Afrique du Sud : des étrangers devenus indésirables , « Les immigrés doivent partir, on ne veut plus d’eux ici »,un drame à Durban accentue la crise migratoire

DAKAR, 1er juillet 2026 (JVFE)—Le décès d’un migrant à Durban au cours d’affrontements et d’agressions xénophobes a exacerbé les vives tensions migratoires en Afrique du Sud. Ce drame survient au moment de l’ultimatum du 30 juin 2026, une date butoir fixée par des collectifs xénophobes exigeant le départ immédiat de tous les étrangers en situation irrégulière.

En Afrique du Sud, des étrangers devenus indésirables : « Les immigrés doivent partir, on ne veut plus d’eux ici »

Plusieurs dizaines de milliers de Sud-Africains ont manifesté, mardi 30 juin 2026 à travers le pays, contre l’immigration, illégale ou non. Les étrangers sont accusés d’être la principale cause du chômage et de la criminalité.

La mort d’un ressortissant étranger intervient alors que des milliers de Sud-Africains manifestent pour exiger le départ des migrants en situation irrégulière, dans un climat de fortes tensions.

La police sud-africaine a ouvert une enquête après la mort d’un ressortissant étranger, retrouvé sans vie dans la nuit de lundi à mardi à Durban, un drame qui intervient alors que des milliers de Sud-Africains manifestaient ce mardi pour réclamer le départ des migrants en situation irrégulière.

Selon le South African Police Service (SAPS), l’homme aurait sauté du huitième étage d’un immeuble situé sur Margaret Mncadi Avenue, dans le centre de Durban. Les premiers éléments de l’enquête indiquent que trois ressortissants étrangers s’étaient introduits dans un entrepôt où ils seraient restés cachés pendant trois jours.

Pensant être découverts après avoir entendu des bruits, l’un d’eux se serait jeté dans le vide et est décédé sur place. Un second individu a pris la fuite, tandis qu’un troisième est resté sur les lieux. L’identité du défunt et le statut migratoire de l’autre personne font l’objet de vérifications.

Ce drame survient alors que des milliers de manifestants ont défilé dans plusieurs grandes villes du pays, notamment à Johannesburg et Durban, à l’appel de mouvements exigeant l’expulsion des migrants en situation irrégulière avant l’échéance symbolique du 30 juin.

Si les autorités ont qualifié les rassemblements de globalement pacifiques, plusieurs incidents ont été signalés. À Johannesburg, des commerces ont fermé leurs portes par précaution, des habitations ont été endommagées à Yeoville et cinq personnes ont été arrêtées à Soweto pour le pillage présumé d’un commerce appartenant à un ressortissant étranger. Dix autres arrestations ont été enregistrées dans la province du KwaZulu-Natal, notamment pour pillage, intimidation et agression contre un policier.

Dans le centre-ville de Johannesburg, une foule échauffée marche à grands pas, chants et habits traditionnels zoulous, bâtons et « sjamboks » (fouets) en main. « Mabahambe ! » « Ils doivent partir ! » crient-ils. « C’est notre dernier appel au gouvernement pour faire partir les immigrés », avertit Ngizwe Mchunu, l’un des instigateurs de cette vague de protestations anti-migrants. En tête de cortège, il arbore drapeau sud-africain et coiffe zouloue de plumes rouges et noires. « Nous avons été pacifiques jusqu’à maintenant, mais aujourd’hui nous voulons montrer au monde entier que nous pouvons régler nos propres problèmes. »

À Durban, plusieurs entreprises du centre-ville ont suspendu leurs activités, tandis qu’un important dispositif policier, appuyé par un hélicoptère, a été déployé pour prévenir les violences.

Selon les autorités, 25 000 migrants en situation irrégulière ont déjà été rapatriés, principalement vers des pays africains voisins, à la faveur des opérations de contrôle menées ces dernières semaines.

À la veille des manifestations, le président Cyril Ramaphosa avait rencontré les dirigeants du mouvement de contestation afin d’appeler au calme, tout en reconnaissant la nécessité d’une réforme de la politique migratoire. Les organisateurs de la campagne « March and March » ont toutefois prévenu qu’ils poursuivraient leurs mobilisations tant que le gouvernement n’accélérerait pas les expulsions des migrants en situation irrégulière.

Les faits marquants à Durban

  • Un climat d’insécurité permanent marqué par le pillage de commerces tenus par des étrangers.
  • La fuite massive de milliers de ressortissants étrangers vers des camps de transit improvisés.
  • Le démantèlement en urgence des structures d’accueil temporaires face à l’hostilité des riverains.
  • Le survol de la ville par des hélicoptères de police pour contenir les manifestations violentes.

Une crise d’ampleur nationale

La campagne anti-immigration « March and March » paralyse plusieurs centres urbains majeurs. Outre Durban, des violences sporadiques et des intimidations ont été signalées dans les quartiers paupérisés de Johannesburg, Soweto et Le Cap. Au total, au moins quatre migrants ont été tués au cours de ce mois (originaires du Mozambique, du Malawi et d’Éthiopie). Face aux menaces physiques, au non-renouvellement de leurs baux et aux licenciements forcés d’employeurs craignant des amendes, plus de 25 000 personnes ont déjà été rapatriées vers les pays voisins, principalement par bus ou par vols affrétés par le Gouvernement du Malawi, le Nigeria ou le Ghana.

Les raisons de la fracture sociale

Les mouvements xénophobes accusent les clandestins d’occuper les emplois locaux, d’aggraver l’insécurité et de saturer les hôpitaux publics, dans un contexte où le taux de chômage national frôle les 32 %. Le président Cyril Ramaphosa a fermement condamné ces violences, rappelant qu’il ne fallait pas faire des immigrés des « boucs émissaires » pour masquer les inégalités socio-économiques structurelles du pays.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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