Indonésie: les incendies se poursuivent, plongeant toute la région dans une crise atmosphérique majeure, poussant le Timor oriental à fermer les écoles

DAKAR, 15 OCTOBRE 2026 (JVFE)—Les incendies qui se poursuivent en Indonésie, avec une situation toujours critique à Kalimantan, plongent toute la région dans une crise atmosphérique majeure, poussant le Timor oriental à fermer les écoles.

Jeudi, la capitale malaisienne Kuala Lumpur était la ville la plus polluée au monde, selon le site de surveillance suisse IQAir, suivie de près par Singapour, puis par Medan, sur l’île indonésienne de Sumatra et la capitale Jakarta.

L’Indonésie continue de lutter contre des feux qui ont dévoré des forêts et tourbières à Bornéo, à Sumatra et en Papouasie, propageant une fumée toxique en Malaisie voisine ainsi qu’à Singapour et désormais au Timor oriental.

Ce petit État insulaire d’Asie du Sud-Est, de moins de 1,5 million d’habitants, a fermé ses écoles pour trois jours, à compter de jeudi, pour « protéger la santé des élèves, des enseignants et des autres membres de la communauté éducative ».

Mais l’une des provinces les plus touchées reste Kalimantan Central, sur la grande île de Bornéo, que l’Indonésie partage au nord avec la Malaisie et le sultanat de Brunei. Dans la ville de Palangkaraya, qui compte environ 300 000 habitants, le ciel a pris une teinte orange foncé, avec une visibilité réduite à quelques dizaines de mètres.

Croyez vous qu’ il faille situer les responsabilités quand l’Asie du Sud-Est étouffe sous un brouillard toxique?

L’attribution des responsabilités n’est pas seulement une question de blâme, mais un levier indispensable pour résoudre une crise sanitaire, économique et environnementale récurrente.

L’Asie du Sud-Est fait face à une crise sanitaire et environnementale majeure provoquée par de gigantesques feux de forêt en Indonésie, exacerbés par le phénomène El Niño. Près de 900 000 hectares ont été détruits, entraînant des centaines de milliers d’infections respiratoires et un brouillard toxique qui paralyse la région
, du Timor oriental à Singapour.

Alors que l’Indonésie est confrontée à sa pire saison des incendies depuis dix ans, un smog toxique étouffe des millions d’habitants de la région. Les entreprises qui défrichent les terres par le feu auraient leur part de responsabilité.

Sur les îles de Kalimantan et de Sumatra, l’air a pris une teinte ambrée inquiétante et la qualité de l’air a atteint des niveaux dangereux. Le smog s’est propagé au-delà des frontières indonésiennes, suscitant l’inquiétude des pays voisins. Les monuments emblématiques de Singapour sont recouverts par un épais brouillard, tandis que certaines écoles ont dû fermer en Malaisie.

À Jakarta, la colère monte contre les entreprises soupçonnées d’avoir incendié des terres agricoles. La population reproche également aux autorités de ne pas avoir réussi à endiguer le défrichement par brûlis, pourtant illégal dans le pays. Cette année, les feux de forêt de la saison sèche ont été particulièrement intenses en Indonésie, amplifiés par le puissant phénomène climatique El Niño.

La cause principale de ce brouillard est la pratique du brûlis (déboisement par le feu).

De grandes entreprises d’huile de palme et de pâte à papier (souvent basées en Indonésie, en Malaisie ou financées par des capitaux de Singapour) utilisent le feu car c’est la méthode la plus rapide et la moins coûteuse pour nettoyer les terres.

Situer la responsabilité juridique de ces corporations permet de leur imposer des amendes massives, de boycotter leurs produits non durables et de les forcer à adopter des pratiques de gestion des terres sans brûlis.

L’Indonésie (principalement les îles de Sumatra et Bornéo) est historiquement le foyer majeur de ces incendies.

  • Le manque de régulation : Pendant longtemps, la corruption locale et la faiblesse de l’application des lois ont permis aux entreprises de brûler des terres en toute impunité, notamment sur les tourbières, qui libèrent d’immenses quantités de carbone.
  • Pourquoi les cibler : Identifier cette défaillance pousse l’État concerné à renforcer ses contrôles, à punir les fonctionnaires corrompus et à restaurer les zones humides pour empêcher les incendies de se propager.

Le brouillard toxique est un problème transfrontalier. Le vent pousse la fumée d’un pays à l’autre (affectant Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, etc.).

  • La diplomatie de non-ingérence : L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) fonctionne selon un principe de non-ingérence qui a longtemps paralysé l’action collective, malgré l’existence d’un accord sur la pollution transfrontalière par le brouillard (ASEAN Agreement on Transboundary Haze Pollution).
  • Pourquoi les cibler : Pointer du doigt l’inefficacité des mécanismes régionaux pousse les pays voisins affectés à faire pression politiquement et économiquement sur les pays émetteurs pour qu’ils respectent leurs engagements.

La demande mondiale pour des produits bon marché contenant de l’huile de palme ou du papier alimente directement la déforestation en Asie du Sud-Est. Les chaînes d’approvisionnement internationales partagent donc une part de responsabilité.

S’il faut situer les responsabilités, il est crucial de faire la distinction entre :

  • Les grandes compagnies agricoles, qui brûlent des milliers d’hectares pour le profit industriel.
  • Les petits agriculteurs locaux, qui pratiquent une agriculture de subsistance et n’ont souvent pas les moyens financiers d’utiliser des machines pour défricher la terre. Les désigner comme responsables serait injuste et inefficace sans leur apporter un soutien financier et technique alternatif.

Situer les responsabilités permet de briser le cercle vicieux de l’impunité. Sans une identification claire des acteurs financiers et politiques qui profitent ou ferment les yeux sur ces incendies, les solutions restent superficielles et le brouillard continue de revenir chaque année.

Le président Prabowo Subianto a ainsi appelé à durcir les sanctions contre le défrichement par brûlis, qualifiant cette pratique de «terrorisme écologique». Le mois dernier, Jakarta a annoncé la suspension des licences d’exploitation de vingt-six entreprises liées aux feux de forêt. D’autres enquêtes ont également été ouvertes.

Un rapport de Greenpeace publié le 5 octobre affirme que des sociétés basées à Singapour et en Malaisie sont également liées à des parcelles indonésiennes où les feux de forêt font rage. Entre août et septembre, plus de trente départs de fumée ont été recensés sur des terres appartenant à First Resources, une entreprise spécialisée dans l’huile de palme basée à Singapour. «Nous appliquons une politique stricte de zéro brûlage pour toutes nos activités de plantation et mettons en œuvre des mesures rigoureuses de prévention, de surveillance et de lutte contre les incendies dans l’ensemble de nos opérations», se défend First Resources, dans un communiqué.

Le brouillard toxique transfrontalier (haze) ne représente pas seulement une crise sanitaire majeure, il inflige également des pertes économiques chiffrées en milliards de dollars à l’Asie du Sud-Est.

Ces coûts touchent de plein fouet les économies de l’Indonésie, de la Malaisie, de Singapour et du sud de la Thaïlande de manière directe et indirecte.

Secteurs économiques impactésNature des pertes financières
Tourisme et HôtellerieAnnulations massives de vols, baisse drastique du taux d’occupation des hôtels, fermeture des parcs et attractions en plein air, report des voyages d’affaires.
Santé PubliqueExplosion des dépenses de santé (consultations, hospitalisations pour troubles respiratoires et cardiovasculaires), subventions étatiques pour les soins, achat de masques et purificateurs d’air.
Productivité et TravailFermeture temporaire des écoles, usines et bureaux, absentéisme généralisé pour maladie ou garde d’enfants, baisse de l’efficacité des travailleurs en extérieur (BTP, logistique).
Transports et LogistiquePerturbations majeures du trafic aérien et maritime dues à une visibilité nulle, retards de livraison, augmentation des coûts de carburant et d’assurance.
Agriculture et ÉcosystèmesDiminution du rayonnement solaire (photosynthèse bloquée) entraînant une baisse des rendements agricoles (palmiers à huile, caoutchouc), destruction d’actifs forestiers précieux.

Les impacts macroéconomiques et structurels

À titre d’exemple historique, la Banque mondiale a estimé que les incendies de 2015 ont coûté plus de 16 milliards de dollars à la seule économie indonésienne (soit près de 2 % de son PIB de l’époque). Les crises plus récentes continuent de ponctionner des points de croissance à toute la région.

La récurrence du brouillard toxique nuit à l’attractivité à long terme de hubs financiers comme Singapour ou Kuala Lumpur. Les multinationales hésitent à y implanter leurs cadres, et les investissements directs étrangers (IDE) peuvent être réorientés vers des régions aux conditions environnementales plus stables.

La combustion des tourbières libère d’immenses stocks de carbone. L’impact à long terme inclut le coût de la restauration environnementale et la perte de biodiversité, des actifs impossibles à remplacer à court terme.

Fodé CISSE, Journaliste, Rédacteur en Chef & Directeur de Publication © JVFE

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