DAKAR, 04 Septembre 2026 (JVFE)—L’Iran a de nouveau visé jeudi des cibles militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l’attaque qui a tué quatre personnes lors d’un mariage mardi soir, frappe pour laquelle Washington a annoncé une enquête.
Après un mois d’accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l’initiative de l’armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d’être tirées dans le stratégique détroit d’Ormuz.
Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.
La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l’Iran aux États-Unis, s’est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.
Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu’il s’agissait bien d’une frappe américaine.
Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l’un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.
L’Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu’on sache s’ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.
Les États-Unis, qui ne s’étaient jusqu’ici pas exprimés officiellement sur cette attaque, mènent « une enquête approfondie », a indiqué devant la presse le vice-président américain J.D. Vance, tout en se disant « sceptique ».
Le vice-président des États-Unis, JD Vance, a estimé ce jeudi 3 septembre que le conflit en Iran n’est pas vraiment “une guerre”. Il a également affirmé que le passage dans le détroit d’Ormuz est “presque” revenu à la normale.
« Je dirais que les médias d’État iraniens n’ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s’est passé dans ce conflit jusqu’à présent, je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet », a-t-il affirmé.

Le vice-président américain J.D. Vance
Après un mois d’accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l’initiative de l’armée américaine, qui a dit vouloir empêcher des roquettes chargées de mines marines d’être tirées dans le stratégique détroit d’Ormuz.
Téhéran a répondu en ciblant ses voisins du Golfe, comme depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne fin février.
Pour autant, le vice-président américain s’est refusé de parler d’« une guerre », alors que le conflit est un sujet de mécontentement pour les électeurs américains à l’approche des élections législatives de novembre.
« Je n’appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n’y a pas d’échange de tirs », a-t-il dit.4
Alors que le président Donald Trump réfléchirait à déclarer purement et simplement la fin du conflit, le vice-président a tenu à minimiser les hostilités, pendant une conférence de presse à la Maison Blanche.
Sur le terrain, la situation décrit bel et bien des actes de guerre. Il y a des initiatives militaires (frappes américaines pour empêcher des tirs de roquettes), l’utilisation d’armes stratégiques (mines marines dans le détroit d’Ormuz) et des représailles ciblant des pays tiers (les voisins du Golfe). Le conflit s’inscrit de plus dans la durée, ayant débuté en février par une offensive conjointe.
La frappe ayant ciblé un mariage, imputée par l’Iran aux États-Unis, s’est produite dans le district de Sirik (sud-est), et a également blessé près de 70 personnes.
Les vidéos montrant des décorations de fêtes au milieu de débris et de taches de sang ont été largement partagées en Iran. Le New York Times, qui a analysé les témoignages et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et interrogé des experts militaires, affirme qu’il s’agissait bien d’une frappe américaine.
« Le sang pur de ces martyrs […] ne restera pas impuni et sera certainement vengé », a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la Révolution, puissante armée idéologique iranienne.
Au total dans la nuit de mardi à mercredi, au moins 19 personnes dont sept membres des forces armées ont été tuées lors de bombardements en Iran, l’un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.
L’Iran a aussi annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans des frappes américaines, sans qu’on sache s’ils comptaient parmi les 19 personnes tuées.
Jeudi, son armée a notamment visé des « hangars d’avions de combat de l’armée terroriste américaine dans la base aérienne Ahmad al-Jaber au Koweït », selon un communiqué militaire.
Aux Émirats arabes unis, ce sont les systèmes radar américains qui ont été visés sur la base aérienne al-Minhad, d’après la même source.
Le Koweït a dénoncé une « ignoble agression ». Les Émirats n’ont pas confirmé avoir été ciblés, et on ne connaît pas l’étendue d’éventuels dégâts.
Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations pour y mettre fin restent dans l’impasse.
Au cœur du conflit, le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d’hydrocarbures que l’Iran verrouille désormais depuis des mois.
Les États-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi, J.D. Vance a affirmé que le passage de pétrole et de gaz avait « presque » retrouvé ses niveaux d’avant-guerre dans le détroit.
Washington n’a de son côté pas bombardé l’Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les États-Unis restaient prêts à frapper « à tout moment ».
Alors que Donald Trump peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, l’administration américaine mise aussi sur la pression économique, avec par exemple l’annonce de divers nouvelles sanctions à venir contre les partenaires commerciaux de Téhéran.
Les cours du pétrole sont repartis à la hausse ces derniers jours du fait du regain de violences, le Brent, référence mondiale, évoluant au-dessus de 95 dollars.
Les investisseurs restent sceptiques « quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d’Ormuz », observe Jim Reid, économiste pour la Deutsche Bank.
Malgré l’intensité des faits, le vice-président américain refuse d’employer le mot « guerre », s’appuyant sur l’argument technique ou temporaire qu’au moment précis de sa déclaration, « il n’y a pas d’échange de tirs ».
Ce refus de nommer la réalité s’explique par des impératifs de politique intérieure.
À l’approche des élections législatives de novembre, l’administration au pouvoir cherche à rassurer un électorat américain déjà mécontent de l’engagement militaire du pays. Reconnaître officiellement l’état de guerre validerait les critiques de l’opposition et des électeurs.
Ces deux extraits illustrent l’engrenage classique des conflits modernes, où les actions militaires, les justifications politiques et les représailles s’entremêlent.
l’Iran réplique à une frappe meurtrière (mardi) en ciblant de nouveau les forces américaines (jeudi).
L’élément déclencheur de cette dernière escalade est la mort de quatre civils lors d’un mariage. L’annonce d’une enquête par Washington suggère une possible bavure militaire, un facteur qui alimente généralement la colère de la population locale et légitime les contre-attaques de Téhéran.
Alors que le vice-président américain affirmait qu’il n’y avait « pas d’échange de tirs » pour éviter le mot « guerre », les événements de mardi et jeudi prouvent le contraire.
La Corée du Sud envisage d’apporter sa “contribution” pour sécuriser la navigation dans le détroit stratégique d’Ormuz, entravée depuis le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, a indiqué ce vendredi 4 septembre la présidence du pays.
“Des contributions pour le détroit d’Ormuz pourraient être gérées dans des limites qui ne compromettent pas l’état de préparation militaire” de la Corée du Sud face à la menace de la Corée du Nord, a déclaré à la presse un porte-parole de la présidence, précisant qu’une évaluation en ce sens était en cours.
La chaîne de télévision sud-coréenne JTBC avait affirmé jeudi que le gouvernement sud-coréen était disposé à déployer des moyens militaires dans le détroit d’Ormuz, mais les ministères de la Défense et des Affaires étrangères avaient par la suite indiqué qu’aucune décision n’avait été prise à ce sujet.
Exercices militaires conjoints
Le président américain Donald Trump avait annoncé le 16 août réduire fortement la participation des États-Unis à des exercices militaires annuels conjoints avec la Corée du Sud, un camouflet pour Séoul, estimant que ces manoeuvres envoyaient “un signal totalement inapproprié et hostile” à Pyongyang. Il avait également fait un lien entre sa décision et la guerre dans le Golfe, déclenché par l’offensive des États-Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février.
“Bien que ce soit relativement sans rapport, j’ai récemment demandé au président de la Corée du Sud s’ils voudraient se joindre à nous dans la dénucléarisation de la République islamique d’Iran et ils ont dit Non merci”, avait-il écrit sur son réseau Truth Social.
Les États-Unis tentent depuis des mois de convaincre leurs alliés de participer militairement à la sécurisation du détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.
Depuis le début de la guerre, Téhéran prend pour cible les navires qui tentent de passer le détroit sans son autorisation, et les États-Unis mettent en retour en oeuvre un blocus des ports iraniens.
Le ministère américain de l’Énergie avait lui évoqué lundi un chiffre de 17 millions de barils de pétrole ayant transité par ce passage très disputé, et Donald Trump a partagé sur son réseau Truth Social un graphique faisant état de 18 millions de barils quotidiens, selon lui proche du chiffre de 20 millions d’avant la guerre.
Le trafic de navires de matières premières (hydrocarbures mais aussi engrais et minéraux) a dégringolé à 10 transits par jour en moyenne après le verrouillage du détroit par Téhéran le 1er mars, contre 95 transits quotidiens en moyenne en février, selon une analyse AFP des données de la plateforme de suivi de flux maritimes Kpler.
La signature d’un accord entre Washington et Téhéran mi-juin pour des pourparlers de paix a permis un rebond temporaire à 36 transits par jour, avant une rechute à 15 entre la reprise des affrontements le 8 juillet et le 22 août.
Depuis le 8 juillet, les deux tiers des transits sont devenus “fantômes” ou inconnus, contre moins de 1% avant la guerre, selon Kpler. Il s’agit de navires repérés de part et d’autre du détroit, mais dont l’itinéraire exact ne peut être confirmé faute de données suffisantes (transpondeurs désactivés, signaux brouillés, images satellites manquantes).
À l’approche des élections législatives de novembre, l’administration américaine refuse de qualifier les affrontements dans le détroit d’Ormuz de « guerre » afin d’anesthésier un électorat lassé des interventions extérieures. Ce décalage entre la rhétorique officielle et la réalité d’un conflit total risque de compromettre la crédibilité du pouvoir face à un nouvel enlisement militaire.

Donald Trump a proposé ce mercredi 2 septembre de renommer le détroit d’Ormuz en “détroit Trump”, quelques jours après avoir signé un décret pour changer le nom du “lac Ontario”, situé à la frontière canadienne, en “lac Amérique”.
“Maintenant que nous en avons le contrôle, devrions-nous rebaptiser le détroit d’Ormuz ‘détroit Trump’?” À l’image des États-Unis, il serait plus séduisant que jamais!, a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social.
Synthèse des arguments de chaque camp
| Camp | Actions & Arguments clés | Objectif affiché / Justification |
| États-Unis (Washington) | • Prévention & Sécurité : Initiative militaire pour bloquer des roquettes chargées de mines marines dans le détroit d’Ormuz. • Transparence / Responsabilité : Ouverture d’une enquête après la frappe meurtrière lors du mariage. • Minimisation politique : Refus de parler de « guerre » car il n’y a pas d’échanges de tirs permanents. | Justifier des frappes ciblées au nom de la protection des voies maritimes stratégiques mondiales, tout en limitant le coût politique interne. |
| Iran (Téhéran) | • Défense / Représailles : Riposte aux attaques américano-israéliennes initiales de février. • Droit à la vengeance : Ciblage des forces américaines après la mort de 4 civils lors d’un mariage. • Guerre asymétrique : Attaques contre les alliés régionaux (voisins du Golfe) pour faire pression. | Légitimer la contre-offensive face à ce qui est perçu comme une agression extérieure, en exploitant les bavures américaines pour mobiliser. |
Analyse de l’impact sur les élections américaines à venir
Ce conflit direct place l’administration américaine actuelle dans une position très inconfortable à l’approche des élections législatives de novembre.
Les électeurs américains manifestent déjà leur rejet de cette implication militaire. Une nouvelle guerre au Moyen-Orient ravive le spectre de conflits longs et coûteux, ce qui pénalise généralement le parti au pouvoir.
En refusant d’utiliser le mot « guerre », le vice-président tente de désamorcer les critiques de l’opposition. Cependant, la réalité du terrain (morts civiles, enquêtes, répliques iraniennes le jeudi) contredit ce discours, ce qui peut entamer la crédibilité de l’exécutif auprès des indécis.
Les adversaires politiques de l’administration vont probablement utiliser la frappe du mariage et la reprise des hostilités pour dénoncer une mauvaise gestion de la politique étrangère, accusant le pouvoir soit de faiblesse face à l’Iran, soit d’enlisement militaire.
Ce passage maritime stratégique est en fait verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l’Iran. Les États-Unis mènent en réaction un blocus des ports iraniens.
Mi-août, le président américain avait publié une carte montrant le détroit d’Ormuz et le décrivant comme un “nouveau territoire américain”, reprenant une idée qu’il avait exprimée quelques jours auparavant sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.
La paix avec l’Iran semble lointaine
Ce n’était pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lançait ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d’annexion d’un territoire étranger.
Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le “51e” État américain, de s’emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l’acte. Il a aussi rebaptisé en janvier 2025 le Golfe du Mexique en “Golfe de l’Amérique”, une décision contestée par Mexico.
Sa dernière remarque concernant le détroit Ormuz intervient alors qu’une issue pacifique au conflit entre l’Iran et les États-Unis semble lointaine.
Mi-juin, les deux belligérants avaient signé un protocole d’accord censé déboucher sur un règlement durable, qui n’a rien donné. Après un mois de calme, les hostilités viennent de reprendre avec des frappes américaines près du détroit d’Ormuz et des réponses iraniennes contre des intérêts américains au Moyen-Orient.
Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.
Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
