DAKAR,15 avril 2026(JVFE)-La dette publique du Sénégal traverse une phase critique de transparence et de restructuration, marquée par une révision drastique de son ratio d’endettement à 132 % du PIB à fin 2024 . Cette situation a contraint l’État à un retour massif et soutenu sur le marché financier régional de l’UMOA pour pallier la suspension des financements internationaux .
Faits multiplicateurs et dynamique de la dette
L’explosion apparente de l’encours de la dette repose sur plusieurs facteurs structurels et conjoncturels :
- Audit et “dettes cachées” : La révélation d’engagements non déclarés entre 2019 et 2024 a entraîné une réévaluation du ratio dette/PIB, passant de 74,4 % à plus de 110-118 % .
- Charge d’intérêts croissante : Les taux sur le marché régional ont grimpé, oscillant entre 6,39 % et 7,7 % selon les maturités, alourdissant le coût du service de la dette .
- Chocs de notation : Les dégradations par des agences comme Moody’s (note abaissée à Caa1) ont renchéri les primes de risque et fermé temporairement l’accès aux marchés internationaux .
- Financement par déficit : Malgré une “cure d’amaigrissement” budgétaire visant à ramener le déficit de 13,4 % en 2024 à 7,8 % en 2025, les besoins de trésorerie restent colossaux .
Un retour soutenu sur le marché régional
Privé de l’appui du FMI en 2024-2025, le Sénégal a intensifié ses levées de fonds au sein de l’espace UMOA :
Stratégie 2050 : Les nouvelles autorités utilisent le marché régional pour financer les projets de l’Agenda Sénégal 2050 et stabiliser la trésorerie
Mobilisation record : En 2025, l’État a levé 2 225 milliards de FCFA sur le marché des titres publics, soit une hausse de 122,8 % par rapport à 2024 .
Émissions récentes : Rien qu’au premier trimestre 2026, Dakar a multiplié les interventions, notamment une levée de 148,6 milliards de FCFA en avril 2026 via des Bons et Obligations assimilables du Trésor (BAT/OAT) .
Diversification des souscripteurs : Si les banques sénégalaises portent 55,5 % des titres, les banques ivoiriennes sont devenues des acteurs clés avec 35,9 % des souscriptions en 2025 .
Le Trésor public sénégalais a affiché un dynamisme marqué sur le marché financier régional de l’UEMOA, mobilisant un total dépassant 1 370 milliards de FCFA. Cette performance financière est soutenue par la confiance des investisseurs malgré les discussions en cours sur la dette et les finances publiques.
Le Trésor public a mobilisé 1 068,6 milliards de FCFA sur le marché local.
Le premier APE de l’année 2026 a permis de mobiliser 304,15 milliards de FCFA, dépassant largement l’objectif initial de 200 milliards (taux de couverture de 152 %).
Au total, avec d’autres opérations comme celle du 10 avril 2026 (60 milliards), le Sénégal confirme sa capacité à lever des fonds, avec environ 1 069 milliards FCFA levés sur les quatre premiers mois de 2026, atteignant déjà 44 % de son objectif annuel (2 400 milliards).
Discussions avec le FMI
Le ministre de l’Économie, Abdourahmane Sarr, et le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, ont rencontré la Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, à Washington en avril 2026.
Les échanges ont porté sur le développement économique, la soutenabilité de la dette, les finances publiques et la finalisation d’un nouveau programme de partenariat.
Les autorités sénégalaises, optimistes, s’appuient sur les fondamentaux du marché régional de l’UEMOA pour converger avec le FMI sur les capacités de financement du pays.
Le 10 avril 2026, l’État du Sénégal a encore levé 60,36 milliards de FCFA, confirmant un retour soutenu sur le marché régional
Ces chiffres témoignent d’une activité intense sur le marché financier régional de l’UEMOA. En mobilisant plus de 1 372 milliards de FCFA (titres publics + appel public à l’épargne) en seulement trois mois, le Sénégal démontre sa capacité à capter l’épargne locale et régionale.
Cette dynamique semble servir de levier dans les négociations avec le FMI. L’optimisme affiché par le ministre Abdourahmane Sarr suggère que la solidité de ce “marché souverain” est un argument de poids pour rassurer les bailleurs internationaux sur la solvabilité du pays et sa maîtrise de la dette publique.
Bien que ces deux mécanismes servent à financer l’État, ils ne s’adressent pas aux mêmes acteurs et n’ont pas les mêmes modalités :
C’est ce qu’on appelle souvent le marché monétaire ou financier régional (géré par l’UMOA-Titres).
Il s’adresse principalement aux investisseurs institutionnels (banques, compagnies d’assurances, fonds de pension).
Les fonds sont levés via des adjudications (sorte d’enchères). L’État émet des Bons du Trésor (court terme) ou des Obligations du Trésor (moyen/long terme).
Gérer la trésorerie courante de l’État et financer le budget de manière régulière.
L’Appel Public à l’Épargne – APE (Le marché “grand public”)
C’est une opération plus médiatisée qui passe par la BRVM (Bourse Régionale des Valeurs Mobilières).
Il est ouvert à tout le monde : entreprises, mais aussi particuliers (vous et moi) qui souhaitent placer leur épargne.
L’État émet un “Emprunt Obligataire” avec un taux d’intérêt fixe (ex: 6% ou 6,5%) et une période de souscription précise. On achète des titres par l’intermédiaire de courtiers (SGI).
Financer de grands projets d’investissement (infrastructures, énergie) sur le long terme en mobilisant l’épargne nationale.
Les titres publics sont une “cuisine interne” entre l’État et les banques, tandis que l’APE est une invitation directe faite aux citoyens et aux entreprises à prêter de l’argent à l’État contre rémunération.
Lors de l’émission du 10 avril 2026, le Trésor sénégalais a mobilisé 60,365 milliards de FCFA sur le marché de l’UMOA-Titres . Les conditions de taux restent élevées, avec des rendements de 6,81 % sur 1 an et atteignant près de 8 % (7,98 %) sur l’obligation à 3 ans, reflétant l’exigence de prime de risque des investisseurs
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

