DAKAR, 19 AOUT 2026 (JVFE)—Le Fonds monétaire international (FMI) déploiera une mission à Dakar , sous la conduite de sa cheffe de mission pour le Sénégal, Mercedes Vera Martin selon le Communiqué de presse N° 26/276.
Une mission du FMI dirigée par Mercedes Vera Martin commence effectivement à Dakar ce 19 août 2026 pour une durée de près de deux semaines (jusqu’au 1er septembre), mais il ne s’agit pas de repartir de zéro.
Cette visite poursuit un dialogue technique déjà engagé pour bâtir un nouveau programme de réformes et de soutien financier.
Cette séquence de deux semaines s’inscrit dans le dialogue soutenu entre l’institution multilatérale et les autorités sénégalaises autour de la situation macroéconomique du pays et des conditions de conclusion d’un nouveau programme de coopération financière.
Au cours de cette mission, les services du FMI et les autorités sénégalaises poursuivront leurs discussions en vue de progresser vers une convergence de vues sur les politiques et les réformes susceptibles d’être soutenues par un accord de financement avec le FMI.
Le FMI reste déterminé à soutenir le Sénégal dans ses efforts visant à préserver la stabilité macroéconomique et à promouvoir une croissance durable et inclusive.
Les services du FMI échangeront également avec différents acteurs économiques et sociaux au cours de la mission.
La visite se tient alors que Dakar cherche à restaurer la crédibilité de ses comptes publics après les révisions statistiques ayant marqué les deux dernières années.
Stabiliser le cadre macroéconomique, restructurer la dette publique et restaurer la crédibilité des comptes publics sénégalais après des révisions statistiques.
Les échanges se dérouleront du 19 août au 1er septembre 2026.
Contexte des Débats sur les “fonds spéciaux” et la gouvernance
La mission Vera Martin se déroulera dans une période particulièrement sensible pour la signature financière du Sénégal.
Depuis la publication du rapport de la Cour des comptes en 2024, qui a mis en lumière un endettement et un déficit budgétaire supérieurs aux données antérieurement communiquées, les échanges entre Dakar et Washington portent sur la validation d’un cadre macroéconomique révisé. Les créanciers internationaux, à commencer par les détenteurs d’eurobonds sénégalais, attendent des signaux tangibles quant à la reprise d’un accord au titre du mécanisme élargi de crédit.
Les finances publiques nationales font l’objet d’un vif débat politique à l’Assemblée nationale.
Un conflit institutionnel oppose le gouvernement et l’Assemblée autour d’une proposition de loi sur les crédits spéciaux. Le Conseil constitutionnel a été saisi par le gouvernement.
Des accusations croisées opposent des figures politiques majeures (notamment Ousmane Sonko et Aminata Touré) concernant l’utilisation passée de montants estimés à 1,7 milliard de FCFA de fonds politiques.
Une révision constitutionnelle (article 37) a été adoptée pour étendre l’obligation de déclaration de patrimoine aux dirigeants des grandes institutions.
Le Parquet financier a ouvert une information judiciaire dans l’affaire de gestion des fonds de l’ASER (Agence sénégalaise d’électrification rurale)
La mission du FMI menée par Mercedes Vera Martin, qui débute ce 19 août 2026 à Dakar, marque le passage d’une phase d’urgence à une phase de négociation structurelle pour un nouveau programme financier.
Voici les détails complets sur le contexte, les blocages passés et les grands thèmes de discussion :
Pourquoi les discussions repartent de zéro ?
En 2024, le FMI avait suspendu un plan d’aide de 1,8 milliard de dollars accordé au Sénégal. Cette décision faisait suite à la découverte d’écarts majeurs dans les comptes publics (qualifiés de misreporting par le Fonds) :
Recalculée à fin 2023 à près de 99,6 % du PIB (et estimée jusqu’à 132 % du PIB en incluant les entreprises publiques), contre 76 % annoncés initialement.
Réévalué à 12,3 % du PIB pour l’année 2023, au lieu des 4,9 % déclarés au départ.
Depuis, les autorités sénégalaises ont mené des audits complets. Le FMI considère désormais que ces efforts de transparence sont suffisants pour ouvrir des négociations officielles.
Les priorités des discussions à Dakar (19 août – 1er septembre)
L’équipe technique du FMI et le ministère sénégalais de l’Économie cherchent à s’accorder sur un cadre macroéconomique strict. Les échanges portent sur :
Réduire progressivement le déficit de l’État (ramené à 6,4 % en 2025) grâce à une rationalisation des dépenses publiques.
Mettre en place un contrôle centralisé des emprunts publics et une trajectoire viable pour rassurer les créanciers extérieurs.
Renforcer les rentrées fiscales nationales et optimiser l’usage des futurs revenus issus de l’exploitation des hydrocarbures (pétrole et gaz).
Trouver un équilibre délicat pour maintenir les investissements dans l’agriculture, l’accès à l’eau et l’éducation, tout en renforçant les filets sociaux.
Les enjeux stratégiques pour le Sénégal
Le pays cherche à obtenir des financements dits “concessionnels” (à des taux très bas), évitant ainsi d’avoir recours à des emprunts commerciaux trop coûteux.
Faute de financements internationaux ces derniers mois, le Sénégal a massivement emprunté sur le marché obligataire de l’UMOA, ce qui a réduit la liquidité globale et fait grimper les taux d’intérêt dans toute la zone ouest-africaine.
Un feu vert du FMI servira de garantie de confiance pour débloquer d’autres appuis (Banque mondiale, investisseurs étrangers).
La mission se terminera le 1er septembre 2026 par une déclaration officielle de la cheffe de mission, qui indiquera si un consensus technique a été validé pour soumettre le dossier au Conseil d’administration du FMI.
Un communiqué de fin de mission, généralement publié à l’issue des consultations, précisera les points de convergence et les réformes attendues avant tout passage devant le Conseil d’administration du FMI.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
