Le cycle de l’eau s’affole sur l’ensemble de la planète. Selon le dernier rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) publié ce jeudi, l’année 2025 s’inscrit parmi les plus sèches des 35 dernières années, marquée par un tarissement critique des fleuves. Une réalité globale qui frappe de plein fouet l’Afrique de l’Ouest, où le fleuve Sénégal subit une décrue précoce et historique.
Par Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE
Publié le 17 septembre 2026
Le signal d’alarme tiré par les scientifiques est sans équivoque : la Terre perd son eau douce à une vitesse alarmante. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) vient de publier son état des lieux des ressources hydriques mondiales. Le constat est sans appel : le dérèglement climatique ne se conjugue plus au futur, il asphyxie déjà les principaux réservoirs d’Europe, d’Asie et des Amériques. L’Afrique et l’Asie apparaissent d’ailleurs comme les régions les plus vulnérables, concentrant plus de 80 % des décès liés aux extrêmes hydrologiques ces dernières années.
Des fleuves mondiaux au régime sec
En termes de débit fluvial, l’année 2025 s’impose comme l’une des plus arides jamais enregistrées depuis 35 ans. Des artères fluviales majeures, qui font vivre des millions de personnes et soutiennent des économies entières, ont vu leur niveau chuter à des seuils critiques.
Cette baisse généralisée des débits perturbe simultanément la production d’énergie hydroélectrique, le transport ainsi que l’accès à l’eau potable et l’irrigation agricole, menaçant directement la sécurité alimentaire mondiale.
Zoom sahélien : L’inquiétante agonie précoce du fleuve Sénégal
Le fleuve Sénégal, véritable cordon ombilical pour la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, est le miroir de cette crise mondiale. Alors qu’en 2025 les crues exceptionnelles avaient menacé de nombreux villages le long du cours d’eau, le bassin subit un retour de bâton d’une brutalité inouïe.
Les derniers bulletins hydrologiques officiels de la Direction de la Gestion et de la Planification des Ressources en Eau (DGPRE) révèlent une décrue d’une précocité alarmante à la mi-septembre 2026 :
- À la station de Bakel, le plan d’eau s’est effondré à 4,65 mètres, contre 8,80 mètres à la même date l’an dernier (une baisse vertigineuse de 4,15 mètres).
- À Matam, le niveau stagne à 5,30 mètres au lieu des 8,03 mètres enregistrés en 2025.
- La tendance au tarissement est identique à Podor ou Richard-Toll.
Cette baisse drastique des écoulements de surface menace directement la culture de décrue et l’irrigation du riz dans la vallée, accentuant le stress hydrique d’une population en pleine expansion démographique. [
L’épuisement invisible des réserves souterraines
Au-delà des fleuves visibles à l’œil nu, le rapport de l’OMM met en lumière une crise plus insidieuse : la baisse persistante des réserves d’eaux continentales. Les nappes phréatiques, qui constituent nos réservoirs de secours ultimes, ne parviennent plus à se recharger.
Au Sénégal, où les eaux souterraines fournissent 85 % de l’eau potable et la quasi-totalité des usages industriels, la surexploitation et la baisse des recharges hivernales font craindre une avancée saline irréversible dans les aquifères côtiers. Un appel à la coopération transfrontalière
Face à cette rupture du cycle hydrologique, la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, insiste : « L’eau ne respecte pas les frontières ». Elle appelle à un partage accru des données et à la modernisation des systèmes d’alerte précoce.
Dans le bassin du fleuve Sénégal, ce défi mondial est une réalité quotidienne. Plus que jamais, la résilience des communautés riveraines dépendra de la capacité d’organisations régionales comme l’OMVS à co-gérer l’urgence, pour éviter que le manque de ressources ne se transforme en crise géopolitique majeure.
EN CHIFFRES – Le bilan de santé alarmant de l’eau mondiale
- 35 ans : C’est le recul historique qu’il faut opérer pour retrouver des débits fluviaux mondiaux aussi faibles que ceux enregistrés au cours de l’année 2025.
- 4 ans : C’est la durée de l’hémorragie continue des glaciers du globe. Ces derniers viennent d’enregistrer leur quatrième année consécutive de perte de masse généralisée, du jamais-vu depuis le début des mesures.
- 80 % : C’est la part dramatique des décès liés aux extrêmes hydrologiques (sécheresses sévères et inondations soudaines) concentrée dans les seules régions d’Afrique et d’Asie au cours des dernières années.
- 50 % : La proportion des zones fluviales mondiales qui ont affiché des conditions hydrologiques anormales en 2025, la grande majorité d’entre elles étant classées en situation de déficit hydrique critique (fleuves en décrue ou à sec).
- 3,6 milliards : Le nombre d’êtres humains qui subissent un accès inadéquat à l’eau potable au moins un mois par an. Selon les projections de l’OMM, ce chiffre devrait franchir la barre des 5 milliards d’ici 2050 si le rythme actuel de dégradation se maintient.
« Les eaux souterraines ou les glaciers jouent habituellement le rôle de compte d’épargne de la planète : ce sont des éléments régulateurs qui atténuent les mauvaises années afin qu’une seule sécheresse ne se traduise pas directement par une crise de l’eau. Or, nous sommes en train de vider ce compte d’épargne. Les réserves mondiales des eaux continentales présentent une tendance à la baisse depuis une décennie ; ce n’est pas une simple mauvaise année, mais un signal persistant à long terme. »
— Celeste Saulo, Secrétaire générale de l’OMM
