Vision 2050 : la CEDEAO vise une région prospère, pacifique et une intégration complète d’ici 2035, incluant une meilleure résilience agricole et une transition numérique

DAKAR, 04 MARS 2026(JVFE)En marge du Sommet sur l’avenir de la Cedeao, une réunion consultative régionale sur l’avenir du commerce, de l’intégration économique et du développement durable en Afrique de l’Ouest se tient du 3 au 6 mars 2026, à Abidjan-Plateau.

Il s’agit, au cours de ces quatre jours de conclave, de recueillir les points de vue des différents acteurs, y compris ceux du secteur privé et de la société civile, sur l’intégration régionale et la transformation économique.

Ces consultations régionales visent également à consolider et analyser les principales conclusions et recommandations issues des consultations nationales avec les parties prenantes ; à examiner les contraintes transfrontalières et régionales affectant le commerce, l’industrialisation et le développement durable ; à identifier les actions régionales prioritaires et les réformes nécessitant une intervention collective de la Cedeao ; ainsi qu’à valider et affiner les recommandations politiques à soumettre au Sommet du futur.

L’intégration économique de la CEDEAO vise à créer une union économique et monétaire en Afrique de l’Ouest, regroupant 15 pays pour favoriser le commerce, la libre circulation et le développement, sous l’égide de la Vision 2050. Elle se structure autour d’une zone de libre-échange, d’une union douanière et de projets d’infrastructures majeurs, malgré des défis liés aux disparités économiques et politiques. 

La CEDEAO avait publié ses Perspectives Économiques Régionales 2024, soulignant le rôle central des infrastructures de transport et de communication dans l’intégration économique et la Vision 2050.

Le rapport présentait les prévisions de croissance mondiale et régionale pour 2024-2025, avec une économie ouest-africaine toujours dynamique malgré le ralentissement dû à la hausse des prix alimentaires et énergétiques.

La région, dominée économiquement par le Nigeria (62,7 % du PIB), a connu une croissance de 4,4 % en 2021 avant de retomber à 3,6 % en 2023. Les investissements dans les infrastructures de communication ont augmenté de 125 % entre 2018 et 2024, bien que l’accès à Internet demeure limité. Les projets de transport, essentiels pour le commerce intra-régional, devraient contribuer à porter celui-ci de 10 % à 15 % d’ici 2025.

Le rapport conclut que les infrastructures demeurent des leviers stratégiques pour renforcer l’intégration régionale, tout en soulignant les défis liés au financement et au développement des compétences.

Voici les points clés de l’intégration économique de la CEDEAO :

  • Objectifs : Créer un marché commun, harmoniser les politiques, instaurer une monnaie unique (Eco) et assurer la libre circulation des personnes et des biens.
  • Commerce et Économie : La région représente un marché de plus de 700 millions de dollars, le Nigeria jouant un rôle pivot. Le commerce intra-régional est soutenu par des projets d’infrastructures.
  • Institutions : La Commission de la CEDEAO (Abuja) est l’organe principal, appuyé par la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (EBID).
  • Défis : La région fait face à une crise politique (retrait du Mali, Burkina Faso, Niger), des disparités économiques, et des problèmes de mise en œuvre de la libre circulation.
  • Vision 2050 : Vise une région prospère, pacifique et une intégration complète d’ici 2035, incluant une meilleure résilience agricole et une transition numérique. 

Malgré des avancées, l’intégration reste inégale, la zone UEMOA étant plus avancée que l’ensemble de la CEDEAO, notamment en matière monétaire. 

À l’ouverture, le ministre délégué auprès du ministre d’État, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Adama Dosso, a relevé que l’Afrique de l’Ouest doit rattraper son retard.

Pour y parvenir, il a proposé, dans le cadre de ces consultations, l’achèvement du marché commun de la Cedeao ; l’industrialisation par les chaînes de valeur régionales ; la mise en place d’infrastructures intégrées pour renforcer la compétitivité et la résilience ; l’amélioration de la gouvernance économique régionale et de la redevabilité ; ainsi que la mesure exhaustive du commerce afin de mieux orienter l’action publique.

« La Côte d’Ivoire est prête à assumer sa part de leadership avec une approche inclusive et partenariale. Notre économie a démontré sa résilience et son potentiel de transformation. Nous proposons quatre chantiers concrets qui se renforcent mutuellement : fluidifier le commerce et moderniser nos frontières, accélérer la transformation locale, mobiliser la jeunesse, les femmes et la diaspora, et contribuer à la stabilité macroéconomique régionale », a déclaré Adama Dosso.

Selon lui, cette consultation doit s’inscrire dans l’esprit de la vision 2050 et de la note conceptuelle préparatoire, qui invitent à écouter, à comparer, à prioriser et à converger vers des recommandations opérationnelles à soumettre au Sommet sur l’avenir de la Cedeao. L’ambition doit être chiffrée et les engagements partagés.

À cet effet, il a proposé de porter la part du commerce intra-Cedeao d’environ 5,7 % en 2024 à au moins 10 % en 2028, de doubler d’ici 2030 la part des exportations manufacturières dans les exportations totales, et de réduire d’un tiers, en trois ans, le temps moyen de passage aux principaux postes frontaliers de la communauté, grâce à la digitalisation et aux postes juxtaposés.

« Ces objectifs sont à notre portée si nous agissons ensemble, si nous rendons compte et si nous gardons le cap », a-t-il affirmé.

Le président du Système de libéralisation du commerce de la Cedeao (Etls) et ancien président de la Commission de la Cedeao, Mohamed Ibn Chambas, a souligné que les chiffres officiels du commerce intrarégional demeurent inférieurs à 15 %.

« Nos économies restent structurellement dépendantes de l’exportation de matières premières, de l’importation de biens finis, du financement externe et de l’exposition aux devises étrangères. Cela rend notre région vulnérable aux chocs externes sur les prix, aux cycles d’endettement, aux pressions internationales et à la création limitée d’emplois », a-t-il déploré.

À l’en croire, l’intégration économique doit désormais être replacée au coeur du programme de transformation, avec un accent particulier sur l’industrialisation rapide, la création de valeur, le financement agricole, les chaînes d’approvisionnement régionales, la connectivité, la compétitivité numérique et l’emploi des jeunes.

« L’intégration régionale n’est pas seulement une idée, c’est une nécessité pour notre développement collectif. Une Afrique fragmentée ne peut pas s’industrialiser à grande échelle, négocier efficacement dans un système multipolaire ni tirer parti de son expansion démographique comme d’un dividende », a-t-il souligné.

Selon lui, d’ici 2035, la Cedeao doit viser à devenir un marché commun pleinement fonctionnel, caractérisé par un commerce intrarégional significativement accru, un réseau énergétique et de transport interconnecté, une zone macroéconomique coordonnée, une puissance agricole résiliente au climat et un espace économique intégré sur le plan numérique.

Le commissaire aux Affaires économiques et à l’Agriculture de la Commission de la Cedeao, Kalilou Sylla, a, pour sa part, rendu hommage à Mohamed Ibn Chambas, qui a permis à la Cedeao de passer du statut de secrétariat à celui de commission en initiant des réformes majeures. Il a également rappelé l’opposition ferme de la Cedeao aux coups d’État, qu’il considère comme des entraves au développement des États membres.

Actualités et Défis majeurs (2024-2026)

  • Crise de l’Alliance des États du Sahel (AES) : En janvier 2024, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont annoncé leur retrait immédiat de la CEDEAO, dénonçant son inefficacité face au terrorisme et son influence étrangère.
  • Lutte antiterroriste : En mars 2026, les chefs d’état-major de la CEDEAO se sont réunis pour finaliser les contours d’une nouvelle force de 2 000 hommes dédiée spécifiquement à la lutte contre le djihadisme.
  • Intégration économique : L’organisation continue de travailler sur l’auto-certification de l’origine des produits pour faciliter les échanges commerciaux et sur le projet de corridor autoroutier Abidjan-Lagos.
  • Surveillance démocratique : Elle maintient des missions d’observation électorale, comme récemment au Cabo Verde en mars 2026

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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