L’éditorial de Fodé Cissé : « Sankara, au-delà du marbre, un impératif d’action »

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

DAKAR, 0 8 MAI 2026 (JVFE)–Le 7e cérémonial d’hommage militaire au Capitaine Thomas Sankara, tenu ce jeudi à Ouagadougou, n’était pas qu’une simple parade de plus sous le soleil du Burkina Faso. En qualifiant l’entretien de cette mémoire de « devoir de responsabilité », le ministre d’État Émile Zerbo a touché le cœur d’un enjeu crucial : la transition de l’icône figée vers l’exemple vivant.

Depuis mai 2025, le site du Mémorial est devenu le théâtre d’un rendez-vous mensuel qui institutionnalise le souvenir. Mais pourquoi tant d’insistance sur le rituel ? Parce qu’au Burkina Faso, se souvenir de Sankara, c’est avant tout se souvenir de soi-même, de ses capacités et de sa souveraineté.

La Mémoire comme Boussole

Pour le gouvernement de transition, l’invocation de la figure sankariste n’est pas qu’un outil de communication. C’est une boussole idéologique. Dans un contexte de défis sécuritaires et de quête de refondation nationale, le « devoir de responsabilité » évoqué par Émile Zerbo s’adresse directement à la jeunesse. Il s’agit de transformer l’émotion du 15 octobre 1987 en une énergie de construction.

L’hommage militaire rappelle que Sankara était, avant tout, un soldat au service de son peuple. En confiant la garde de sa mémoire à la Gendarmerie nationale et aux différentes unités de défense, l’État affirme que la protection de la patrie est indissociable de la préservation de ses idéaux.

De la Brique au Destin Commun

Le projet « Ma brique pour le Mémorial » illustre parfaitement cette philosophie. On ne demande pas aux Burkinabè de contempler un monument payé par l’aide extérieure, mais de bâtir, de leurs propres mains et ressources, le sanctuaire de leur héros. C’est l’essence même du « Consommer Burkinabè » et de l’auto-développement chers au Capitaine.

Cependant, le défi reste de taille. Le rituel ne doit pas devenir une routine. Le danger serait que le cérémonial finisse par occulter l’urgence de l’action. Si « Sankara vit toujours », comme le scande le slogan de cette édition, il doit vivre dans l’intégrité des fonctionnaires, dans la bravoure des soldats au front et dans la discipline de chaque citoyen.

Responsabilité Partagée

En conclusion, ce 7e hommage nous rappelle que la mémoire est un muscle qui s’entretient. Le « devoir de responsabilité » n’est pas l’apanage des autorités présentes au mémorial ; il est le fardeau volontaire de tout un peuple. Entretenir la mémoire de Thomas Sankara, ce n’est pas seulement fleurir une tombe, c’est arroser chaque jour les graines de dignité et d’indépendance qu’il a semées.

Le monument de pierre sera bientôt achevé, mais le monument de la conscience nationale, lui, reste un chantier permanent.

La conscience nationale est parfois décrite comme le maintien vivant de l’héritage historique, racinant les individus dans “la terre et les morts”, selon des analyses sur la pensée de Maurice Barrès.

Dans un sens plus philosophique, Kant définit la conscience comme le “tribunal” intérieur de l’homme

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