DAKAR, 27 MAI 2026 (JVFE)–Le Sénégal a joué un rôle de modèle, d’expert stratégique et de plaque tournante dans la gestion de cette crise sanitaire.
Le Sénégal est devenu le premier pays d’Afrique à recevoir la classification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour le développement des capacités de son équipe médicale d’urgence à intervenir et à répondre aux crises sanitaires dans le monde entier, marquant une étape historique pour le pays et renforçant considérablement les capacités de réponse d’urgence de la région africaine.
La classification de l’équipe médicale d’urgence de type 2 (EMT2) du Sénégal est conforme aux normes internationales. Cette classification fait suite à un processus rigoureux de six ans et permet désormais au Sénégal de déployer ses équipes sous 72 heures et de prodiguer des soins médicaux et chirurgicaux de manière autonome à près de 2 500 patients victimes d’urgences sanitaires pendant une période de quatre semaines, partout dans le monde. L’EMT2 Sénégal est la 49e équipe classée au niveau mondial, tandis que 130 autres sont en cours de classification à travers le globe.
« Cette certification marque un véritable tournant et témoigne de l’engagement des autorités sanitaires sénégalaises à assurer une réponse coordonnée et rapide aux urgences, tant au niveau national qu’international, consolidant ainsi notre position de leader dans la gestion des crises sanitaires en Afrique et au-delà », a déclaré le Dr Ibrahima Sy, ministre sénégalais de la Santé et de l’Action sociale, lors de la cérémonie de certification.
Depuis 2017, l’OMS dans la Région africaine apporte un soutien technique et financier important au Sénégal, en étroite collaboration avec le ministère de la Santé et de l’Action sociale, le Centre des opérations d’urgence sanitaire et le Service de santé des forces armées sénégalaises. Durant cette période, le Sénégal a déjà déployé des équipes pour répondre aux crises sanitaires en République démocratique du Congo, en Sierra Leone et, plus récemment, en Guinée. La création récente du Centre régional d’intervention d’urgence de l’OMS a joué un rôle déterminant pour accélérer la finalisation du processus de certification de l’équipe médicale d’urgence du Sénégal.
« Félicitations au Sénégal pour cette réalisation majeure qui contribue de manière significative au renforcement de l’expertise régionale en matière de gestion des urgences de santé publique », a déclaré le Dr Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique. « Les équipes médicales d’urgence constituent un personnel de santé essentiel qui renforce considérablement les capacités des systèmes de santé nationaux grâce à une intervention rapide permettant de sauver des vies en temps de crise. »
Les techniciens ambulanciers paramédicaux (TAP) peuvent assurer des soins ambulatoires de routine, prendre en charge les urgences et les traumatismes, gérer les incidents impliquant un grand nombre de victimes et les épidémies de maladies infectieuses, et stabiliser les patients en toute sécurité avant de les orienter vers des soins plus spécialisés. Outre leur expertise clinique, les membres des équipes de TAP sont formés pour intervenir dans les conditions les plus difficiles et mettre en place des hôpitaux de campagne entièrement autonomes, ce qui permet de limiter la pression sur les ressources locales, souvent déjà mises à rude épreuve en situation d’urgence.
L’objectif principal de la classification des techniciens médicaux d’urgence (TMU), supervisée par le Secrétariat des TMU de l’OMS, est d’améliorer la qualité des soins et le professionnalisme des équipes médicales intervenant lors de catastrophes, de conflits, d’épidémies et autres situations d’urgence. Les populations bénéficient de l’arrivée rapide de TMU bien formés, qui épaulent le personnel médical en place.
Cette classification s’inscrit dans la vision plus large de la stratégie 2030 de l’OMS relative aux équipes médicales d’urgence. Celle-ci envisage un monde où chaque pays peut réagir rapidement et efficacement aux urgences nationales, en mobilisant les capacités régionales et sous-régionales pour soutenir les communautés vulnérables et les personnes dans le besoin.
L’implication du pays et de ses experts se décline à plusieurs niveaux essentiels :
L’expertise scientifique et le leadership du Pr Seydi
Le Professeur Moussa Seydi, chef du Service des maladies infectieuses de l’hôpital de Fann à Dakar, s’est imposé comme une voix scientifique majeure au niveau international.
Le Professeur Moussa Seydi, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Fann, s’est récemment exprimé sur les risques liés au Hantavirus suite à une alerte de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Il a détaillé la prise en charge d’un foyer d’infection détecté sur un bateau, comptabilisant 21 cas et 3 décès. Le spécialiste a insisté sur la dangerosité de ce virus, rappelant qu’un “seul cas peut déstabiliser un pays” et requiert des mesures d’isolement strictes.
Ses recommandations — notamment la gestion “au cas par cas” et l’évitement des quarantaines hospitalières prolongées et inutiles (comme les 42 jours) — ont influencé les protocoles d’isolement internationaux pour concilier sécurité sanitaire et dignité des patients.
Fort de la réussite du Sénégal lors de précédentes épidémies (comme le contrôle strict d’Ebola dès 2014 ou le Covid-19), son avis a servi de guide de résilience pour d’autres nations.
Un hub logistique et humanitaire régional
Grâce à sa position géographique et à ses infrastructures robustes, le Sénégal fait office de pôle d’intervention d’urgence pour toute la région de l’Afrique de l’Ouest :
- Le Centre Régional d’Urgence : Développé en partenariat avec l’OMS, ce hub basé à Dakar facilite l’acheminement rapide de matériel médical et le déploiement de secouristes lors des crises sanitaires mondiales.
- Sécurisation des points d’entrée : L’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD) et le Port Autonome de Dakar disposent de plans d’urgence sanitaire intégrés et de cordons de contrôle stricts, permettant de gérer les flux migratoires en période épidémique sans bloquer complètement l’économie.
Certification et déploiement international (EMT)
Le Sénégal est historiquement le premier pays d’Afrique à obtenir la certification de l’OMS pour son Équipe Médicale d’Urgence (EMT de type 2).
Cela signifie que le Sénégal a la capacité projetable de déployer ses propres médecins et chirurgiens sur le terrain international en moins de 72 heures pour soigner de manière autonome des milliers de patients touchés par une crise sanitaire.
En résumé, le rôle du Sénégal ne s’est pas limité à protéger ses propres frontières.
À travers les leçons de ses experts et la force de ses structures, le pays a activement participé à la définition des bonnes pratiques internationales et à la logistique des rapatriements sanitaires mondiaux.
L’épidémie de maladie d’Ebola due au virus Bundibugyo en Ouganda et en République démocratique du Congo constitue une urgence de santé publique de portée internationale
Conformément au paragraphe 2 de l’article 12 du Règlement sanitaire international (2005) (RSI) (Détermination de l’existence d’une urgence de santé publique de portée internationale, y compris d’une urgence due à une pandémie), le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), après avoir consulté les États Parties où l’événement se produit actuellement, détermine que la maladie d’Ebola due au virus Bundibugyo en Ouganda et en République démocratique du Congo constitue une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), mais ne répond pas aux critères d’une urgence due à une pandémie, tels que définis dans le RSI.
Le Directeur général de l’OMS remercie les dirigeants de l’Ouganda et de la République démocratique du Congo de s’être engagés à prendre les mesures nécessaires, décisives pour maîtriser l’événement, ainsi que pour leur franchise dans l’évaluation des risques que représente cet événement pour les autres États Parties, permettant ainsi à la communauté internationale de se préparer comme il se doit.
Dans sa décision, le Directeur général de l’OMS a tenu compte, entre autres, des informations fournies par les États Parties – l’Ouganda et la République démocratique du Congo –, des principes scientifiques, ainsi que des éléments de preuve scientifiques disponibles et autres informations pertinentes et a évalué le risque pour la santé humaine, le risque de propagation internationale de la maladie et le risque d’entraves au trafic international.
Le Directeur général de l’OMS estime que l’événement répond aux critères de la définition de l’USPPI, énoncés à l’article 1 du RSI (Définitions). En effet :
1. L’événement est extraordinaire pour les raisons suivantes :
- Le 16 mai 2026, huit cas confirmés en laboratoire, 246 cas suspects et 80 décès suspects avaient été signalés dans la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo, dans au moins trois zones sanitaires, dont Bunia, Rwampara et Mongbwalu. De plus, deux cas confirmés en laboratoire (dont un mortel) sans lien apparent ont été signalés à Kampala, en Ouganda, à 24 heures d’intervalle, les 15 et 16 mai 2026. Il s’agissait de deux personnes en provenance de la République démocratique du Congo. Un autre cas signalé le 16 mai, qui revenait à Kinshasa en provenance de l’Ituri, a passé un test de confirmation à l’INRB, qui s’est révélé négatif, et n’est donc pas considéré comme un cas confirmé.
- Des groupes inhabituels de décès communautaires présentant des symptômes évocateurs de la maladie à virus Bundibugyo ont été signalés dans plusieurs zones sanitaires de l’Ituri et des cas suspects ont été notifiés dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. En outre, au moins quatre décès de professionnels de santé dans un contexte clinique évocateur d’une fièvre hémorragique virale ont été signalés dans la zone touchée, ce qui soulève des inquiétudes au sujet de la transmission associée aux soins, des lacunes concernant les mesures de lutte anti-infectieuse, ainsi que d’une éventuelle amplification dans les établissements de santé.
- Il existe actuellement d’importantes incertitudes quant au nombre réel de personnes infectées et à la propagation géographique associée à cet événement. De plus, on comprend mal les liens épidémiologiques avec les cas connus ou suspects.
- Cependant, le taux élevé de positivité des premiers échantillons collectés (huit échantillons positifs sur les 13 collectés dans différentes zones), la confirmation des cas à Kampala et à Kinshasa, ainsi que le nombre croissant de déclarations syndromiques de cas suspects et de groupes de décès dans la province de l’Ituri indiquent que l’épidémie est potentiellement bien plus importante que ce qui est actuellement détecté et rapporté et présente un risque élevé de propagation locale et régionale. En outre, l’insécurité persistante, la crise humanitaire, la forte mobilité de la population, la nature urbaine ou semi-urbaine du foyer actuel et le vaste réseau d’établissements de santé informels aggravent encore le risque de propagation, comme cela a été observé lors de la grande épidémie de maladie d’Ebola dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri en 2018-2019. Cependant, il n’existe actuellement aucun traitement ou vaccin spécifique homologué contre l’infection à virus Bundibugyo, alors que c’est le cas pour les souches Ebola Zaïre. Cet événement est donc considéré comme extraordinaire.
2. Il constitue un risque pour la santé publique dans d’autres États Parties en raison de la propagation internationale de la maladie. La propagation internationale est déjà avérée, deux cas confirmés en provenance de la République démocratique du Congo ayant été signalés à Kampala, en Ouganda, les 15 et 16 mai. Les deux cas confirmés ont été admis dans une unité de soins intensifs à Kampala. Le risque de propagation est considéré comme très élevé dans les pays frontaliers de la République démocratique du Congo en raison de la mobilité de la population, du commerce et des voyages entre les deux pays, ainsi que de l’incertitude épidémiologique persistante.
3. L’événement exige une coordination et une coopération internationales pour comprendre l’ampleur de la flambée, coordonner la surveillance, la prévention et la riposte, pour étendre et renforcer les opérations et pour garantir la possibilité de mettre en œuvre des mesures de lutte.
Conformément aux dispositions du RSI, le Directeur général de l’OMS convoquera un Comité d’urgence dès que possible afin d’obtenir des conseils, notamment, au sujet de la recommandation temporaire proposée aux États Parties pour faire face à l’événement.
L’avis de l’OMS, exposé ci-dessous, sera affiné le cas échéant, suivant celui du Comité d’urgence et après la publication des recommandations temporaires.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
