DAKAR,23 MARS 2026(JVFE)-Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a appelé samedi à préserver la paix en Casamance, dans le sud du pays, lors d’une déclaration à Ziguinchor à l’occasion de la fête de l’Aïd el-Fitr.
Cette déclaration s’inscrit dans la volonté du nouveau gouvernement sénégalais de stabiliser durablement la Casamance, région marquée par un conflit vieux de plus de quarante ans. En prônant le consensus, Ousmane Sonko cherche à rassurer les populations locales tout en maintenant une ligne ferme sur la souveraineté nationale.
Ce discours de l’Aïd el-Fitr est fort symboliquement, car il lie la ferveur religieuse à l’unité politique dans son propre fief électoral de Ziguinchor
Le chef du gouvernement a affirmé que les autorités entendaient privilégier “le consensus et la paix”, tout en réaffirmant leur engagement à préserver l’intégrité territoriale.
M. Sonko a indiqué que les forces de défense et de sécurité poursuivraient leurs opérations contre les groupes armés, appelant parallèlement les combattants à abandonner le maquis et à réintégrer la vie civile.
Située dans le sud du Sénégal, la Casamance est le théâtre d’un conflit de basse intensité opposant l’Etat aux rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), actif depuis les années 1980.
Après avoir fait des milliers de victimes et affecté durablement l’économie locale, le conflit a connu une baisse d’intensité ces dernières années. En 2020, l’armée sénégalaise a mené des opérations visant à démanteler des bases rebelles et à faciliter le retour des populations déplacées.
Le gouvernement a depuis lors structuré son action autour du “Plan Diomaye pour la Casamance” (PDC), lancé officiellement fin 2024. Voici les mesures concrètes et les avancées majeures qui ont suivi :
Mesures concrètes et plan de relance
- Budget de 53 milliards FCFA : Un plan de relance sur deux ans (2024-2025) a été annoncé par Ousmane Sonko pour reconstruire les infrastructures à Ziguinchor, Sédhiou et Kolda.
- Déminage accéléré : Le gouvernement a fait du déminage humanitaire une priorité pour permettre aux populations déplacées de retourner dans leurs villages et cultiver leurs terres en toute sécurité.
- Réintégration des services de l’État : Le plan prévoit le retour des services publics déconcentrés pour assurer une présence effective de l’administration dans toute la région.
Processus de paix et accords
- Accord de paix (Février 2025) : Un accord de cessez-le-feu significatif a été signé à Bissau entre le gouvernement et le front sud du MFDC. Cet accord prévoit le dépôt des armes en échange de mesures d’accompagnement pour la réintégration civile des combattants.
- Dialogue avec les communautés : Le président Bassirou Diomaye Faye a multiplié les échanges avec les acteurs locaux, incluant les associations de femmes, pour que la paix repose sur une “jonction” entre la volonté militaire et celle des communautés à la base.
Calendrier et suivi
- Tournée économique (Décembre 2025) : Le Chef de l’État a effectué une visite de terrain pour évaluer l’exécution du plan PDC, dont le niveau d’avancement a été estimé à 39 % fin 2025.
- Objectif 2025-2027 : Le gouvernement maintient une pression sur la sécurisation du territoire, avec notamment l’objectif de libérer totalement la région des mines et de la culture du cannabis d’ici les prochaines années.
Voici les détails approfondis sur les piliers de l’action gouvernementale pour la Casamance, suite aux engagements d’Ousmane Sonko :
1. L’Accord de Paix de Bissau (Février 2025)
Signé le 23 février 2025 sous la médiation du président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, cet accord représente un tournant diplomatique majeur.
- Désarmement et Démobilisation : Les combattants du front sud du MFDC (notamment la faction de César Atoute Badiate) se sont engagés à un dépôt définitif des armes en échange d’un processus de réinsertion sociale.
- Réinsertion des combattants : Le gouvernement prévoit des programmes de formation professionnelle et un soutien psychologique pour faciliter l’accès au marché du travail des anciens rebelles.
- Retour des déplacés : L’accord garantit l’accompagnement des populations vers leurs villages d’origine, dont certains étaient abandonnés depuis plus de 30 ans (ex: Bilasse, Bissine).
- Limites actuelles : L’accord ne concerne pas encore le front nord, où certaines factions, dont celle de Salif Sadio, restent en dehors des discussions.
2. Le “Plan Diomaye pour la Casamance” (PDC)
Lancé en octobre 2024, ce plan est doté d’une enveloppe de 53,6 milliards de FCFA (environ 82 millions d’euros) pour la période 2024-2025. En novembre 2025, son taux d’exécution était déjà estimé à 46 %.
Projets d’infrastructures clés :
- Désenclavement Routier : Réhabilitation de la route Bissau-Safim-Mpack (115 km) pour renforcer les échanges avec la Guinée-Bissau et la résilience climatique des voies d’accès.
- Services de Base : Construction de forages, électrification rurale et édification de nouvelles écoles et structures sanitaires pour les villages de retour.
- Développement local par pôle :
- Kolda : Plus de 13 milliards de FCFA sont spécifiquement fléchés pour cette zone.
- Ziguinchor et Sédhiou : Focus sur la réintégration des services déconcentrés de l’État et la relance socio-économique.
- Logistique et Transport : Le programme 2026 prévoit également la relance du corridor ferroviaire et l’extension des capacités aéroportuaires régionales.
3. Impact social et sécuritaire
- Sécurisation foncière : Le déminage humanitaire, soutenu par les Forces de défense et de sécurité (FDS), a permis le retour de 4 755 ménages dans les départements de Bignona, Oussouye et Ziguinchor en 2025.
- Autonomie financière : Ousmane Sonko privilégie une approche de financement endogène (90 % de ressources internes) pour éviter la dépendance aux bailleurs extérieurs dans ce dossier de souveraineté.
Voici les détails sur les deux piliers majeurs de la stratégie de relance pour la Casamance sous l’impulsion d’Ousmane Sonko et du gouvernement de Bassirou Diomaye Faye :
1. Dispositif de réinsertion des anciens combattants
Le processus de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR) a été réactivé suite à l’accord de Bissau de février 2025.
- Statut civil et réintégration : Les combattants ayant déposé les armes retrouvent un statut de civil par un acte administratif formel.
- Formation et kits de démarrage : Des programmes de formation aux techniques culturales et à l’entrepreneuriat sont mis en place. Les bénéficiaires reçoivent des kits agricoles individuels (semences, outils) et collectifs (moulins, décortiqueuses) pour lancer leur propre activité.
- Appui financier direct : Dans le cadre du “Plan Diomaye”, des aides directes d’environ 150 000 FCFA par bénéficiaire ont été débloquées pour soutenir les premières étapes de la réinsertion sociale.
- Soutien psychologique : Un accompagnement spécifique est prévu pour traiter les séquelles de la guerre et faciliter le retour dans les communautés.
- Option d’intégration sécuritaire : Une feuille de route est à l’étude pour permettre à certains ex-combattants d’intégrer les services officiels de l’État ou l’armée régulière, après un processus d’identification rigoureux.
2. Pôles agricoles et Agropole Sud
L’agriculture est le moteur central du développement économique régional avec le projet Agropole Sud, dont le coût global s’élève à 57 milliards de FCFA.
- Le module central d’Adéane : Situé près de Ziguinchor, ce site de 85 hectares doit être livré au premier trimestre 2026. Il comprend des chambres froides, des hangars de stockage d’une capacité de 3 600 tonnes et des unités de transformation.
- Filières prioritaires : Le projet se concentre sur la valorisation locale de la mangue, de l’anacarde (noix de cajou) et du maïs pour inverser la tendance de l’exportation brute vers le nord du pays.
- Création d’emplois : L’Agropole Sud ambitionne de générer plus de 14 000 emplois directs et 35 000 emplois indirects dans la région.
- Souveraineté alimentaire : Le but est de transformer structurellement l’économie locale pour atteindre la souveraineté alimentaire et réduire le déficit commercial.
Accompagnement technique : Plus de 12 000 plants ont déjà été distribués à des centaines de producteurs locaux pour stimuler la production en amont des usines de transformation
Voici les détails sur l’appui international et l’impact local des infrastructures en Casamance :
1. Partenaires Internationaux et Financements
Le financement des projets en Casamance, notamment l’Agropole Sud (57 milliards FCFA), repose sur un partenariat multilatéral solide :
- Banque Africaine de Développement (BAD) : Principal bailleur avec un prêt de 43,1 millions d’euros (environ 28,3 milliards FCFA) approuvé pour stimuler la transformation agro-industrielle.
- Banque Islamique de Développement (BID) : Partenaire stratégique ayant mobilisé plus de 18 milliards FCFA (environ 27,85 millions d’euros) pour le projet Agropole Sud.
- Banque Mondiale (via l’IDA) : Intervient dans le financement de projets agro-industriels et de développement communautaire.
- PNUD : Accompagne le gouvernement sur les volets de gouvernance, de prévention de l’extrémisme et de renforcement de la sécurité humaine dans les zones transfrontalières.
- Autres contributeurs : L’Agence Française de Développement (AFD) participe également à des financements additionnels pour le développement des collectivités territoriales au Sénégal.
2. Villes et Infrastructures Routières Spécifiques
Le désenclavement est au cœur du “Plan Diomaye pour la Casamance”, avec des projets majeurs lancés fin 2025 :
- Goudomp : Le Président a lancé en décembre 2025 un projet routier de plus de 23 milliards FCFA pour désenclaver cet axe stratégique et favoriser l’emploi local.
- Bignona : Bénéficie de programmes de sécurisation et de reconstruction, avec une priorité au déminage pour faciliter le retour des ménages déplacés.
- Adéane : Héberge le module central de l’Agropole Sud sur 85 hectares, dont la livraison des infrastructures (château d’eau, hangars, zones de transformation) est prévue pour le premier trimestre 2026.
- Corridor Transfrontalier : Réhabilitation de l’axe Bissau-Safim-Mpack (115 km) pour fluidifier les échanges commerciaux avec la Guinée-Bissau.
3. État d’avancement et Perspectives (2025-2026)
- Taux de réalisation : En octobre 2025, les travaux de l’Agropole Sud atteignaient 82 % d’avancement, avec une inauguration prévue début 2026.
- Impact ménages : Environ 65 000 ménages (soit 365 000 personnes) devraient bénéficier directement des retombées de ces investissements structurants.
- Horizon 2026 : L’année 2026 est annoncée comme celle de la “relance effective de l’investissement” avec la livraison prévue de nombreuses infrastructures de base d’ici juin
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
