DAKAR, 05 juillet 2026 (JVFE)—Afreximbank appelle fermement à soutenir la Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA) afin de mobiliser l’épargne locale, d’industrialiser le continent et de garantir sa souveraineté économique concrète.
L’Afrique fait face à un déficit annuel estimé à 400 milliards de dollars pour son développement.
Les sources de financement traditionnelles se tarissent en raison des crises occidentales.
Le continent continue d’exporter ses matières premières sans transformation locale.
Les institutions du continent agissent de manière isolée sans synergie systémique.
Le Président d’Afreximbank et Président du conseil d’administration de la Banque Africaine d’Export-Import (Afreximbank), Dr George Elombi, a déclaré que la souveraineté économique de l’Afrique ne sera atteinte que lorsque le continent s’industrialisera à grande échelle, transformera ses propres ressources et s’assurera un accès équitable aux capitaux pour financer ses priorités de développement, selon ses propres conditions.

Dans un conférence de presse publié le 2 juillet 2026, à Abuja, au Nigéria, Dr Elombi a déclaré que l’Afrique ne pouvait plus s’appuyer sur un modèle de développement fondé sur l’extraction et l’exportation de matières premières ainsi que sur l’importation de produits finis. Il a ajouté que la prochaine phase de croissance du continent devait être portée par la valeur ajoutée, l’industrie manufacturière, le commerce régional et des institutions financières africaines plus solides, capables de mobiliser massivement des capitaux et des ressources nationaux en vue de la transformation. « La souveraineté de l’Afrique ne sera pas assurée en exportant davantage de ce que nous ne transformons pas. Elle sera garantie lorsque nous aurons mis en place les industries qui transforment les ressources africaines en valeur africaine. Mais l’industrialisation nécessite des capitaux, et ces capitaux doivent être accessibles à des conditions équitables, fondées sur des données factuelles et reflétant le véritable potentiel de l’Afrique ».
Dr Elombi a déclaré que le mandat d’Afreximbank consistait avant tout à aider le continent à opérer cette transition : passer d’une dépendance vis-à-vis des matières premières à une capacité industrielle, de marchés fragmentés à un commerce intégré, et d’une vulnérabilité face à l’extérieur à une plus grande résilience africaine.
Que ce soit directement par le biais de financements par emprunt ou indirectement via son véhicule de capital-investissement, le Fonds pour le développement des exportations en Afrique (FEDA), et en collaboration avec des partenaires industriels tels qu’ARISE IIP, « Afreximbank facilite le développement de parcs industriels polyvalents et de zones économiques spéciales, destinés à soutenir les secteurs de la transformation minière, de l’agroalimentaire, de l’automobile, du textile et de l’industrie pharmaceutique. La Banque intensifie ces investissements stratégiques dans le but de créer des pôles industriels compétitifs et d’approfondir les liens de production régionaux à travers le continent ».
Accélérer le commerce africain et la création d’emplois
Dr Elombi a déclaré que, pour que l’Afrique puisse s’industrialiser, le continent doit également remédier aux contraintes liées au coût et à la disponibilité des capitaux. Il a souligné que les notations de crédit influencent le coût de financement des institutions, les investisseurs auxquels elles peuvent accéder et, en fin de compte, le coût auquel elles peuvent financer le commerce, les infrastructures et l’industrie.
« Une évaluation équitable de la solvabilité fait partie du programme de souveraineté de l’Afrique. Lorsque les institutions africaines sont évaluées correctement, elles peuvent lever des capitaux à des conditions plus compétitives. En levant des capitaux à des conditions plus compétitives, elles peuvent financer la croissance industrielle de l’Afrique et accélérer le commerce africain ainsi que la création d’emplois », a-t-il déclaré.
Il a indiqué que la récente notation « investment grade » attribuée à Afreximbank par S&P Global Ratings, qui a attribué à la banque une notation de crédit émetteur de BBB+ à long terme et de A-2 à court terme, démontrait l’importance d’évaluer les institutions africaines dans leur contexte propre. L’évaluation de S&P fait suite aux solides performances d’Afreximbank au premier trimestre 2026, avec un total des actifs et des engagements conditionnels s’élevant à 49,4 milliards de dollars US, des fonds propres de 8,6 milliards de dollars US, un ratio d’adéquation des fonds propres de 23 % et un taux de créances douteuses de 2,40 %.
S’appuyer plus fermement sur ses propres fondements
Dr Elombi a ajouté que l’industrialisation ne permettra d’assurer la souveraineté que si les produits africains peuvent circuler librement sur les marchés africains. Il a déclaré qu’Afreximbank continuerait à soutenir les infrastructures facilitant les échanges commerciaux, les systèmes de paiement, les corridors logistiques et la mise en œuvre de la ZLECAf afin de réduire les obstacles qui entravent les échanges entre les entreprises africaines.
« Les capitaux, l’industrie et le commerce doivent fonctionner de concert », a-t-il déclaré. « L’Afrique doit financer sa production, transformer ses ressources et acheminer ses marchandises sur ses propres marchés. C’est ainsi que nous créons de la valeur, que nous la conservons en Afrique et que nous construisons une souveraineté concrète, et non théorique ». Il s’est félicité de l’idée d’une Nouvelle architecture financière africaine (NAFA) et a souligné l’urgence de renforcer les capacités afin de mobiliser les ressources du continent et soutenir son développement.
Dans une perspective d’avenir, le Dr Elombi a indiqué qu’Afreximbank continuerait à privilégier le financement des systèmes dont l’Afrique a besoin pour s’appuyer plus fermement sur ses propres fondements, notamment les capacités industrielles, la valeur ajoutée, la transformation des minerais stratégiques, les infrastructures facilitant le commerce, les paiements numériques, la sécurité énergétique et le commerce intra-africain.

Les 4 grands piliers de la NAFA
La vision de la NAFA, portée par le Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) et entérinée par le Consensus d’Abidjan, repose sur des axes précis :
- Capter l’épargne locale : Connecter les caisses de retraite et d’assurance africaines (estimées à 4 000 milliards USD).
- Coordonner les acteurs : Faire travailler ensemble les banques de développement, fonds de garantie et fintechs.
- Financer la production : Investir massivement dans la transformation industrielle locale plutôt que l’extraction brute.
- Renforcer les devises locales : Réduire la dépendance systémique au dollar américain pour les échanges régionaux.
Les actions concrètes menées par Afreximbank
Pour faire de cette architecture une réalité, Afreximbank déploie déjà plusieurs mécanismes opérationnels majeurs :
- Le système PAPSS : Cette plateforme de paiement transfrontalier en monnaies locales est opérationnelle dans 28 pays africains.
- Zones économiques : Financement de parcs industriels polyvalents via le fonds FEDA pour le textile, l’agroalimentaire et la pharmacie.
- Sécurité énergétique : Octroi d’un financement de 2,5 milliards de dollars à la raffinerie Dangote pour raffiner le pétrole sur place.
- Soutien logistique : Investissements massifs dans la mise en œuvre de la ZLECAf et les corridors logistiques africains
Le Consensus d’Abidjan, adopté le 9 avril 2026 sous le haut patronage du président ivoirien Alassane Ouattara et dirigé par le Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD), scelle un accord historique autour de 11 engagements collectifs. Ce texte fondateur formalise la mise en œuvre de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD) pour briser la dépendance financière extérieure du continent.
Voici les conclusions majeures et opérationnelles de ce consensus :
1. Changement de paradigme souverain
- Cadre continental partagé : Adoption de la NAFAD comme l’unique boussole pour réorganiser la gestion des capitaux et des risques en Afrique
- Fin de la dépendance : Transition d’une logique d’aide publique internationale vers une organisation souveraine du capital africain.
- Quatre principes clés : Structuration de l’écosystème autour de la subsidiarité, de la complémentarité, de la coordination et de la transformation du risque.
2. Mobilisation massive de l’épargne locale
- Activation des 4 000 milliards : Canalisation de l’épargne domestique africaine (fonds de pension, fonds souverains, assurances) vers des projets productifs.
- Intégration des marchés : Harmonisation des réglementations pour faciliter les investissements transfrontaliers et le développement des marchés de capitaux régionaux.
- Instruments en monnaie locale : Création et déploiement intensif de solutions financières locales pour contrer le coût élevé des devises étrangères.
3. Pipeline de projets et réduction des risques
- Origination de projets bancables : Standardisation de la documentation et création de plateformes partagées pour multiplier les projets viables.
- Rehaussement de crédit : Amélioration des systèmes de garantie internes au continent pour rassurer les investisseurs institutionnels africains.
4. Inclusion et impact social au cœur du système
- Moteurs de transformation : Injonction absolue de placer la création d’emplois pour les jeunes, l’autonomisation des femmes et la croissance inclusive comme axes prioritaires des financements.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
