DAKAR,25 avril 2026(JVFE)-C’est une affaire frappante qui illustre bien comment des tensions professionnelles peuvent basculer dans le domaine du cyberdroit. Le passage de simples différends entre collègues à des infractions pénales (diffamation, collecte de données personnelles sans consentement) est souvent plus rapide qu’on ne le pense avec les outils numériques.
L’école élémentaire Ndiarka Diagne, située à Guédiawaye, est plongée dans l’émoi après l’arrestation de deux de ses enseignants, poursuivis pour des faits graves liés à la diffusion de contenus audio injurieux et à caractère privé.
Pour rappel,une plainte déposée par le directeur de l’établissement, I. Diop. Selon ses déclarations devant les enquêteurs de la Division spéciale de cybersécurité (DSC), son collègue El H. A. Ndao aurait diffusé à l’ensemble du personnel de l’école des messages vocaux particulièrement virulents. Dans un contenu d’audio, le directeur est insulté et qualifié de « goordjiguen », de « pervers sexuel » et de « personne sans valeur ».
L’enquête a également révélé l’implication de A. A. Wellé, qui aurait enregistré à l’insu du directeur une conversation privée entre eux. Le fichier audio aurait ensuite été transmis à El H. A. Ndao, qui l’a diffusé largement auprès des employés, accompagné d’un message accusant faussement le directeur de préparer une conspiration contre lui.
Confrontés aux éléments techniques recueillis par les enquêteurs, les deux enseignants ont reconnu les faits et présenté leurs excuses. Malgré ces aveux, ils ont été déférés devant le parquet et placés en détention provisoire.
Les mis en cause, identifiés comme El H. A. Ndao (46 ans) et A. A. Wellé (61 ans), ont été placés sous mandat de dépôt. Ils sont inculpés pour association de malfaiteurs, diffamation, injures publiques, ainsi que collecte et diffusion illicites de données à caractère personnel.
- Les faits : Diffusion d’audio insultant qualifiant le directeur de « goordjiguen » (terme très lourd de conséquences au Sénégal) et enregistrement d’une conversation privée à son insu.
- Les charges : Association de malfaiteurs, diffamation, injures publiques et diffusion illicite de données à caractère personnel.
- Le dénouement immédiat : Malgré des aveux et des excuses, la justice suit son cours avec un placement sous mandat de dépôt.
Cela rappelle que la Loi sur la cybersécurité au Sénégal est très stricte concernant les enregistrements privés et les propos tenus dans les groupes de messagerie (comme WhatsApp), souvent perçus à tort comme des espaces totalement privés.
Le verdict du procès
À ce jour, le procès des deux enseignants (El H. A. Ndao et A. A. Wellé) était prévu ce vendredi 24 avril 2026 (ou dans les jours qui suivent selon le calendrier des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye).
- Situation actuelle : Les deux mis en cause sont sous mandat de dépôt.
- Éléments aggravants : Leurs aveux lors de l’enquête facilitent généralement une condamnation, mais le juge devra décider si les excuses présentées suffisent à alléger la peine face à la gravité des accusations de « diffamation » et d’ « association de malfaiteurs ».
Ce que dit la loi sénégalaise
L’affaire repose sur deux piliers juridiques majeurs au Sénégal : la Loi 2008-12 sur les données personnelles et le Code Pénal réformé pour la cybercriminalité.
- L’enregistrement à l’insu : Enregistrer une personne sans son consentement est formellement interdit. Dès que cet enregistrement est utilisé pour nuire (diffusion, chantage), il tombe sous le coup de la loi pour « divulgation de données à caractère personnel ».
- Les peines encourues :
- Collecte illicite de données : L’article 431-8 du Code Pénal prévoit des peines allant de 1 à 7 ans de prison et des amendes de 500 000 à 10 000 000 FCFA.
- Injures et diffamation : L’usage du terme « goordjiguen » (homosexuel) dans un but d’injure publique est sévèrement réprimé au Sénégal, car il porte atteinte à l’honneur et à la considération de la personne.
- Rôle de la CDP : La Commission de Protection des Données Personnelles (CDP) est l’autorité qui veille à ce que les outils numériques ne deviennent pas des vecteurs de violation de la vie privée.
Les sanctions concrètes déjà vues à Pikine-Guédiawaye
Pour des faits de nature similaire (atteinte à la dignité par voie numérique), le tribunal de Pikine-Guédiawaye a déjà rendu des jugements sévères ces derniers mois pour marquer les esprits, allant parfois jusqu’à 2 ans de prison ferme pour des délits correctionnels graves.
Dans le cadre d’une procédure de flagrant délit, le jugement intervient généralement dans les jours suivant l’arrestation, sauf en cas de renvoi sollicité par la défense pour mieux préparer le dossier.
Lors de leur audition par la Division Spéciale de Cybersécurité (DSC), ils ont reconnu avoir enregistré et diffusé les contenus d’ audio, ce qui constitue une preuve technique majeure versée au dossier.
Le procureur pourrait requérir des peines de prison ferme, car les faits d’injures publiques (usage du terme « goordjiguen ») et de collecte illicite de données sont sévèrement sanctionnés au Sénégal pour leur caractère attentatoire à la dignité humaine.
À ce jour, le verdict final n’a pas encore été rendu public. Selon les dernières informations disponibles au 25 avril 2026, les enseignants El H. A. Ndao et A. A. Wellé viennent tout juste d’être placés sous mandat de dépôt.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

