato, sous la houlette du président de la Refondation, le Colonel Michaël Randrianirina.
L’histoire de Madagascar depuis son indépendance en 1960 est marquée par des crises cycliques où contestations populaires et interventions militaires forcent les changements de régime. Les moments clés incluent la chute de Tsiranana en 1972, l’éviction de Ratsiraka en 1991 et 2002, le putsch de Rajoelina en 2009, et le récent coup d’État militaire de 2025.
- 1972 (La “République du 13 mai”) : Une révolte étudiante et populaire à Antananarivo, réprimée dans le sang, contraint le premier président Philibert Tsiranana à remettre le pouvoir à l’armée, mettant fin à la Première République.
- 1991-1992 : Des manifestations massives (« grève générale ») contre le président Didier Ratsiraka, au pouvoir depuis 1975, entraînent sa chute et l’avènement de la Troisième République avec Albert Zafy.
- 2001-2002 (Crise post-électorale) : Une élection contestée entre Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana plonge l’île dans des mois d’affrontements, se terminant par la fuite de Ratsiraka et l’investiture de Ravalomanana.
- 2009 (Le “coup d’État” de Rajoelina) : Après des semaines de manifestations violentes, Andry Rajoelina, maire d’Antananarivo, avec le soutien de l’armée (CAPSAT), renverse le président Marc Ravalomanana, accusé d’autoritarisme. Rajoelina prend la tête d’une Haute Autorité de Transition.
- 2025 (Coup d’État militaire) : À la suite de mouvements de jeunesse et de manifestations contre les coupures d’électricité/eau, l’armée s’empare du pouvoir le 15 octobre 2025, forçant le président Andry Rajoelina (réélu précédemment) à la fuite. Le colonel Michaël Randrianirina est nommé pour diriger la transition, marquant un retour au régime militaire.
Il est temps pour l’Armée de changer son fusil d’épaule et de redorer ses treillis. Autant dire qu’au fil des décennies, elle est devenue un instrument et une force politiques pour les différents régimes qui se sont succédés. La politisation de l’armée et militarisation de la politique font que les Forces de l’ordre n’ont pas toujours une bonne image auprès des populations. Mais cette refondation ouvre une nouvelle page dans l’histoire des Forces armées malgaches.
Dans son discours d’ouverture, le Colonel Michaël Randrianirina a tenu à rappeler avec insistance que «l’Armée est au service de la population et non de l’Etat».
Le président de la Refondation, a mis l’accent sur la mission fondamentale des Forces armées qui est de protéger la population et garantir l’Etat de droit, tout en demeurant une institution proche des citoyens, respectueuse des lois et œuvrant pour l’intérêt général.
Selon ses dires, les assises militaires visent à examiner des réformes stratégiques destinées à améliorer l’organisation, les compétences et le mode de fonctionnement de l’armée, en adéquation avec les besoins du pays et les défis sécuritaires, sociaux et politiques actuels. Ces réformes portent notamment sur le renforcement de la discipline, la révision de la doctrine militaire et la dotation en équipements adaptés aux forces de défense.
Le ministre de la Défense nationale, Maminirina Razafitombo, a pour sa part, réaffirmé que la défense nationale et le renforcement des capacités opérationnelles des Forces armées, constituent une priorité absolue. Il a également insisté sur le lien indissociable entre sécurité et développement, soulignant, la nécessité de se doter d’une armée modernisée, pour permettre au pays de progresser durablement.
Enfin, il a été rappelé que ces assises militaires constituent un cadre de réflexion visant à consolider la stabilité sociale et politique, à travers le respect de la loi et des responsabilités dévolues aux Forces armées au sein de la société. Les travaux se poursuivront durant plusieurs jours et porteront sur divers dossiers relatifs au secteur militaire et à la défense nationale, avec une attention particulière accordée aux besoins et attentes de la population. Parmi les personnalités présentes à cette ouverture officielle des Assises militaires, le Général de corps d’armée Pikulas Démosthène, Chef d’État-major des Armées, ainsi que le ministre de la Défense nationale, Maminirina Razafitombo
Dans son discours d’ouverture, le colonel Michaël Randrianirina, a déclaré que l’armée doit s’engager dans une modernisation et une refondation en profondeur. Une démarche pensée pour répondre à l’évolution du monde et aux attentes de la Nation. La refondation ne remet pas en cause l’institution, elle vise à corriger les dysfonctionnements existants et à renforcer l’efficacité opérationnelle de l’armée, a-t-il affirmé.
« Les valeurs, la discipline et le respect des règles sont les piliers de la force d’une institution. Aucun changement ne doit fragiliser ce qui fait la solidité de l’Armée malagasy », a lancé Michaël Randrianirina.
Le nouvel homme fort du pays soutient que la réussite de toute refondation dépend aussi de l’amélioration des conditions de vie des militaires et de leur adhésion aux orientations définies pour l’avenir. Les autorités travaillent à l’amélioration des conditions de vie et de travail des militaires, d’après Michaël Randrianirina. Il a par ailleurs confirmé le renforcement du génie militaire, notamment par le recrutement et la mise en place de structures adaptées. L’objectif est de mieux répondre aux besoins de la population et de soutenir le développement national.
Le colonel Michaël Randrianirina a rappelé que des concertations militaires avaient déjà eu lieu en 2009. Des décisions avaient été prises, mais jamais appliquées. La concertation de 2026 veut rompre avec ces échecs, selon ses dires. Elle vise à clarifier les responsabilités, assurer la continuité des actions et garantir des résultats concrets.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
