Le peuple sahraoui commémore le 53e anniversaire de la fondation du Front 

DAKAR, 10 MAI 2026 (JVFE)–Le peuple sahraoui commémore aujourd’hui le 53e anniversaire de la fondation du Front Polisario, créé le 10 mai 1973,rappelant les acquis obtenus grâce à la lutte armée et politique pour la libération de sa terre et l’établissement d’un État sahraoui indépendant.

Le Front populaire de libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro (Polisario) a été fondé pour lutter contre l’occupation espagnole, puis marocaine, afin d’obtenir l’autodétermination du Sahara occidental.

Pour rappel , la dimension diplomatique du 50ème anniversaire du Front Polisario et de la lutte sahraouie fait que, pour de nombreux acteurs africains, la question du Sahara Occidental n’est pas seulement un conflit régional, mais la dernière étape de la décolonisation du continent.

Voici les points clés à retenir de cette solidarité :

  • L’axe idéologique : Le soutien de l’ANC sud-africain inscrit cette lutte dans l’héritage des mouvements de libération anti-apartheid, qualifiant l’occupation d’« affront au droit international ».
  • La base diplomatique : Des pays comme la Tanzanie et Maurice rappellent que la solution doit passer par le droit à l’autodétermination, conformément aux résolutions de l’ONU.
  • L’impasse politique : Le texte réaffirme le refus du plan d’autonomie marocain par le Polisario, qui maintient l’exigence d’un référendum d’indépendance tout en se disant ouvert au dialogue.

Sa création a été suivie, dix jours plus tard (le 20 mai 1973), par le déclenchement de la lutte armée contre les forces coloniales espagnoles à El Khanga.

Le mouvement est reconnu par l’ONU comme le “représentant unique et légitime” du peuple sahraoui.

Cette célébration intervient dans un climat de tensions persistantes, marqué par la reprise des hostilités avec le Maroc depuis novembre 2020 suite à la rupture du cessez-le-feu de 1991 à El-Guerguerat.

Le Front Polisario, actuellement dirigé par Brahim Ghali, continue de réclamer la tenue d’un référendum d’autodétermination, conformément aux résolutions internationales.

Le Front Polisario (Front populaire de libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro) a été fondé par des étudiants sahraouis, sous la direction d’El-Ouali Mustapha Sayed, en tant que mouvement de libération pour l’indépendance du Sahara occidental. Son congrès fondateur s’est tenu sous le slogan « Par les armes, nous conquérirons la liberté », signifiant leur engagement dès le départ dans la lutte armée pour reconquérir leur terre occupée et leurs droits usurpés. Après sa création, le Front Polisario a lancé sa lutte armée le 20 mai de la même année, attaquant et occupant un poste militaire espagnol à El Khanga, à l’est de Smara. D’autres opérations ont suivi, notamment à Tifariti et Bir Lehlou.
Deux ans plus tard, à la demande de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Comité de la décolonisation décida, le 27 mars 1975, d’envoyer une mission au Sahara occidental et dans les pays voisins afin de proposer la décolonisation du territoire occupé. Suite à la publication
du rapport de cette mission, la Cour internationale de Justice de La Haye examina le statut juridique du territoire avant sa colonisation par l’Espagne en 1884. Le 16 octobre 1975, la Cour rendit un avis consultatif en faveur du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.
Immédiatement après cet avis, le Maroc décida d’envahir le Sahara occidental, malgré les nombreuses interventions de l’ONU. Le 14 novembre 1975, à Madrid, des accords furent signés entre le Maroc et la Mauritanie en vue du partage de ce territoire non autonome. Cette invasion militaire se heurta à une résistance farouche du Front Polisario.
Dans ce contexte, la question sahraouie a acquis une notoriété considérable au sein des instances continentales et internationales, et le succès du Front Polisario a atteint son apogée après la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique en 1976 (aujourd’hui membre fondateur et à part entière de l’Union africaine). Parallèlement, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 37/34 du 21 novembre 1979, reconnaissant le Front Polisario comme le représentant légitime du peuple sahraoui.
Des progrès réalisés sur un chemin semé d’embûches
Aujourd’hui marque l’anniversaire de la fondation du Front Polisario, et l’ensemble du peuple sahraoui se mobilise derrière lui pour aller de l’avant dans sa lutte pour conquérir son droit à l’autodétermination et à l’indépendance, face à une réalité particulière imposée par un certain nombre de changements nationaux, notamment la reprise de la lutte armée. Cette mobilisation fait suite à la violation de l’accord de cessez-le-feu par le Maroc le 13 novembre 2020, après son attaque contre des civils sahraouis qui manifestaient pacifiquement contre la violation illégale de la zone tampon à Guerguerat, et au regain d’élan pour la cause sahraouie au niveau international, en particulier avec l’adoption de la résolution n° 2797 du Conseil de sécurité des Nations Unies le 31 octobre 2025, qui reconnaît explicitement le droit des Sahraouis à l’autodétermination et recommande des négociations entre les deux parties au conflit sahraoui en vue d’une solution concertée.
La commémoration du 53e anniversaire de la fondation du Front Polisario constitue l’une des étapes importantes franchies par le peuple sahraoui ces derniers mois, témoignant toutes de sa détermination à poursuivre le travail de terrain parallèlement à son engagement dans le processus politique international, afin d’obtenir la pleine souveraineté sur l’ensemble du territoire de la République sahraouie et de faire face à toutes les conspirations et politiques du régime d’occupation marocain.
Cette commémoration intervient dans un contexte de progrès politiques et diplomatiques significatifs pour le peuple sahraoui, notamment la consolidation de l’adhésion de la République sahraouie à l’Organisation de l’unité africaine (devenue l’Union africaine) en tant que membre fondateur ; le succès de la bataille juridique menée par le Front Polisario pour protéger les droits et les ressources du peuple sahraoui ; le renforcement de la solidarité internationale avec le peuple sahraoui et son droit légitime à l’autodétermination ; et la condamnation croissante des violations et crimes commis par le Maroc dans les territoires sahraouis occupés.
En ce jour historique, les masses sahraouies, qu’elles soient réfugiées dans les camps, en diaspora ou dans les territoires occupés, réaffirment leur engagement indéfectible envers le Front Polisario, seul représentant légitime du peuple sahraoui, et leur attachement à l’unité nationale, choix stratégique pour remporter la victoire.

Solidarité continentale et internationale

Sur le plan international, les messages de solidarité émanant des États africains et des mouvements de libération ont renforcé la portée politique de cet anniversaire.

Le Congrès national africain (ANC) d’Afrique du Sud a décrit cette étape importante comme faisant partie d’une lutte anticoloniale plus large :

« Cette étape importante réaffirme la juste lutte menée par le peuple sahraoui contre l’occupation coloniale et pour son droit inaliénable à l’autodétermination. »

L’ANC a réaffirmé que la question reste irrésolue : « Cinquante ans après, l’occupation continue du Sahara occidental… demeure un affront direct au droit international et à la tâche inachevée de la décolonisation totale de l’Afrique. »

Invoquant l’héritage d’Oliver Tambo, le communiqué ajoutait : « La lutte du peuple du Sahara occidental est indissociable de la lutte plus large contre la domination coloniale. »

En Afrique de l’Est, la Tanzanie a réaffirmé son soutien à la cause sahraouie, saluant « leur résilience et leur persévérance dans leur quête d’autodétermination » et appelant à une solution fondée sur le droit international et le dialogue.

De même, Navinchandra Ramgoolam de Maurice a décrit cet anniversaire comme « un événement historique important », adressant ses félicitations et ses meilleurs vœux aux dirigeants et au peuple sahraouis.

Alors que la République sahraouie entame sa sixième décennie, le Front Polisario continue de rejeter le plan d’autonomie du Maroc, insistant sur la tenue d’un référendum sur l’indépendance. 

« Le peuple sahraoui ne sera pas une source de danger ou de menace… mais se montrera ouvert et tendra une main de paix et de coopération… [tout en] défendant ses droits, sa liberté et sa dignité. »

Les évolutions diplomatiques récentes (2025-2026) marquent un tournant significatif pour le Maroc, qui a réussi à transformer le soutien international en une véritable codification onusienne de son plan d’autonomie.

Voici les développements majeurs qui redéfinissent le conflit :

Le tournant de la Résolution 2797 (31 octobre 2025)

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution historique qui :

  • Qualifie l’initiative marocaine d’autonomie de « seule base réaliste, sérieuse et crédible » pour un règlement définitif.
  • Proroge le mandat de la MINURSO jusqu’en octobre 2026.
  • A été soutenue par 11 voix (dont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni), avec les abstentions de la Russie, de la Chine et de l’Algérie.

 Accélération des négociations sous l’impulsion américaine

En février 2026, les États-Unis ont organisé une rencontre inédite à l’ambassade américaine de Madrid :

  • Participants : Des délégations de haut niveau du Maroc, du Front Polisario, de l’Algérie et de la Mauritanie se sont réunies après sept ans sans dialogue direct.
  • Commission technique : Un accord a été trouvé pour créer une commission d’experts chargée d’examiner les aspects opérationnels d’un futur “accord-cadre” sous l’égide de l’ONU.

 Effritement du soutien africain et nouvelles alliances

Le Maroc a enregistré des succès diplomatiques majeurs sur le continent, affaiblissant la position de la RASD :

  • Mali : En avril 2026, Bamako a officiellement retiré sa reconnaissance à la RASD et annoncé son soutien au plan d’autonomie marocain, citant un renforcement de sa coopération sécuritaire et économique avec Rabat.
  • Sénégal : Le nouveau gouvernement a réaffirmé en janvier 2026 son soutien “ferme et constant” à la souveraineté du Maroc.
  • Union Africaine : Le Front Polisario a été contraint de retirer sa candidature au Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA en février 2026, signe d’un recul d’influence notable au sein des instances continentales.

Expansion de la reconnaissance internationale

  • Royaume-Uni : Le 23 avril 2026, Londres a officiellement qualifié le plan marocain de base “la plus crédible” pour une solution.
  • Japon : En mai 2026, à l’occasion du 70e anniversaire de ses relations avec le Maroc, le Japon a officialisé son soutien à l’autonomie sous souveraineté marocaine.
  • Économie : Les États-Unis ont lancé une stratégie d’investissement dans les “provinces du Sud” (Sahara occidental), visant à transformer la région en hub économique atlantique.

Réaction du Front Polisario

Face à cette dynamique, le Front Polisario tente de diversifier ses options. Il a récemment proposé un statut d’« État libre associé » (sur le modèle de Porto Rico), proposition immédiatement rejetée par le Maroc qui ne conçoit aucune alternative en dehors de la souveraineté totale

Malgré tous les défis auxquels la RASD continue d’être confrontée sous l’occupation marocaine, le peuple sahraoui poursuit sa lutte et fait preuve de résilience dans son combat pour la reconnaissance de son droit à l’autodétermination.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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