
DAKAR, 17 juillet 2026 (JVFE)—Le projet de loi de finances rectificative (LFR) pour l’année 2026 au Sénégal se trouve actuellement au cœur d’un imbroglio administratif et institutionnel entre le gouvernement et le pouvoir législatif.
L’Assemblée nationale du Sénégal a formellement démenti avoir reçu le projet de loi de manière réglementaire. Bien que le Conseil des ministres ait adopté le texte le 17 juin 2026, la procédure est bloquée pour les motifs suivants :
Le 29 juin 2026, la Direction des services législatifs a reçu un courrier du Secrétariat général du Gouvernement transmettant le décret présidentiel de présentation. Cependant, le document de loi lui-même était absent du dossier.
Constatant cette omission majeure, l’Assemblée nationale a immédiatement retourné le dossier au gouvernement pour qu’il soit complété.
Les instances parlementaires ont indiqué n’avoir reçu aucune mise à jour ni aucun dossier complété en provenance du Gouvernement.
Le projet de LFR 2026 ainsi que le Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029 avaient été examinés puis validés par le Conseil des ministres du 17 juin 2026.
Cette LFR doit ajuster les prévisions de la Loi de finances initiale (LFI) 2026, qui tablait initialement sur d’importantes recettes portées par les réformes fiscales et l’exploitation des hydrocarbures.
Cette situation de blocage technique empêche pour le moment toute inscription à l’ordre du jour ou numérotation au rôle général de l’Assemblée nationale.
La Loi de finances initiale (LFI) 2026 du Sénégal a établi un budget historique marqué par la volonté de souveraineté économique, tandis que le climat politique à l’Assemblée nationale reste très tendu autour de son application.
Les chiffres clés de la LFI 2026 (Sénégal)
Le texte de la LFI 2026 propose des montants records articulés autour des priorités de l’Agenda national de Transformation :
- Recettes totales : 6 188,8 milliards de FCFA (soit une forte hausse de 23,4 % par rapport à 2025). Ces ressources reposent principalement sur les recettes fiscales (5 384,8 milliards FCFA), dynamisées par les réformes de l’assiette et le début de l’exploitation des hydrocarbures.
- Dépenses totales : 7 433,9 milliards de FCFA (+12,4 % par rapport à 2025).
- Déficit budgétaire : Fixé à 1 245,1 milliards de FCFA, ce qui représente 5,37 % du PIB (avec l’objectif de le faire converger vers les normes communautaires).
- Dépenses majeures du budget général (7 177,2 milliards FCFA) :
- Dépenses de personnel (salaires publics) : 1 532,8 milliards FCFA.
- Intérêts de la dette publique : 1 190,6 milliards FCFA.
- Investissements (capital sur ressources internes et externes) : Environ 2 804 milliards FCFA.
Évolution des débats et tensions politiques à l’Assemblée
L’examen et le suivi de ce budget s’inscrivent dans un contexte de bras de fer institutionnel intense entre l’Exécutif et le Législatif :
- Le conflit du « dossier fantôme » : Les débats actuels ne portent pas encore sur le fond des réajustements économiques, mais sur un conflit de procédure. L’opposition parlementaire et le bureau de l’Assemblée nationale accusent le gouvernement de légèreté après la transmission d’un décret de Loi de finances rectificative (LFR) sans le texte de loi associé, qualifiant l’affaire d’amateurisme administratif.
- Pression sur l’exécution réelle : Lors des récentes auditions menées à l’Assemblée, le ministre des Finances et du Budget a révélé que les recettes du premier trimestre ont atteint 1 149,7 milliards FCFA (soit 19,4 % de l’objectif annuel). L’opposition utilise ces chiffres pour critiquer les prévisions initiales du gouvernement, jugées trop optimistes face aux chocs économiques mondiaux.
- Guerre de communication : En publiant des communiqués officiels détaillant les défaillances de transmission de l’Exécutif, l’Assemblée nationale cherche à se dédouaner de tout retard législatif, transformant une erreur technique en véritable crise politique de transparence.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
