L’Intelligence Artificielle : un outil d’analyse ultra-puissant pour les enquêteurs, mais aussi un vecteur de menace industrialisé massivement adopté par les criminels

 DAKAR, 20 Septembre 2026 (JVFE)—L’Intelligence Artificielle : un outil d’analyse ultra-puissant pour les enquêteurs, mais aussi un vecteur de menace industrialisé massivement adopté par les criminels.

Depuis 2024, les pertes liées à la cybercriminalité ont plus que doublé, passant de 192 millions à 484 millions de dollars des États-Unis, principalement en raison des escroqueries facilitées par l’IA, de la collecte des identifiants de connexion et des campagnes automatisées de manipulation psychosociale.

Selon le rapport, en 2025, les escroqueries en ligne étaient toujours la forme de cybercriminalité la plus signalée, les attaquants tirant parti des plateformes de paiement par téléphone mobile, des réseaux sociaux et de l’IA pour atteindre leurs cibles.

En particulier, 72 % des pays interrogés ont fait part de la présence de centres d’escroquerie, la plus forte concentration étant observée en Afrique australe et en Afrique de l’Ouest.

126 terroristes présumés identifiés par Interpol grâce à une nouvelle méthode fondée sur l’IA

Une nouvelle méthode fondée sur l’IA a permis à Interpol de remonter la piste de 126 terroristes présumés, indique l’agence basée à Lyon dans un communiqué ce vendredi 18 septembre. L’opération, menée depuis Tunis (Tunisie), a réuni 28 agents spécialisés et experts issus de 11 pays : Côte d’Ivoire, Ghana, Irak, Kenya, Malaisie, Nigeria, Philippines, Qatar, Tadjikistan, Tunisie, Ouzbékistan. Baptisée Shams II, elle s’est tenue du 1er au 5 juin dernier dans le cadre du projet «CT TECH+», financé par les instruments de politique étrangère de l’Union européenne et soutenu par le Bureau des Nations Unies de lutte contre le terrorisme (UNOCT).

Les deux dossiers majeurs marquent ce tournant :

 Succès de l’Opération Shams II : l’IA pour traquer les terroristes

L’Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) a annoncé vendredi que l’opération Shams II, menée du 1er au 5 juin 2026 à Tunis, avait permis d’identifier 126 combattants terroristes étrangers présumés grâce au recours à des outils d’intelligence artificielle.

L’opération a réuni 28 officiers et experts spécialisés issus de 11 pays. Au cours des cinq jours d’actions coordonnées, les enquêteurs ont extrait 108 076 images faciales à partir de contenus visuels publiés par des groupes jihadistes.

Des agents d’intelligence artificielle et des scripts automatisés ont notamment été utilisés pour faciliter la collecte des données, éliminer les doublons et contrôler la qualité des images. Cette opération a permis de réduire le corpus à 6 362 images faciales uniques et de qualité suffisante pour être comparées dans le système de reconnaissance faciale d’INTERPOL.

Les résultats produits par l’intelligence artificielle ont fait l’objet d’un contrôle et d’une vérification par des officiers et analystes spécialisés, conformément aux règles d’INTERPOL relatives au traitement des données.

Des centaines d’images supplémentaires ont également été fournies par le Bureau central national d’INTERPOL à Bagdad, en Irak, dans le cadre d’un important ensemble de données de renseignement consacré aux suspects de terrorisme.

À ce jour, 126 combattants terroristes étrangers ont été identifiés à partir des images traitées. Ces correspondances doivent permettre d’enrichir les renseignements existants sur les suspects, notamment concernant leurs localisations potentielles et leurs réseaux sociaux.

Les données sont actuellement intégrées dans les bases d’INTERPOL afin de renforcer les efforts internationaux visant à détecter, suivre et perturber les déplacements de personnes liées au terrorisme.

Des pistes d’enquête issues de l’opération sont déjà utilisées dans des procédures judiciaires dans plusieurs pays participants, dont une affaire concernant deux combattants terroristes étrangers présumés actuellement détenus. INTERPOL indique que plusieurs milliers d’images doivent encore être traitées et que d’autres correspondances pourraient être établies.

Une opération internationale majeure coordonnée par INTERPOL, baptisée Opération Shams II, a permis d’identifier 126 combattants terroristes étrangers (FTF).

  • La méthode : Les enquêteurs ont extrait plus de 108 000 images faciales issues de contenus publiés par des groupes djihadistes. Des scripts et des agents automatisés par IA ont trié et nettoyé ce corpus volumineux pour en extraire 6 362 visages uniques exploitables.
  • Le résultat : Soumises aux systèmes de reconnaissance faciale d’INTERPOL, ces images ont fourni des correspondances cruciales pour alimenter les bases de données mondiales et appuyer des procédures judiciaires en cours.

L’opération Shams II a également utilisé des outils spécialisés dans les cryptomonnaies pour retracer des financements illicites. Ces investigations ont conduit à trois demandes urgentes adressées à un prestataire de services sur actifs virtuels afin d’obtenir des données relatives à des clients.

Les pays participants ont par ailleurs échangé avec des représentants de l’industrie du jeu vidéo sur la radicalisation des jeunes dans les environnements en ligne.

L’opération a réuni la Côte d’Ivoire, le Ghana, l’Irak, le Kenya, la Malaisie, le Nigéria, les Philippines, le Qatar, le Tadjikistan, la Tunisie et l’Ouzbékistan.

Shams II a été conduite dans le cadre du projet CT TECH+, financé par les instruments de politique étrangère de l’Union européenne et soutenu par le Bureau des Nations Unies de lutte contre le terrorisme (UNOCT).

Le rapport 2026 sur les cybermenaces : l’IA dope la cybercriminalité

Le rapport officiel d’évaluation des cybermenaces d’INTERPOL révèle une explosion de la criminalité assistée par ordinateur.

  • L’IA derrière 55 % des infractions en Afrique : Selon l’INTERPOL African Cyberthreat Assessment Report 2026, l’IA est désormais impliquée dans plus de la moitié des cybercrimes signalés sur le continent. Elle permet d’automatiser le phishing, de créer des identités synthétiques et de concevoir des deepfakes pour contourner la sécurité biométrique.
  • Pertes financières colossales : En Afrique, le coût de cette cybercriminalité a plus que doublé depuis 2024, grimpant à 484 millions de dollars.
  • L’Asie également ciblée : Le rapport pour la région Asie et Pacifique Sud montre une tendance similaire où les réseaux criminels exploitent l’IA à l’échelle industrielle pour optimiser leurs campagnes d’extorsion et de rançongiciels.

Les outils d’INTERPOL face à la technologie

Pour moderniser sa riposte, INTERPOL généralise ses propres outils basés sur l’IA :

  • L’assistant virtuel AVA : Déployé pour appuyer l’analyse de données de masse et accélérer la gestion des dossiers criminels complexes.
  • Appel à l’alphabétisation technologique : Face à des législations encore fragmentées, INTERPOL pousse ses 196 pays membres à investir d’urgence dans la formation à l’IA pour les forces de l’ordre afin de ne pas perdre la guerre numérique.

Des responsables de la police de toute la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) se sont réunis au Caire pour des discussions de haut niveau axées sur le renforcement de la coopération policière internationale et la coordination des réponses aux défis sécuritaires les plus urgents de la région.

La réunion d’INTERPOL de deux jours (1er et 2 septembre) a servi de plateforme stratégique aux chefs de police pour partager leurs points de vue sur la criminalité transnationale organisée, les priorités en matière de sécurité nationale et les défis juridictionnels posés par les menaces émergentes.

Au cœur des discussions figurait le renforcement de la coordination régionale et l’adoption du nouveau modèle de groupe de travail opérationnel d’INTERPOL afin de garantir une réponse plus agile et intégrée aux réseaux criminels.

Les principaux points à l’ordre du jour comprenaient le démantèlement des chaînes d’approvisionnement illicites, en particulier celles impliquées dans le trafic de drogue, la traite des êtres humains et le trafic de migrants, ainsi que la lutte contre le blanchiment d’argent et la finance illicite.

L’assistant virtuel AVA d’INTERPOL a été officiellement dévoilé par le Secrétariat général fin 2025 lors de la 93e Assemblée générale. Il marque une étape majeure dans la modernisation des 196 polices membres de l’organisation.

Conçu pour faire gagner un temps précieux aux enquêteurs du monde entier, cet outil repose sur des protocoles de sécurité stricts pour traiter des données hautement confidentielles.

L’utilisation d’AVA par les polices mondiales s’articule autour de quatre axes majeurs :

L’aide à la décision et l’analyse de masse

AVA sert de copilote numérique aux analystes criminels confrontés à des volumes massifs de données non structurées.

  • Synthèse de contenus : L’assistant est capable de compiler, résumer et structurer des rapports d’enquête complexes ou des transcriptions d’interrogatoires en quelques secondes.
  • Analyse d’images et de données : Il aide à croiser des métadonnées issues de saisies numériques pour faire émerger des schémas criminels cachés (comme des liens entre différents réseaux de trafic).

Le traitement linguistique en temps réel

La coopération policière internationale souffre souvent de la barrière de la langue. AVA intègre des fonctionnalités avancées de traduction automatique ultra-sécurisée.

  • Il permet à un policier à Dakar d’analyser ou de relire instantanément des documents de procédure transmis en anglais, en espagnol ou en arabe par un autre bureau central national d’INTERPOL, accélérant ainsi la validation des fiches et des notices.

La souveraineté et la confidentialité absolue des données

Contrairement aux IA génératives grand public, AVA répond à des exigences de sécurité nationales strictes :

  • Un Cloud souverain : L’assistant fonctionne exclusivement au sein de l’infrastructure cloud privée et chiffrée d’INTERPOL.
  • Contrôle total : Les agents conservent une maîtrise absolue sur les informations qu’ils soumettent. Aucune donnée partagée avec l’IA ne quitte le réseau de l’organisation ni ne sert à entraîner des modèles externes commerciaux.

L’automatisation administrative et procédurale

Les policiers passent une part considérable de leur temps à rédiger des documents administratifs. AVA prend en charge :

  • La rédaction préliminaire de rapports d’infraction.
  • La relecture de procédures pour vérifier la conformité des pièces avant leur intégration dans les bases de données d’INTERPOL.

Une adoption parallèle au niveau local : le cas d’”AVA” sur le terrain

En dehors du système central d’INTERPOL, le nom “AVA” (Advanced Virtual Assistant) est également adopté de manière indépendante par plusieurs services de police locaux (notamment aux États-Unis, comme à Akron ou Plant City). Dans ces commissariats, cette variante locale sert d’agent de dispatching intelligent pour gérer les appels non urgents, enregistrer les rapports d’accidents mineurs et transférer automatiquement les urgences aux opérateurs humains.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *