La guerre en Iran divise les Brics

DAKAR,13 MARS 2026(JVFE)-Les pays des Brics sous la présidence indienne n’ont pas apporté de réponse collective à la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Bien que la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud aient condamné les frappes contre l’Iran, l’Inde a prudemment appelé au dialogue, ce qui souligne les divergences au sein du groupe.

La guerre en Iran met effectivement à rude épreuve la cohésion des BRICS+, révélant des fractures profondes entre ses membres historiques et les nouveaux arrivants. Alors que le bloc aspire à devenir un contre-poids au G7, le conflit actuel (mars 2026) souligne l’absence d’une position stratégique commune.  Nous vous rappelons que lorsque le Brésil présidait les Brics, les membres du groupe, que l’Iran a rejoint le 1er janvier 2024, avaient critiqué les attaques américano-israéliennes contre l’Iran en juin 2025. Mais en décembre 2025, la présidence est passée à l’Inde, et depuis le début de l’opération Fureur épique, au cours des six premiers jours de laquelle plus de 1.230 Iraniens ont été tués, aucune déclaration collective n’a émané des Brics.  Les  trois des cinq membres fondateurs de l’organisation ont fait des déclarations à part condamnant les violations du droit international par les États-Unis et Israël.  Le président de l’Afrique du Sud Cyril Ramaphosa a appelé à un cessez-le-feu immédiat, avertissant que le conflit pourrait s’étendre au-delà du Moyen-Orient: “Nous voulons un cessez-le-feu, nous voulons que cette folie cesse.” Le parti au pouvoir en Afrique du Sud, le Congrès national africain, a critiqué les actions des États-Unis et d’Israël, les qualifiant de “légitime défense préventive fondée sur des hypothèses et des conjectures”.  La guerre en Iran met à l’épreuve l’unité des Brics et oblige les membres du groupe à se poser une question inconfortable: peuvent-ils réellement construire un nouvel ordre mondial sans alignement idéologique? L’offensive américano-israélienne contre l’Iran, membre du groupe depuis 2024, cristallise les tensions internes :  Soutien diplomatique : Lors du sommet de Rio en juillet 2025 sous présidence brésilienne, les BRICS avaient fermement condamné les frappes de juin 2025, les qualifiant de “violation flagrante du droit international”.Inaction actuelle : Depuis le lancement de l’opération Fureur épique fin février 2026 par les États-Unis et Israël, le bloc est critiqué pour son mutisme. Aucune déclaration collective n’a été émise après les premiers jours de l’offensive qui a fait plus de 1 230 morts côté iranien.  Les lignes de fracture

Le groupe est aujourd’hui divisé en trois tendances majeures :

  1. L’axe de soutien à l’Iran : La Russie et la Chine continuent de défendre l’autonomie stratégique de Téhéran face aux pressions occidentales.
  2. L’ambivalence de l’Inde : Actuelle présidente des BRICS (depuis janvier 2026), l’Inde maintient une position pivot. New Delhi a multiplié les signes de rapprochement avec Israël et les États-Unis, évitant toute condamnation directe des frappes tout en appelant prudemment au dialogue.
  3. Les tensions entre nouveaux membres : L’adhésion simultanée de l’Iran, de l’Égypte, de l’Éthiopie, des Émirats arabes unis et de l’Indonésie en 2024 a importé des rivalités régionales au sein du bloc. L’Iran a notamment visé par des drones et missiles les Émirats arabes unis, pourtant co-membre des BRICS, en représailles aux attaques subies.  Cette situation amène de nombreux analystes à s’interroger sur la capacité réelle des BRICS à agir comme une force géopolitique unifiée en temps de crise majeure.   Les États-Unis cherchent à faire en sorte que les autorités sud-africaines quittent les Brics et reviennent à une politique de non-alignement. C’est ce que rapporte le journal sud-africain TimesLIVE citant une déclaration de l’ambassadeur des États-Unis à Pretoria Leo Brent Bozell.  Selon le diplomate, il y a environ un an, Washington a adressé au gouvernement sud-africaine une série de propositions concernant tant la politique intérieure qu’extérieure du pays. Les États-Unis souhaitent notamment que Pretoria renonce à sa participation aux Brics et retire la plainte contre Israël déposée auprès de la Cour internationale de justice.  Le journal souligne également qu’un an après les propositions américaines, les autorités sud-africaines n’y ont pas officiellement répondu. Washington, selon l’ambassadeur, “perd patience” au vu de l’absence de réaction du gouvernement sud-africain.  La Russie a également critiqué ces attaques. Dans un message adressé au président iranien Massoud Pezechkian, le président Vladimir Poutine a condamné les frappes et l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei. Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié les frappes contre l’Iran d'”actes d’agression armée délibérés et non provoqués contre un État souverain et indépendant, membre de l’ONU”.  Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a fait une déclaration similaire, affirmant que Pékin “s’oppose à toutes les frappes militaires menées par Israël et les États-Unis contre l’Iran”.  L’Égypte, au contraire, a condamné les frappes iraniennes contre les territoires de pays arabes et a mis en garde contre les conséquences de telles actions pour l’ensemble de la région.  “L’Égypte condamne fermement la violation par l’Iran de la souveraineté de plusieurs pays arabes, dont Bahreïn, la Jordanie, le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis. De telles actions auront un impact négatif sur la sécurité et la stabilité de toute la région”, indique un communiqué de presse du ministère égyptien des Affaires étrangères.  L’Inde, quant à elle, a adopté une position plus prudente. Le ministère indien des Affaires étrangères a appelé à la diplomatie et à la cessation du conflit, mais s’est abstenu de toute critique directe envers Washington et Tel Aviv.  Modi s’est également exprimé devant les pays du Golfe et a critiqué les frappes de représailles contre eux, sans mentionner l’Iran.  La position réservée de l’Inde reflète des calculs géopolitiques complexes. Le Premier ministre Narendra Modi s’est rendu en Israël les 25 et 26 février 2026, où il a rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et s’est adressé à la Knesset. Lors de cette visite, Modi a déclaré: “L’Inde soutient fermement et en toute conviction Israël en ce moment et à l’avenir.”  Les gouvernements des deux pays ont signé des accords de coopération en matière de défense et d’intelligence artificielle. Actuellement, Israël fournit environ 40% de ses exportations d’armement à l’Inde, précise Al Jazeera. Le choix du moment de la visite de Modi en Israël a créé l’apparence d’une “approbation silencieuse” des attaques contre l’Iran, a déclaré le parti d’opposition indien Congrès.  De plus, New Delhi ne souhaite pas une nouvelle confrontation avec Washington. Après un différend commercial avec l’Inde en août 2025, les États-Unis ont réduit en février 2026 les droits de douane sur les produits indiens de 50% à 18%, New Delhi ayant accepté de cesser ses achats de pétrole russe pour acheter davantage de pétrole et d’autres produits américains. “Un grand merci au président Trump au nom des 1,4 milliard d’habitants de l’Inde pour cette merveilleuse déclaration”, avait alors écrit le Premier ministre Modi sur sa page X.  Selon les analystes, les réactions divergentes des membres des Brics au conflit iranien témoignent de la difficulté à parvenir à un consensus entre des États du groupe aux liens géopolitiques et aux priorités stratégiques variés. “Il n’y a pas d’unité au sein du groupe. Et cela sape l’idée d’une action commune”, a déclaré au New York Times Paulo Nogueira Batista Jr., économiste et ancien vice-président de la Banque de développement des Brics. 

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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