RDC : sanctions américaines, ripostes diplomatiques ,le sommet d’Arusha en ligne de mire

DAKAR, 04 MARS 2026(JVFE)La journée du mardi 03 mars 2026 aura été marquée par une séquence diplomatique et sécuritaire dense autour de la crise dans l’est de la République démocratique du Congo. Entre sanctions américaines visant l’armée rwandaise, échanges musclés entre Kinshasa et Kigali et évolution contrastée du rapport de force sur le terrain, le dossier congolais s’impose au centre de l’agenda région.

Le 2 mars 2026, les États-Unis ont sanctionné les Forces de défense rwandaises (RDF) et quatre officiers supérieurs pour leur « soutien opérationnel direct » au M23 dans l’est de la RDC. Cette décision, prise par l’OFAC, accuse Kigali de violer les « Accords de paix de Washington » signés en décembre 2025, notamment suite à la prise d’Uvira par le M23. 

  • Stanislas Gashugi
  • Ruki Karusisi
  • Mubarakh Muganga
  • Vincent Nyakarundi 

Ces mesures interviennent après la signature de l’accord le 4 décembre 2025 sous l’égide de Donald Trump, en présence de Félix Tshisekedi et Paul Kagame, que le Département d’État américain considère comme bafoué.

Les États-Unis ont officiellement placé la Rwanda Defence Force (RDF) sur leur liste des sanctions, ainsi que quatre officiers supérieurs : Stanislas Gashugi, Ruki Karusisi, Mubarakh Muganga et Vincent Nyakarundi. La décision émane du Bureau of Foreign Assets Control (OFAC), organe relevant du Département du Trésor des États-Unis.

Washington accuse ces responsables de « soutien opérationnel direct » au Mouvement du 23 mars (M23) dans l’est de la RDC. Cette annonce intervient près de trois mois après la signature, le 4 décembre 2025 à Washington, des Accords de Washington, sous l’égide de Donald Trump, en présence de Félix Tshisekedi et Paul Kagame.

Selon le département d’État américain, la prise de la ville d’Uvira par des éléments du M23 appuyés par le Rwanda constituerait une « violation manifeste » des engagements conclus.

Le M23 figure déjà sur les listes de sanctions américaines et onusiennes. Les autorités américaines rappellent que le groupe armé est mis en cause pour des exactions graves : exécutions sommaires, violences contre les civils, atteintes aux femmes et aux enfants.

Pour Washington, le soutien logistique et militaire attribué à la RDF a permis au mouvement de consolider son emprise sur des portions du territoire congolais. Les États-Unis affirment être prêts à mobiliser « tous les outils disponibles » afin de contraindre les parties à respecter les engagements pris dans le cadre des Accords de Washington.

Kinshasa applaudit, Kigali contre-attaque

À Kinshasa, le gouvernement congolais a salué des mesures qualifiées de « signal clair en faveur du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » de la RDC. Le ministère de la Communication et Médias évoque une nécessaire cohérence entre les engagements diplomatiques et la réalité des opérations militaires. Les autorités congolaises ont exprimé leur « profonde reconnaissance » à Washington pour son implication dans les efforts de paix.

À Kigali, en revanche, la réaction est tout autre. Le gouvernement rwandais dénonce des sanctions « unilatérales » qui « déforment les faits » et ciblent, selon lui, une seule partie au conflit. Le Rwanda accuse la RDC de violer les accords de cessez-le-feu, évoquant des attaques de drones et la présence présumée de mercenaires étrangers ainsi que des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qualifiées de « milice génocidaire ». Kigali se dit toutefois engagé dans un processus de désengagement conditionné au respect, par Kinshasa, de ses propres obligations.

Sur le terrain, les combats restent intenses. L’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23) a revendiqué des attaques de drones contre l’aéroport international de Kisangani-Bangboka, dans la province de la Tshopo. Quatre appareils ont été neutralisés, sans pertes humaines, mais des dégâts matériels ont été signalés.

Dans le Sud-Kivu, les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les Wazalendo et l’armée burundaise, affirment avoir repris plusieurs localités dans les territoires de Fizi et Mwenga, dont la cité stratégique de Mikenge. Des rebelles auraient été neutralisés, capturés ou contraints à la reddition.

En revanche, au Nord-Kivu, le village de Buhimba, dans le territoire de Walikale, serait repassé sous contrôle de l’AFC/M23, entraînant de nouveaux déplacements de populations civiles.

À Kinshasa, lors de l’ouverture du Forum national des affaires coutumières, le président Félix Tshisekedi a accusé la rébellion soutenue par le Rwanda de chercher à substituer des chefs coutumiers « légitimes » par des figures imposées. Il y voit une tentative d’installer « une logique d’occupation et de prédation » dans les zones sous contrôle rebelle.

Le chef de l’État a insisté sur la défense des chefferies, des lignages et des droits coutumiers comme éléments constitutifs de la souveraineté nationale.

Cette séquence intervient à l’approche du 25e Sommet ordinaire des chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), prévu le 7 mars 2026 à Arusha, en Tanzanie. Placé sous le thème de l’intégration régionale et de l’amélioration des conditions de vie des citoyens, le rendez-vous se tiendra dans un climat de tension diplomatique persistante entre Kinshasa et certains membres du bloc régional.

La RDC reproche régulièrement à l’organisation une posture jugée insuffisamment équilibrée face à la crise sécuritaire dans l’est du pays. Les décisions et déclarations issues d’Arusha seront donc scrutées de près, alors que la pression internationale s’intensifie et que la situation militaire demeure instable.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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