Madagascar : le gouvernement malgache confié à Mamitiana Rajaonarison comme un choix technocratique intègre

DAKAR,16 MARS 2026(JVFE)-La nomination de Mamitiana Rajaonarison, ancien du Bianco et du Samfin, est perçue comme un choix technocratique intègre, mais sa capacité à s’attaquer à l’impunité et aux réseaux d’influence du système politico-économique malgache reste à démontrer.

Son succès dépendra de son autonomie politique face aux acteurs du pouvoir, notamment concernant la gestion de la Jirama et l’équilibre diplomatique, dans un contexte où l’inclusion de la Gen Z est cruciale. Le nouveau Premier ministre devra prouver qu’il n’est pas un simple “bouclier technique” du pouvoir.

Mamitiana Rajaonarison, nouveau Premier ministre (PM) a un cursus impressionnant de technocrate : ancien officier de gendarmerie, administrateur civil de formation, avec un parcours qui l’a fait passer au Bianco avant d’arriver à la tête du Service de renseignement financier en mars 2021. Il a donc un profil d’expert avéré de la lutte anti-corruption, doublé d’une connaissance approfondie des mécanismes et règles de l’administration publique. En outre, il bénéficie d’une bonne réputation de rigueur et d’intégrité, y compris dans le milieu des partenaires techniques et financiers.

Les principaux enjeux de son impact à court et moyen terme :

1. Crédibilité envers les partenaires financiers

Son profil d’ancien patron du Samfin et son passage au Bianco sont des signaux forts envoyés au FMI et à la Banque Mondiale. Son impact immédiat sera de tenter de débloquer des aides budgétaires cruciales en garantissant une meilleure transparence des finances publiques, notamment pour éponger la dette abyssale de la Jirama.

2. Fin de l’impunité : le “test de vérité”

Le texte souligne sa discrétion passée sur les dossiers sensibles (Ravatomanga, Voos). L’impact de sa nomination sera nul si le système de “deux poids, deux mesures” perdure. Pour marquer les esprits, il devra :

  • Engager des poursuites contre les “copains et coquins” du régime précédent.
  • Réformer le système judiciaire, notamment en répondant aux cas d’emprisonnements jugés injustes (Rolly Mercia, Iharizaka Rahaingoson).

3. Stabilité sécuritaire et politique

En tant qu’ancien officier de gendarmerie, sa nomination apaise les tensions au sein des forces de l’ordre après les répressions de 2025. Il sert de pont entre la junte (le colonel Randrianirina) et l’administration civile. Son défi sera de ne pas être perçu comme un simple exécutant des militaires, mais comme un chef de gouvernement autonome.

4. La rupture avec la “vieille politique”

L’impact social dépendra de la composition de son gouvernement :

  • Méritocratie vs Clientélisme : S’il nomme des technocrates plutôt que des “mpitolona” (militants) récompensés pour leur zèle, il pourra stabiliser l’économie.
  • La Gen Z : Si la jeunesse, moteur des mouvements récents, reste exclue des décisions, le risque de nouvelles explosions sociales demeure élevé, réduisant sa nomination à un simple “replâtrage”.

Sur le papier, son nom est donc un très bon choix, même si on note toutefois qu’on ne l’a jamais entendu sur les grands dossiers de corruption de l’ère Rajoelina, tels que ceux de Mamy Ravatomanga ou de Romy Voos. Si cette discrétion était un reflet de la prudence d’un courageux mais pas téméraire face aux puissants du monde politique, cela risque de poser problème. Reste à savoir si le mutisme passé du Samfin, Bianco et autre Pôle anti-corruption au sujet de Ravatomanga va continuer à être une pratique sur d’autres sujets. Araka ny fomba mahazatra izay tsy hita izay mahatsara azy. Attention : comme pour les trains, un PDG peut en cacher un autre.

Le PM devra donc faire ses preuves très rapidement sur deux points essentiels. D’une part, démontrer sa crédibilité dans la fin effective de l’impunité pour les copains et les coquins du pouvoir actuel et passé. On peut déjà commencer par une suggestion : punir les fripouilles du système judiciaire qui se sont rendues complices des emprisonnements injustes de Rolly Mercia et d’Iharizaka Rahaingoson, ainsi que les commanditaires. D’autre part, mettre en place un gouvernement qui tirera sa légitimité de la crédibilité des nominations de ministres et de dirigeants d’organismes rattachés, et non de prébendes accordées à des mpitolona dont l’adéquation du profil avec les exigences du poste laisse à désirer.

Cette question de la méritocratie et de la lutte contre l’impunité se pose dans le contexte inquiétant d’un système politico-économique rongé par la corruption. Le PM sera-t-il l’homme de la refondation ou d’un simple replâtrage ?Quelle va être sa marge de manœuvre dans le fragile équilibre qu’il va devoir mettre en place avec les partis politiques et les différentes institutions, à commencer par les officiers de la junte ? Quelle va être sa capacité à développer une nécessaire assise politique tout en affrontant la vénalité dont beaucoup de politiciens ont érigé en vertu cardinale ? Comment va-t-il gérer des finances publiques exsangues pour parer aux urgences et priorités, à commencer par les services de la Jirama ? Quel va être le poids dont il va disposer pour s’imposer face à l’influence des groupes qui phagocytent l’économie du pays ? Même le sujet est un domaine réservé du chef de l’État, comment va-t-il manoeuvrer pour maintenir un équilibre entre les indispensables occidentaux et les appétits pro-russes ?

A priori, le Président de la refondation de la République de Madagascar (PRRM), le colonel Randrianirina, a joué un bon coup sur le jeu politique, reste à savoir quelle sera la suite sur les thèmes évoqués ci-dessus. Il désigne un Premier ministre sur lequel il n’y a pas de suspicion de liens avec Rajoelina et ses forongony. Cela était le cas avec Herintsalama Rajaonarivelo, ce qui l’a empêché dès le départ d’avoir une légitimité devant les mpitolona, par ailleurs amnésiques quant au passé orange de nombreux hiérarques du pouvoir actuel avant qu’ils ne retournent leurs vestes. Le nouveau PM, ancien officier de ce corps, permet également de faire une fleur à la gendarmerie, après les tensions générées par les répressions de septembre et octobre. Enfin, on se félicite également que le PRRM ait résisté à l’ambition prétentieuse de Fanirisoa Ernaivo de se faire désigner pour le seza de Mahazoarivo.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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